vendredi 19 septembre 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-24PA01008 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | LACROIX DE CARIES DE SENILHES |
Vu la procédure suivante : Procédure contentieuse antérieure : La SARL Les Films Manuel Munz a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler la décision du 29 juin 2022 par laquelle le directeur général des finances publiques a rejeté sa demande tendant au bénéfice de l'aide " coûts fixes rebond " au titre de la période de janvier à octobre 2021 et d'enjoindre à l'administration fiscale de lui verser l'aide demandée, soit la somme de 493 182 euros. Par un jugement n° 2215504 en date du 23 janvier 2024 le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande. Procédure devant la Cour : Par une requête, un mémoire en réplique et des pièces, enregistrés les 29 février et 23 mai 2024, la SARL Les Films Manuel Munz représentée par Me de Senilhes, demande à la Cour : 1°) d'annuler le jugement n° 2215504 du 23 janvier 2024 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du directeur général des finances publiques en date du 29 juin 2022 tendant au bénéfice de l'aide "coûts fixes rebond" au titre de la période de janvier à octobre 2021 ; 2°) d'enjoindre à l'administration fiscale de verser la somme de 493 182 euros à la société Les Films Manuel Munz au titre du dispositif rebond janvier-octobre 2021 ; 3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative ainsi que les entiers dépens. La société soutient que : - elle remplit l'ensemble des conditions pour bénéficier de l'aide coûts fixes rebond ; - elle justifie ainsi, par les pièces produites, d'une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant la période éligible, de la condition minimale d'activité de 5 % et de ce que son excédent brut d'exploitation coûts fixes au cours de la période éligible est négatif ; - du fait de son activité particulière de production de films pour le cinéma ou la télévision, sa comptabilité comporte pour chaque exercice des produits constatés d'avance et elle a donc dû procéder à des retraitements sur son chiffre d'affaires au titre de la période de référence de janvier à octobre 2019 et au titre de la période de janvier à octobre 2021 ; - elle a fourni à l'administration fiscale l'ensemble des éléments demandés, notamment les balances et les grands livres ; - en tant que petite entreprise, le montant de l'aide s'élève à 90 % de l'opposé mathématique de l'excédent brut d'exploitation coûts fixes constaté au cours de la période éligible, soit la somme de 493 182 euros. Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ; - le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020, modifié ; - le décret n° 2021-1430 du 3 novembre 2021 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de Mme Boizot, - les conclusions de M. Sibilli, rapporteur public ; - et les observations de Me de Senilhes pour la SARL Les Films Manuel Munz. Considérant ce qui suit : 1. La SARL Les Films Manuel Munz, qui exerce une activité de production de films pour le cinéma ou la télévision, a sollicité le bénéfice de l'aide " coûts fixes rebond " prévue par le décret n° 2021-1430 du 3 novembre 2021, destiné à compenser les coûts fixes non couverts de certaines entreprises dont l'activité est particulièrement affectée par l'épidémie de Covid-19 au titre des mois de janvier à octobre 2021. Par une décision du 29 juin 2022, le directeur général des finances publiques a rejeté sa demande. Par un jugement n° 2215504 en date du 23 janvier 2024 dont elle interjette régulièrement appel, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à annuler la décision mentionnée du 29 juin 2022 et à enjoindre à l'administration fiscale de lui verser l'aide demandée, soit la somme de 493 182 euros. 