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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA05548

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA05548

jeudi 27 avril 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA05548
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSOURTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A C a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 25 août 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination d'une mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2101798 du 28 janvier 2022, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 30 décembre 2022, M. C, représenté par Me Sourty, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2101798 du 28 janvier 2022, par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 25 août 2020 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail durant ce réexamen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros, à verser à Me Sourty, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée de l'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet n'a pas instruit sa demande d'autorisation de travail ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée de l'incompétence de son signataire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par une décision du 21 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale et a désigné Me Sourty pour l'assister.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant serbe né le 22 avril 1980, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 12 avril 2019. Il relève appel du jugement du 28 janvier 2022, par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 25 août 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination d'une mesure d'éloignement.

2. En application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents des formations de jugement des cours " peuvent, () par ordonnance : rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision a été signée par M. E, chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour. Par un arrêté n° 2020-1515 du 31 juillet 2020, régulièrement publié, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration, pour signer notamment " les arrêtés refusant ou retirant un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ". Par un arrêté n° 2020-1618 du même jour, régulièrement publié, délégation est donnée à M. E pour signer ces mêmes décisions en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, M. C soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'erreurs de fait. D'une part, si le préfet a indiqué dans la décision litigieuse que M. C était entré en France en 2016 alors que le requérant soutient être entré sur le territoire en 2011, il s'agit d'une erreur de plume dès lors que le préfet a par ailleurs relevé que l'intéressé ne justifiait pas suffisamment de sa présence en France au titre des années 2013 et 2014. Cette erreur est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il ne l'avait pas commise. D'autre part, si le requérant soutient que c'est à tort que le préfet a indiqué qu'il était entré irrégulièrement en France, l'intéressé ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire. Enfin, si le préfet a indiqué que M. C avait produit douze fiches de paie au titre des années 2016 à 2019, alors que le requérant soutient, d'ailleurs sans l'établir, en avoir versé vingt-trois au titre de cette même période, il ne ressort manifestement pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait pris une décision différente s'il avait pris en compte vingt-trois fiches de paye. Dans ces conditions, le moyen tiré des erreurs de fait doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".

6. D'une part, si M. C soutient qu'il a effectué une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne l'établit pas. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation au regard des dispositions de cet article doit être écarté.

7. D'autre part, et par voie de conséquence, M. C ne peut utilement se prévaloir des dispositions du code du travail relatives aux modalités de demande et de délivrance d'une autorisation de travail pour demander l'annulation de la décision portant refus de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit que le préfet aurait commise ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes du 7° de l'article 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ;".

9. M. C se prévaut de sa présence en France depuis 2011 et de ses expériences professionnelles depuis 2015. Toutefois, le requérant, célibataire et sans charge de famille en France, n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales en Serbie, où il a résidé jusqu'à l'âge de trente-six ans. Par ailleurs, il ne justifie pas de liens personnels et familiaux intenses et anciens sur le territoire, ni d'une intégration forte dans la société. Dès lors, la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut être regardée comme ayant porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts qu'il poursuit. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

10. En dernier lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la mesure sur la situation personnelle de l'intéressé en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, M. C se borne à reprendre dans sa requête d'appel, sans les assortir d'éléments nouveaux, les moyens qu'il avait invoqués en première instance, tirés de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Cependant, le requérant ne développe au soutien de ces moyens aucun argument de fait ou de droit pertinent et ne produit aucun document de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif de Montreuil. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à juste titre par les premiers juges.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 3, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

13. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant entachée d'aucune des illégalités alléguées, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit, par voie de conséquence, être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. C est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de faire application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et de la rejeter en toutes ses conclusions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 27 avril 2023.

La présidente de la 5ème chambre,

H. VINOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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