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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-23PA03281

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-23PA03281

mercredi 16 août 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-23PA03281
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantBESSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2208482 du 21 juin 2023, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2023, M. A, représenté par Me Besse, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision portant refus de titre de séjour ou, à titre subsidiaire, la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- en mentionnant qu'il présentait 11 bulletins de salaire, elle est entachée d'une erreur de fait ;

- en lui refusant un titre de séjour en qualité de salarié ou au titre de sa vie privée et familiale, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Paris a désigné M. d'Haëm, président assesseur à la 4ème chambre, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les magistrats " ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, ressortissant algérien, né le 21 avril 1984 et entré en France le 22 mai 2015 sous couvert d'un visa Schengen de court séjour, a sollicité, le 15 juillet 2021, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 20 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai. M. A fait appel du jugement du 21 juin 2023 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, la décision attaquée portant refus de titre de séjour comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent, et est, par suite, suffisamment motivée, alors même qu'elle ne mentionne pas l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. A, notamment la scolarisation de deux de ses enfants et le fait que son épouse avait également sollicité la régularisation de sa situation au regard du séjour.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce du dossier qu'avant de refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait omis de procéder à un examen particulier de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle et familiale et, en particulier, de la situation de ses trois enfants, notamment au regard des exigences découlant des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision en litige, faute pour le préfet d'avoir procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé et de ses enfants, doit être écarté.

5. En troisième lieu, M. A se prévaut de la durée de son séjour en France depuis le mois de mai 2015, et fait valoir qu'il y vit avec son épouse et leurs trois enfants qui sont nés en France, respectivement, le 5 février 2016, le 13 octobre 2018 et le 6 juillet 2021, et dont les deux plus âgées sont scolarisées en maternelle. Il fait valoir également qu'il justifie d'une insertion sociale et professionnelle en France. Toutefois, ni la durée de son séjour en France, soit près de sept ans à la date de la décision attaquée, de surcroît dans des conditions irrégulières, ni la scolarisation de deux de ses très jeunes enfants ne constituent, à elles seules, un motif de régularisation de sa situation au regard du séjour. De plus, s'il ressort des pièces du dossier que M. A a exercé une activité professionnelle depuis l'année 2018, sous contrat à durée indéterminée, comme " technicien télécom ", d'abord auprès de la société " A2 Telecom Services " du 9 janvier 2018 au 5 juillet 2019, puis auprès de la Sarl " Batimeo " à compter du 1er septembre 2019, au demeurant sans autorisation, le requérant, qui n'apporte aucune précision sur ses conditions d'existence entre les mois de mai 2015 et janvier 2018, ne justifie pas d'une qualification ou d'une expérience professionnelle, ni de caractéristiques de l'emploi auquel il postule telles qu'elles constitueraient des motifs exceptionnels d'admission au séjour. En outre, en se bornant à faire valoir qu'il a été élu représentant des parents d'élèves au sein de l'école de ses enfants, qu'il donne régulièrement son sang et qu'il est membre d'associations de défense des personnes en situation irrégulière, l'intéressé, qui n'apporte aucun élément précis sur les liens de toute nature, notamment d'ordre amical, qu'il aurait noués en France, ne démontre pas une insertion sociale caractérisée sur le territoire français. Par ailleurs, M. A ne justifie d'aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce qu'il emmène avec lui son épouse, de nationalité algérienne et qui est également en situation irrégulière au regard du séjour, ainsi que ses trois enfants et à ce qu'il poursuive normalement sa vie privée et familiale à l'étranger et, en particulier, en Algérie où résident ses parents et sa fratrie et où lui-même a vécu jusque l'âge de trente-et-un ans. Enfin, il n'établit, ni n'allègue sérieusement qu'il serait, avec les membres de sa famille, dans l'impossibilité de se réinsérer dans son pays d'origine ou que ses très jeunes enfants ne pourraient pas y bénéficier d'une scolarisation normale. Par suite, en refusant de régulariser sa situation au regard du séjour, au titre de sa vie privée et familiale ou au titre du travail, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a commis aucune erreur manifeste dans son appréciation de la situation de l'intéressé. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans son appréciation des conséquences de ce refus de titre de séjour sur la situation personnelle de M. A.

6. En quatrième lieu, en admettant même qu'en mentionnant, dans son arrêté, que M. A a présenté " 11 bulletins de salaire ", et non pas l'ensemble des bulletins de paie qu'il aurait produits à l'appui de sa demande, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur de fait, il résulte de l'instruction que l'autorité préfectorale aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur les autres motifs de ce refus de titre de séjour et, notamment, sur la situation professionnelle ou personnelle et familiale de l'intéressé qui ne caractérise pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels susceptibles de justifier son admission exceptionnelle au séjour.

7. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de ce que les décisions contestées portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Enfin, pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A doit également être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, il y a lieu de la rejeter en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles portant sur les frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 16 août 2023.

Le président assesseur de la 4ème chambre,

R. d'HAËM

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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