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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-23PA00037

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-23PA00037

mercredi 5 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-23PA00037
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantTRUGNAN BATTIKH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au Tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Par un jugement n° 2206517/8 du 23 juin 2022, le magistrat désigné par le président du Tribunal administratif de Paris a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, a annulé l'arrêté du 1er mars 2022 en tant qu'il portait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a rejeté le surplus des conclusions de la demande de Mme B.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2023, Mme B, représentée par Me Trugnan Battikh, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2206517/8 du 23 juin 2022 du Tribunal administratif de Paris en tant qu'il rejette le surplus de ses conclusions ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé, dès la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Trugnan Battikh au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation par son conseil à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne pourra bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de son intégration dans la société française ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son comportement n'est pas constitutif d'une menace à l'ordre public et que son état de santé nécessite un suivi médical pluridisciplinaire en France.

Par une décision du 17 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Paris a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme B, ressortissante nigériane née le 12 octobre 1996, est entrée en France en 2016 selon ses déclarations. Après son interpellation, elle a fait l'objet d'un arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Elle relève appel du jugement du 23 juin 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du Tribunal administratif de Paris a rejeté le surplus de ses conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il portait obligation de quitter le territoire français.

3. En premier lieu, Mme B reprend en appel les moyens soulevés en première instance tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait insuffisamment motivée, de ce qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et de ce qu'elle méconnaîtrait les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Cependant, elle ne développe au soutien de ces moyens aucun argument de droit ou de fait pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi ". Aux termes de l'article 3 de cette même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". Enfin, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

5. Mme B soutient qu'elle a été victime de traumatismes sexuels depuis son enfance et que son état de santé nécessite une prise en charge psychiatrique dont elle ne pourra bénéficier dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du certificat médical établi le 15 mai 2018 par le docteur C, psychiatre, que Mme B a fait l'objet d'une prise en charge médicale en raison d'un état psychotique se manifestant par un délire de persécution et que son état de santé nécessitait un traitement psychotrope régulier et constant, l'absence de prise en charge médicale pouvant avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, la seule production de ce certificat médical, qui est ancien, ainsi que d'un courrier du 2 février 2021 de l'Equipe d'action contre le proxénétisme et d'aide aux victimes (EACP) indiquant que l'intéressée est suivie régulièrement par un psychiatre et des médecins gynécologiques spécialisés en victimologie et traumatologie ne permet pas d'établir qu'à la date de la décision en litige, Mme B ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, le Nigéria. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de cette même convention : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme B fait valoir qu'elle est intégrée dans la société française. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des courriers des 7 mars et 8 juin 2022, postérieurs à la décision contestée mais se référant à un état de fait antérieur, établis respectivement par la psychothérapeute qui suit Mme B et par l'EACP, que celle-ci suit des cours de français depuis le 8 décembre 2020, qu'elle s'est également impliquée dans des cours de couture et de cuisine et qu'elle a effectué une mission de deux mois comme aide ménage auprès d'une boutique éphémère. Toutefois, il ressort également de ces mêmes courriers que Mme B est sans emploi, sans ressources financières et qu'elle ne dispose pas d'un logement personnel. En outre, il ressort des mentions non contestées de la décision en litige que l'intéressée, qui est célibataire et sans charge de famille en France, a été interpellée pour menace de mort sous condition. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis, en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision à été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En quatrième lieu, Mme B soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle dès lors qu'elle ne pourra bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine et que son comportement n'est pas constitutif d'une menace à l'ordre public. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 5, Mme B n'établit pas que son traitement ne serait pas disponible au Nigéria. D'autre part, il ressort des termes de la décision en litige que l'intéressée a été interpellée pour des faits de menace de mort sous condition, faits dont elle ne conteste ni la matérialité ni l'imputabilité, et que le préfet a considéré, eu égard à la nature des faits qui lui étaient reprochés, que son comportement était constitutif d'une menace à l'ordre public. Ainsi, et contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet ne s'est pas fondé à tort sur la circonstance que son nom était mentionné au fichier des antécédents judiciaires pour une affaire dont elle était la victime. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis, en décidant de l'obliger à quitter le territoire français, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation du jugement attaqué et de l'arrêté du 1er mars 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et en tout état de cause celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 5 juillet 2023.

Le président de la 8ème chambre,

R. LE GOFF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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