2. Aux termes de l'article 1er du décret n° 2021-1430 du 3 novembre 2021 instituant une aide " coûts fixes rebond " : " I. - Les entreprises mentionnées à l'article 1er du décret du 30 mars 2020 susvisé, à l'exception de celles mentionnées aux 5° et 5° bis, peuvent bénéficier, au titre de la période allant du 1er janvier 2021 au 31 octobre 2021, dite période éligible, d'une aide complémentaire appelée : " aide coûts fixes rebond " destinée à compenser leurs coûts fixes non couverts par les contributions aux bénéfices, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes au jour de la demande :1° Elles ont subi une perte de chiffre d'affaires, calculée selon les modalités prévues à l'article 3, d'au moins 50 % durant la période éligible et remplissent une des quatre conditions suivantes : a) Elles ont été interdites d'accueil du public de manière ininterrompue au cours d'au moins un mois calendaire de la période éligible ;b) Ou elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 ou à l'annexe 2 du décret du 30 mars 2020 précité dans sa rédaction en vigueur au 30 juin 2021 ;c) Ou elles exercent leur activité principale dans le commerce de détail et au moins un de leurs magasins de vente situé dans un centre commercial comportant un ou plusieurs bâtiments dont la surface commerciale utile est supérieure ou égale à vingt mille mètres carrés, a fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public sans interruption pendant au moins un mois calendaire de la période éligible, en application de l'article 37 du décret du 29 octobre 2020 susvisé ; d) Ou elles exercent leur activité principale dans le commerce de détail, à l'exception des automobiles et des motocycles, ou la location de biens immobiliers résidentiels, et sont domiciliées dans une commune mentionnée à l'annexe 3 du décret du 30 mars 2020 précité ; 2° Elles ont été créées avant le 1er janvier 2019 ; 3° Leur excédent brut d'exploitation coûts fixes au cours de la période éligible, tel qu'il résulte de la définition mentionnée à l'annexe 2 du décret du 24 mars 2021 susvisé, est négatif ;4° Pour le mois d'octobre 2021, elles justifient avoir réalisé au moins 5 % de leur chiffre d'affaires de référence. II. - Au sens du présent décret : - la notion de chiffre d'affaires s'entend comme le chiffre d'affaires hors taxes ou, lorsque l'entreprise relève de la catégorie des bénéfices non commerciaux, comme les recettes nettes hors taxes ;() - l'excédent brut d'exploitation coûts fixes est l'excédent brut d'exploitation tel qu'il est calculé conformément à l'annexe 2 du décret du 24 mars 2020 précité. ". L'article 2 du décret prévoit que : " I. - L'aide prend la forme d'une subvention dont le montant s'élève à 70 % de l'opposé mathématique de l'excédent brut d'exploitation coûts fixes constaté au cours de la période éligible. Par dérogation, pour les petites entreprises au sens du règlement (CE) n° 70/2001 de la Commission du 12 janvier 2001 susvisé, le montant de l'aide s'élève à 90 % de l'opposé mathématique de l'excédent brut d'exploitation coûts fixes constaté au cours de la période éligible. II. - L'excédent brut d'exploitation coûts fixes est calculé ou vérifié, pour la période éligible, par un expert-comptable ou par un commissaire aux comptes, tiers de confiance, à partir du grand livre de l'entreprise ou de la balance générale à l'aide de la formule figurant à l'annexe 2 du décret du 24 mars 2021 précité. L'entreprise bénéficie de l'option la plus favorable. III. - Le montant de l'aide est calculé pour la période éligible et est limité sur la période du 1er janvier 2021 au 31 octobre 2021 à un plafond de 10 millions d'euros calculé au niveau du groupe. Les subventions versées en application du décret du 24 mars 2021 précité sont prises en compte dans ce plafond () ; ". L'article 3 du décret précise que : " I. - La perte de chiffre d'affaires au sens du présent article pour la période éligible est définie comme la somme des pertes de chiffre d'affaires de chacun des dix mois de la période éligible. II. - La perte de chiffre d'affaires au titre d'un mois est la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires constaté au cours du mois et, d'autre part, le chiffre d'affaires de référence défini comme le chiffre d'affaires réalisé le même mois de l'année 2019. ". Enfin l'article 4 du décret dispose que : " I. - Une demande unique d'aide au titre de l'article 1er est réalisée par voie dématérialisée, dans les conditions suivantes : - elle est déposée une