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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA05386

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA05386

lundi 27 février 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA05386
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantLEBRIQUIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 18 août 2022 par lequel le préfet de police lui a retiré ses précédents titres de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2218463 du 30 novembre 2022, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 20 décembre 2022 et le 1er février 2023, M. B, représenté par Me Lebriquir, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2218463 du 30 novembre 2022 rendu par le tribunal administratif de Paris ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2022 par lequel le préfet de police lui a retiré ses précédents titres de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tribunal administratif a commis une erreur de droit ;

- l'arrêté contesté est issu d'une procédure irrégulière en ce qu'il méconnaît les articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît le principe du contradictoire ;

- il méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il méconnaît le principe de la présomption d'innocence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien, né le 29 mai 1978 et entré en France le 5 août 2018 selon ses déclarations, s'est vu délivrer trois certificats de résidence valables du 15 avril 2019 au 14 avril 2020, du 16 juillet 2020 au 15 juillet 2021 et du 3 août 2021 au 2 août 2022 sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Toutefois, par un arrêté du 18 août 2022, le préfet de police, estimant que ces titres de séjour avaient été obtenus par fraude, a procédé à leur retrait et a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. B interjette appel du jugement du 30 novembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, : () 7° Rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement (). ".

Sur la régularité du jugement :

3. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative attaquée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. B ne peut donc utilement soutenir que le tribunal a entaché sa décision d'une erreur de droit pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, M. B réitère le moyen tiré du vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration. Les premiers juges ont considéré que la seule circonstance que le délai de quinze jours, durant lequel il devait présenter ses observations, a compris des jours chômés ou des week-ends, est par elle-même sans incidence sur la régularité de la procédure et, en tout état de cause, n'a pas été de nature à priver l'intéressé d'une garantie ou d'ailleurs à exercer une influence sur le sens de la décision de retrait intervenue le 18 août 2022. En reprenant purement et simplement son argumentation de première instance sans apporter de nouveaux éléments de droit ou de fait, le requérant ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par les premiers juges au point 4 de leur jugement. Par conséquent, ce moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les premiers juges ont relevé que la décision de retrait des titres de séjour mentionne l'existence d'une fraude commise par le requérant en précisant les faits qui en sont à l'origine, tout en mentionnant par ailleurs les circonstances au vu desquelles l'intéressé ne peut bénéficier d'un titre de séjour en application des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Ils ont également considéré qu'il ressortait des pièces du dossier que le préfet de police avait effectué un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de procéder au retrait de ses précédents titres de séjour, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges aux points 2 et 5 de leur jugement.

6. En troisième lieu, les premiers juges ont considéré que pour retenir l'existence de la fraude, le préfet de police s'est fondé sur les motifs tirés de ce que d'une part, selon une enquête interne, l'agent administratif ayant instruit la demande de titre de séjour de M. B avait été condamné pour avoir détourné les procédures d'instruction afin de délivrer indûment des titres de séjour, et que, d'autre part, aucun dossier n'existait, et qu'en conséquence aucune pièce ne justifiait que l'intéressé remplissait les conditions pour se voir délivrer ses titres de séjour. Ils ont également relevé que, par un jugement du 11 octobre 2021, le tribunal correctionnel de Versailles a condamné un agent administratif à trois ans d'emprisonnement dont deux avec sursis pour des faits, concernant notamment M. B, d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France en permettant la délivrance indue de titres de séjour, ainsi que pour des faits de corruption passive et de blanchiment. La matérialité de ces faits, qui n'est d'ailleurs pas sérieusement contestée, est établie par ce jugement pénal. Dans ces circonstances, le préfet de police apporte la preuve qui lui incombe que les titres de séjour de M. B ont été obtenus par fraude et le préfet de police était en droit de les retirer pour ce motif.

7. En quatrième lieu, M. B réitère en appel, sans l'assortir d'éléments nouveaux, le moyen tiré de la violation du principe de présomption d'innocence. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption du motif retenu par les premiers juges au point 7 de leur jugement, tiré de ce qu'un tel principe ne peut être utilement invoqué devant le juge administratif, s'agissant d'une décision qui ne constitue ni une condamnation ni une sanction à caractère pénal. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, relatif aux droits de la défense et à l'accès au dossier, ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, M. B réitère le moyen tiré de ce que l'arrêté serait illégal dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit en application de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Toutefois, les premiers juges ont relevé que le requérant n'établissait pas l'existence de liens personnels et familiaux en France, ne justifiait pas de ressources suffisantes et ne se conformait pas aux principes fondamentaux reconnus par les lois de la République. Ils ont également considéré que si le requérant se prévaut de la scolarisation de son fils depuis l'année scolaire 2018/2019 et de son insertion professionnelle avec une rémunération pouvant aller jusqu'à 2 000 euros par mois et de ce qu'aucun élément n'établit qu'il ne respecte pas les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B est entré en France à l'âge de quarante ans et y était présent depuis quatre ans à la date de la décision attaquée sans justifier qu'il serait dans l'incapacité de retourner dans son pays d'origine avec son fils le cas échéant. En se bornant à reprendre son argumentation de première instance ainsi qu'à produire une promesse d'embauche postérieure à la date de l'arrêté contesté et donc sans incidence sur sa légalité, le requérant ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par les premiers juges. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs aux points 9 et 10 du jugement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B, en ce qu'elle tend à l'annulation du jugement du 30 novembre 2022 et de l'arrêté du 18 août 2022 est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Elle doit donc être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 27 février 2023

Le président de la 9ème chambre,

S. CARRERE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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