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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA04761

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA04761

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA04761
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantBILICI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.

Par un jugement n° 2118005 du 29 août 2022, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2022, M. B, représenté par Me Bilici, demande à la Cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler le jugement n° 2118005 du 29 août 2022 rendu par le tribunal administratif de Montreuil ;

3°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

4°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le délai de quinze jours à compter la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) de mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Bilici renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme.

Il soutient que :

En ce qui concerne le bien-fondé du jugement :

- le tribunal administratif a commis une erreur de droit en neutralisant le motif illégal surabondant de l'arrêté contesté ;

En ce qui concerne l'arrêté :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2022 près le tribunal judiciaire de Paris.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant guinéen, né le 1er janvier 1997, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 9 février 2021. Par un arrêté du 14 octobre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. M. B interjette appel du jugement du 29 août 2022 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par jugement, : () 7° Rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement (). ".

En ce qui concerne l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2022, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de cette aide à titre provisoire.

En ce qui concerne le bienfondé du jugement :

4. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative attaquée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. B ne peut donc utilement soutenir que le tribunal a entaché son jugement d'une erreur de droit.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, M. B réitère son moyen de première instance tiré de ce que l'arrêté contesté est insuffisamment motivé. En reprenant purement et simplement son argumentation de première instance sans apporter de nouveaux éléments de droit ou de fait au soutien de ses allégations, il ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par le tribunal administratif au point 5 de son jugement. Par conséquent, ce moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, en se bornant à alléguer que le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'une erreur de droit, alors que cette erreur a été neutralisée par les premiers juges, sans apporter d'élément de nature à prouver que le préfet aurait pu prendre une autre décision sans se fonder sur ce motif illégal, M. B ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par le tribunal administratif au point 6 de son jugement. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, M. B fait valoir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il ne répondait pas aux conditions pour bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant soutient résider en France depuis 2017 et établit travailler en qualité d'ouvrier du bâtiment depuis novembre 2021. Toutefois, eu égard du caractère récent de son séjour en France et de son activité professionnelle, le requérant ne justifie pas de motifs exceptionnels sur le fondement de l'article L. 435-1 précité. Les nouvelles pièces produites en appel (une déclaration de revenus pour 2021, une attestation d'assurance maladie et une attestation d'hébergement de novembre 2022), toutes postérieures à l'arrêté contesté sont sans incidence sur l'appréciation du préfet. Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, M. B, célibataire et sans charges de famille, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

9. En dernier lieu, M. B réitère en appel le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, le requérant ne développe au soutien de ces moyens aucun argument de droit ou de fait pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges au point 10 de leur jugement.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B, en ce qu'elle tend à l'annulation du jugement du 29 août 2022 et de l'arrêté du 14 octobre 2021 est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Elle doit donc être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Bilici.

Fait à Paris, le 19 janvier 2023.

Le président de la 9ème chambre,

S. CARRERE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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