seule fois par l'entreprise remplissant les conditions posées à l'article 1er ; - elle est déposée entre le 1er décembre 2021 et le 31 janvier 2022. II. - La demande est accompagnée des justificatifs suivants :1° Une déclaration sur l'honneur attestant que l'entreprise remplit les conditions prévues par le présent décret et l'exactitude des informations déclarées () ; 2° Une attestation d'un expert-comptable, tiers de confiance. L'attestation mentionne :- l'excédent brut d'exploitation coûts fixes pour la période éligible ;- le chiffre d'affaires pour chacun des mois de 2021 de la période éligible ;- le chiffre d'affaires de référence mentionné à l'article 3 pour chacun des mois de 2019 correspondant à la période éligible ;- la somme des montants perçus par l'entreprise au titre des aides prévues par le décret du 24 mars précité ;- le numéro professionnel de l'expert-comptable.() 3° Le calcul de l'excédent brut d'exploitation coûts fixes sur la période éligible tel que détaillé à l'annexe 2 du décret du 24 mars 2021 précitée et établi conformément au formulaire mis à disposition par la direction générale des finances publiques sur le site www.impots.gouv.fr ; 4° La balance générale 2021 pour la période éligible et la balance générale 2019 pour la période de référence () ". 3. Pour refuser le bénéfice de l'aide sollicitée, l'administration a relevé, en particulier, que la société Les Films Manuel Munz ne justifie pas de la condition minimale d'activité au titre du mois d'octobre 2021 de 5% ainsi que de la perte d'au moins 50 % de chiffre d'affaires durant la période éligible dans les conditions de l'article 1er du décret précité du 3 novembre 2021 et que, pour le calcul de l'excédent brut d'exploitation, la société n'a pas tenu compte des produits constatés d'avance et des charges constatées d'avance en 2019 et en 2021. 4. Dans ses écritures, s'agissant de la justification de la perte de chiffre d'affaires des mois de janvier à octobre 2021 par comparaison avec les mois correspondants de 2019, la SARL Les Films Manuel Munz, qui a pour activité principale la production de films, soutient qu'elle remplit les conditions fixées par le décret n° 2021-1430 du 3 novembre 2021 pour bénéficier de l'aide " coût fixes rebond " à savoir une perte de chiffres d'affaires supérieure à 50 % sur la période éligible par rapport à la période de référence. Elle précise que, pour l'activité de production de film pour le cinéma ou la télévision, la comptabilisation du chiffre d'affaires repose sur des principes comptables différents et indique que lorsque des préventes de films sont réalisées auprès de chaînes de télévision au cours de la production d'un film, celles-ci ne sont prises en compte que lorsque le film est terminé et que les droits de diffusion sont ouverts, soit dans les faits lors de la diffusion en salle ou à la télévision. Cette situation a conduit la société requérante à comptabiliser au titre du chiffre d'affaires des produits constatés d'avance (PCA) et des factures à établir correspondant aux avances perçues lors des préventes des films, la constatation des PCA étant réalisée à la clôture de l'exercice, lors de l'établissement du bilan, alors même que les factures se répartissent sur tout l'exercice. 5. Afin de tenir compte de ces spécificités, la SARL Les Films Manuel Munz a procédé au retraitement extra-comptable mensuel de ses comptes produits au titre de la période de référence mentionnée dans le décret n° 2021-1430 précité soit du mois de janvier à octobre 2019 dans un tableau intitulé " tableau EBE 2019-2021 ", qui a été transmis à l'administration fiscale, comportant le montant des comptes de produits résultant de la comptabilité et les montants retraités par ajout des PCA 2018 et déduction des PCA 2019. S'agissant des comptes de la période janvier-octobre 2021, les comptes n'étant pas clos, la société requérante a réalisé directement les retraitements au niveau des balances. 