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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA00907

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA00907

mercredi 24 avril 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA00907
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantBEN-SAADI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 22 juin 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2315864 du 4 octobre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 23 février 2024, M. C, représenté par Me Ben-Saadi, demande à la Cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler le jugement n° 2315864 du 4 octobre 2023 rendu par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris ;

3°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans le délai de dix jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 70 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Ben-Saadi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme.

Il soutient que :

- le jugement est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen ;

- il méconnait son droit à être entendu ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il est titulaire d'un passeport en cours de validité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle et familiale ;

- la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente-jours doit être annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2024 près le tribunal judiciaire de Paris.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de New York relative aux droits de l'enfant ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 22 juin 2023, le préfet de police a fait obligation à M. C, ressortissant algérien, né le 25 décembre 1996 et entré en France en octobre 2019 selon ses déclarations, de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. C interjette appel du jugement du 4 octobre 2023 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance : () 7° Rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité du jugement :

3. En unique lieu, hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative attaquée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. C ne peut donc utilement soutenir que le tribunal a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation pour demander l'annulation du jugement attaqué.

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a relevé que la décision litigieuse qui vise notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne que M. C n'a pas été en mesure de justifier son entrée régulière sur le territoire français ni de présenter un titre de séjour en cours de validité, comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. En se bornant à reprendre son argumentation de première instance sans apporter de nouveaux éléments pertinents, M. C ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par le premier juge. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit au point 6 du jugement.

5. En deuxième lieu, M. C soutient que l'arrêté contesté porte atteinte à son droit d'être entendu dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations préalables. Toutefois, le juge de première instance a relevé que le requérant, qui a été entendu sur sa situation administrative le 22 juin 2023, a été en mesure de fournir des observations sur les conditions et de son entrée et son séjour en France et a été informé qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement. En particulier, il résulte du procès-verbal de cette audition, signé par lui sans réserve, que l'intéressé a été entendu sur sa situation familiale, l'irrégularité de sa situation administrative et les perspectives de son éloignement. En outre, il a pu informer les services de police qu'il avait déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour. En se bornant à reprendre son argumentation de première instance sans apporter de précisions sur les éléments qu'il aurait tenté en vain de porter à la connaissance de l'administration avant l'intervention de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le requérant ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par le premier juge au point 5 de son jugement. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de

police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C. La circonstance que ce dernier a sollicité son admission exceptionnelle au séjour la veille de son interpellation par les services de police est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux dès lors que, s'agissant notamment des ressortissants algériens dont les conditions de séjour en France sont régies par l'accord franco-algérien, le bénéfice d'une telle admission relève du pouvoir discrétionnaire du préfet.

7. En quatrième lieu, M. C reprend en appel le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a relevé qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant déclare être arrivé sur le territoire français en octobre 2019, et qu'il y a séjourné depuis lors de manière habituelle, en y exerçant depuis le 4 juin 2020 un emploi en qualité de coiffeur, selon un contrat à durée indéterminée et en indiquant entretenir une relation avec une ressortissante marocaine, elle-même en situation irrégulière et être père d'un enfant né en France en 2020. Le premier juge a ainsi considéré que compte tenu des conditions de son séjour en France, du caractère récent de sa relation et de sa paternité, et alors que les éléments apportés par l'intéressé ne permettent pas d'établir qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, la décision du préfet de police n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En reprenant son argumentation de première instance sans apporter de nouveaux éléments de faits ou de droit, M. C ne remet pas en cause l'appréciation portée par le premier juge au point 11 de son jugement. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, M. C ne fait état d'aucun obstacle à la reconstitution de sa cellule familiale dans son pays d'origine ou au Maroc, pays d'origine de la mère de son fils. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de police a donné à M. B, attaché d'administration de l'État, placé sous l'autorité de la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, délégation de signature aux fins de signer l'ensemble des décisions litigieuses. La circonstance selon laquelle l'arrêté du 22 juin 2023 ne vise pas l'arrêté de délégation de signature est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait et doit être écarté.

10. En deuxième lieu, contrairement à ce qu'il indique, M. C ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français dès lors que le passeport qu'il produit ne comporte aucun visa. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 7 et 8 de la présente ordonnance, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant octroi un délai de départ volontaire de trente jours :

12. En premier lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre du requérant n'est pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision octroyant un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence doit être écarté.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () II. L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

14. En l'espèce, si M. C soutient qu'au regard de sa situation personnelle et familiale, le préfet aurait dû lui octroyer un délai supérieur à trente jours pour organiser son retour en Algérie, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il a fait valoir auprès du préfet de police, avant l'édiction de l'arrêté en litige, des circonstances particulières propres à justifier une prolongation de ce délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En unique lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre du requérant n'est pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence doit être écarté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

16. En unique lieu, M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 8 février 2024, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de cette aide à titre provisoire.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C, en ce qu'elle tend à l'annulation du jugement du 4 octobre 2023 et de l'arrêté du 22 juin 2023 est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Elle doit donc être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. C à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 24 avril 2024.

Le président de la 9ème chambre,

S. CARRERE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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