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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-23PA05319

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-23PA05319

vendredi 29 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-23PA05319
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme Labetoulle a présenté son rapport au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. H C, de nationalité brésilienne, a été interpellé le 9 mars 2023 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, circulation avec véhicule terrestre à moteur sans assurance, exploitation de voiture de transport avec chauffeur sans inscription au registre. Par arrêté du 10 mars 2023 le préfet de la Seine Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. De nouveau interpellé pour les mêmes faits, il a fait l'objet d'un nouvel arrêté en date du 8 avril 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois. Il a saisi le tribunal administratif de Montreuil d'une demande tendant à l'annulation de ces deux arrêtés. Par un jugement du 28 novembre 2023 le tribunal a annulé l'arrêté du 10 mars 2023 et rejeté le surplus des conclusions de la requête. Par la présente requête, le préfet de la Seine Saint-Denis relève appel de ce jugement.

Sur le moyen d'annulation retenu par le tribunal :

2. Aux termes de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative : " Les dispositions de la présente sous-section sont applicables aux recours formés, en application des articles L. 614-5 ou L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, contre les décisions d'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement des 1°, 2° ou 4° de l'article

L. 611-1 du même code et les décisions mentionnées à l'article R. 776-1 du présent code notifiées simultanément, lorsque l'étranger n'est pas placé en rétention, ni assigné à résidence. () ". Aux termes de l'article R. 776-13-2 de ce code : " La présentation, l'instruction et le jugement des recours obéissent () aux articles R. 776-15, R. 776-18, R. 776-20-1, R. 776-22 à R. 776-26, aux deuxième et quatrième alinéas de l'article R. 776-27 et à l'article R. 776-28 ". Aux termes de l'article R. 776-18 du même code : " La requête est présentée en un seul exemplaire. () Les décisions attaquées sont produites par l'administration. ".

3. Les premiers juges s'étant fondés, pour annuler l'arrêté du 10 mars 2023, sur le défaut de production de celui-ci par l'administration en défense, le préfet de la Seine Saint-Denis produit ledit arrêté devant la Cour. Il y a lieu dès lors d'annuler ledit jugement en tant qu'il a prononcé pour ce motif l'annulation de l'arrêté du 10 mars 2023.

4. Il appartient à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. C devant le tribunal administratif de Montreuil.

Sur le moyen commun à toutes les décisions contestées :

5. Il ressort de l'article 3 de l'arrêté n°2023-0028 du 10 janvier 2023 du préfet de la Seine Saint-Denis que celui-ci a donné délégation de signature, en cas d'empêchement de Mme E D, directrice des étrangers et des naturalisations, à M. B A, chef du bureau de l'éloignement, pour tous les actes arrêtés et décisions relevant de ce bureau et qu'en cas d'empêchement de celui-ci cette délégation pourra être exercée par M. F G, adjoint au chef du bureau de l'éloignement de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, signataire de l'arrêté en litige du 10 mars 2023. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté aurait été incompétemment signé manque en fait et doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision en litige qu'elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, et contient notamment les éléments propres à la situation de M. C. Par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation manque en fait. Par ailleurs il ne ressort aucunement de cette décision ni d'aucune autre pièce du dossier que l'auteur de la décision ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de M. C.

7. En deuxième lieu si M. C invoque la méconnaissance de son droit d'être entendu, garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, en soutenant que " la préfecture ne justifie pas avoir, au préalable, respecté (son) droit d'être entendu utilement ", il ressort des pièces produites devant la Cour que l'intéressé a été auditionné à plusieurs reprises lors de son interpellation. De plus, il n'est pas établi ni même allégué que M. C, qui a été entendu par les services de police, aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision contestée. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé du droit d'être entendu qu'il tient de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui retient explicitement que M. C ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, que la décision en litige est fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il serait dépourvu de base légale.

9. En quatrième lieu, si M. C soutient qu'il réside en France afin d'y poursuivre ses études et fait état de sa vie commune sur le territoire français avec une de ses compatriotes, ces circonstances, contrairement à ce qu'il allègue, ne permettent pas, en tout état de cause, d'établir que l'obligation de quitter le territoire français en litige aurait sur son droit au respect de sa vie privée des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les articles L. 612-2 à L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique ensuite que le comportement de M. C, qui a été interpellé pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, circulation avec véhicule terrestre à moteur sans assurance, exploitation de voiture de transport avec chauffeur sans inscription au registre, constitue une menace pour l'ordre public, et qu'il ne présente pas de garanties de représentation dès lors qu'il est dépourvu d'un document de voyage en cours de validité et n'établit pas demeurer de manière stable et effective à l'adresse indiquée. Ainsi cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors suffisamment motivée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation de

M. C avant de prendre cette décision.

11. En deuxième lieu il résulte de ce qui vient d'être dit que le préfet a expressément visé les articles L. 612-2 à L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait dépourvue de base légale du fait qu'il ne serait pas établi qu'elle serait fondée sur les dispositions de l'article L. 612-3 dudit code.

12. En troisième lieu aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ()/ 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

13. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C, le préfet de police s'est fondé sur la menace que son comportement représente pour l'ordre public et sur le défaut de garanties de représentation. Or, d'une part, interpellé pour exercice illégal de la profession de taxi et défaut de permis de conduire, M. C représente une menace pour l'ordre public. D'autre part, il est constant que M. C ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, la décision en litige n'est pas entachée d'une erreur de fait.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :

14. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle rappelle explicitement le contenu et justifie l'interdiction de retour d'une durée de douze mois qu'elle prononce en faisant état de la durée du séjour de l'intéressé en France, de ce qu'il ne justifie pas de l'ancienneté de liens personnels et familiaux en France, de ce qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et de ce que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et se prononce explicitement sur les conditions posées par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision manque en fait. Par ailleurs, il ressort de cette motivation que la décision en litige a bien été prise au terme d'un examen sérieux de la situation du requérant.

15. En second lieu, pour les motifs énoncés au point 9, M. C n'établit pas que la décision d'interdiction temporaire de retour sur le territoire français comporterait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 10 mars 2023 n'est entaché d'aucune illégalité, et, dès lors, que le préfet de la Seine Saint-Denis est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montreuil en a prononcé l'annulation.

D É C I D E :

Article 1er : Le jugement du 28 novembre 2023 du tribunal administratif de Montreuil est annulé en tant qu'il a annulé l'arrêté du 10 mars 2023 du préfet de Seine-Saint-Denis.

Article 2 : Les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 mars 2023 présentées par

M. C devant le tribunal administratif de Montreuil sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au préfet de la Seine-Saint-Denis, au ministre de l'intérieur et à M. H C.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Julliard, présidente,

- Mme Labetoulle, première conseillère,

- Mme Palis De Koninck, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2024.

La rapporteure,

M-I. MABETOULLE La présidente,

M. JULLIARD

La greffière,

N. DAHMANI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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