6. Toutefois, la société requérante ne parvient pas, comme elle n'y est pas davantage parvenue à l'occasion de la présentation de ses deux demandes ou en cours de première instance, à fournir un calcul exact, justifié par des pièces comptables et expliquant les retraitements mis en œuvre pour les PCA 2018 mentionnés au titre des mois de janvier, février, mars, août et septembre 2019. A cet égard, aucun des éléments versés au dossier (montants retracés en comptabilité dans les comptes de produit - compte 706010 - recettes production films ; factures établies lors de l'achèvement de la production) ne permet de rattacher les montants, ajoutés aux produits à titre de PCA, à des périodes d'ouverture des droits correspondants aux films en cause. De même, le montant des factures à établir mentionné dans le tableau soit un montant de 89 235,88 euros, ajouté aux produits des mois de mars et de juillet 2019, n'est justifié par aucun élément tiré de la comptabilité ou pièce comptable permettant de les rapprocher des droits dus correspondants. 7. En outre, s'agissant des PCA 2019 déduits au titre du mois d'octobre 2019 par une seule écriture pour 900 000 euros, si la société requérante produit la facture du 14 octobre 2019 portant sur l'achat par OCS des droits de diffusion du film " Joyeuse Retraite " ainsi que la preuve d'un virement de 990 000 euros TTC du 27 décembre 2019, cette facture fait état d'un achat de droits par contrat du 19 octobre 2016 alors que la société produit un contrat d'achat de droit du 31 décembre 2018 et que d'autres écritures à hauteur de 900 000 euros apparaissent dans ses comptes au titre de l'année 2021. 8. Enfin, alors que le tableau CA21PROAVA " Détail des produits constatés d'avance " de la liasse fiscale déposée le 9 juillet 2021 au titre de l'exercice 2020 fait état d'un montant de 1 121 260 euros de PCA avec le libellé " vente avec fenêtres de droits non réalisées ", et que ces produits ont été comptabilisées au crédit du compte 487 et au débit du compte 70 au 31 décembre 2020 et doivent être extournés par le crédit du compte 70 (" vente de produits fabriqués et de services marchands "), la balance produite au titre du mois de janvier 2021 par la société ne fait état d'aucune écriture d'extourne de ces PCA d'un montant de 1 121 260 euros au crédit du compte 70. Si la société soutient n'avoir réalisé aucune livraison de films en 2021, elle ne justifie pas, en tout état de cause, ni par ses écritures comptables, ni par des pièces comptables, des retraitements qu'elle indique avoir effectués " en direct " pour les mois de janvier à octobre 2021 au titre des PCA d'années antérieures. 9. Au regard de ce qui précède, la société requérante ne justifie pas de la perte de chiffre d'affaires alléguée de 50 % par rapport à la période de référence. 10. Il résulte de tout ce qui précède, et pour les seuls motifs mentionnés aux points 6 à 9 précédents, que la SARL Les Films Manuel Munz n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande. Ses conclusions à fin d'injonction doivent également, par voie de conséquence, être rejetées.
Sur les dépens : 11. La SARL Les Films Manuel Munz ne justifiant d'aucuns dépens en lien avec la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent en tout état de cause qu'être rejetées. Sur les frais liés au litige : 12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la SARL Les Films Manuel Munz en lien avec la présente instance et non compris dans les dépens. D E C I D E : Article 1er : La requête de la SARL Les Films Manuel Munz est rejetée.Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société à responsabilité limitée (SARL) Les Films Manuel Munz et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.Délibéré après l'audience du 5 septembre 2025, à laquelle siégeaient :- M. Carrère, président,- M. Lemaire, président assesseur, - Mme Boizot, première conseillère.Rendu public par mise à disposition au greffe de la Cour, le 19 septembre 2025. La rapporteure,S. BOIZOTLe président,S. CARRERELa greffière,C. DABERTLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.N° 24PA01008
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La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
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04/05/2026
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04/05/2026