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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-23PA03138

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-23PA03138

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-23PA03138
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantMAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2211302 du 23 juin 2023, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2023, M. B, représenté par Me Maire, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2211302 du 23 juin 2023 rendu par le tribunal administratif de Montreuil ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°)à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence dans le délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros à compter de la notification de la décision à intervenir ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est entaché d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen de sa demande sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît ces stipulations ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'un défaut de motivation.

Vu les autres pièces du dossier,

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 31 juillet 1985, a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 10 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. B interjette appel du jugement du 23 juin 2023 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, : () 7° Rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Il ressort des pièces du dossier que les premiers juges, qui ne sont pas tenus de répondre à tous les arguments avancés par les parties, ont répondu, avec une motivation suffisante et qui n'est pas stéréotypée, à l'ensemble des moyens soulevés par le requérant. Par ailleurs, si M. B critique la teneur de la réponse apportée aux moyens tirés du défaut de motivation et d'examen de sa situation, une telle contestation relève du bien-fondé du jugement et non de sa régularité.

4. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative attaquée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. B ne peut donc utilement soutenir que le tribunal a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'accord franco-algérien et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que l'intéressé, qui sollicitait son admission exceptionnelle au séjour, a été interpellé le 31 janvier 2022 pour conduite d'un véhicule sans assurance et avec un faux permis de conduire, qu'il a par ailleurs fait usage d'une fausse carte d'identité française pour travailler et qu'il constitue ainsi une menace pour l'ordre public. Cette décision indique également la situation familiale de l'intéressé, notamment qu'il est marié à une ressortissante algérienne avec laquelle il a eu deux enfants, et mentionne qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Elle indique enfin que l'intéressé ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié dès lors notamment qu'il n'a pas été en mesure de produire le contrat de travail exigé par la règlementation en vigueur. La décision en litige comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette motivation, qui n'est pas stéréotypée, révèle en outre que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, M. B reprend en appel le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet en n'examinant pas sa demande sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Toutefois, les premiers juges ont relevé que le préfet, après avoir cité ces stipulations et alors même qu'il aurait employé à tort le terme " utilement ", avait estimé que l'intéressé ne pouvait s'en prévaloir dès lors que sa cellule familiale pourrait se reconstituer en Algérie et que ses fils pourraient y poursuivre leur scolarité. M. B ne développe, au soutien de ce moyen, aucun argument de droit ou de fait pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par les premiers juges au point 5 du jugement attaqué.

7. En troisième lieu, M. B réitère en appel les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Les premiers juges ont toutefois relevé que l'intéressé, entré en France en décembre 2016 avec sa famille sous couvert d'un visa de court séjour, s'était maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Ils ont considéré que si M. B se prévalait de ses attaches en France, sa cellule familiale pouvait se reconstituer en Algérie dont son épouse, également en situation irrégulière, est également ressortissante et que les enfants pourraient poursuivre leur scolarité dans ce pays. Ils ont par ailleurs relevé que l'insertion professionnelle de l'intéressé était récente et ne constituait pas un motif exceptionnel d'admission au séjour. En appel le requérant ne développe au soutien de ces moyens, aucun argument de droit ou de fait pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Par conséquent, ces moyens doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges au point 8 du jugement.

8. En dernier lieu, les juges de première instance ont relevé que M. B avait été interpellé pour conduite d'un véhicule en produisant un permis de conduire falsifié et qu'il avait par ailleurs fait usage d'une fausse carte d'identité française. Ils ont ainsi considéré qu'au regard de leur gravité ces faits étaient constitutifs d'une menace à l'ordre public mais qu'il résultait de l'instruction que le préfet aurait en tout état de cause pris la même décision s'il ne s'était fondé sur les motifs tirés de l'absence de motifs exceptionnels et de considérations humanitaires de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour. En reprenant purement et simplement son argumentation de première instance sans apporter de nouveaux éléments de droit ou de fait, le requérant ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par les premiers juges au point 9 de leur jugement. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant entachée d'aucune des illégalités alléguées, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit, en conséquence, être écarté.

10. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 de la présente ordonnance.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

11. M. B reprend en appel les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle. Toutefois, les premiers juges ont relevé que la décision contestée visait les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précisait que la présence de M. B constituait une menace pour l'ordre public pour les faits mentionnés précédemment. Le requérant ne développe, au soutien de ce moyen, aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le tribunal administratif. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par les premiers juges au point 18 du jugement attaqué.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. M. B reprend en appel le moyen tiré du défaut de motivation. Toutefois, les premiers juges ont relevé que la décision en litige visait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précisait l'identité et la nationalité de l'intéressé ainsi que le pays à destination duquel il serait reconduit. Le requérant ne développe, au soutien de ce moyen, aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le tribunal administratif. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par les premiers juges au point 16 du jugement attaqué.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Il ressort du dispositif du jugement attaqué que les premiers juges ont annulé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, les conclusions d'appel tendant à l'annulation de cette décision sont irrecevables.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B, tendant à l'annulation du jugement du 23 juin 2023 et de l'arrêté du 10 juin 2022 en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination, est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Elle doit donc être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 29 septembre 2023.

Le président de la 9ème chambre,

S. CARRERE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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