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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA01078

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA01078

vendredi 6 septembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA01078
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantFOURNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2309540 du 14 novembre 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 6 mars 2024, Mme A, représentée par Me Fournier, demande à la Cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler le jugement du 14 novembre 2023 du tribunal administratif de Montreuil ;

3°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

5°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui verser sur le fondement du premier de ces articles si elle n'était pas admise à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen personnel de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9, L. 611-3, R. 611-1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant retrait de l'attestation de demande d'asile et obligation de quitter le territoire français ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 33 de la convention de Genève et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une décision du 7 février 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a constaté la caducité de la demande de Mme A tendant à être admise à l'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A, ressortissante géorgienne, entrée en France au mois de juin 2019 selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Sa demande de réexamen a également été rejetée comme irrecevable par une décision de l'OFPRA du 28 avril 2023. Par un arrêté du 27 juillet 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Mme A relève appel du jugement du 14 novembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a, par une décision du 7 février 2024, constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme A. Par suite, ses conclusions tendant à ce que la Cour lui accorde provisoirement le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

4. La requérante reprend en appel les moyens qu'elle avait développés en première instance et tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen de sa situation. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le magistrat désigné au point 4 de son jugement.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

5. En premier lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de rejet de sa demande, il pourra faire l'objet, le cas échéant, d'une mesure d'éloignement du territoire français avec ou sans délai de départ volontaire et d'une interdiction de retour. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne la décision prise sur sa demande, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ou de compléter ses observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français, sur l'octroi ou non d'un délai de départ volontaire, sur la fixation du pays de destination et sur l'interdiction de retour, lesquels sont pris concomitamment et en conséquence du refus de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, dans la mesure où la requérante a pu être entendue à l'occasion de l'examen de sa demande d'asile et dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français fait suite au constat de ce que la délivrance d'un titre de séjour lui est refusée, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendue doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la méconnaissance par l'autorité administrative des dispositions des articles L. 431-2 et D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne fait pas obstacle au prononcé d'une obligation de quitter le territoire français dès lors que cette méconnaissance n'a d'autre effet que de rendre les délais prévus par les dispositions de l'article D. 431-7 précité inopposables à un demandeur d'asile, qui n'a pas été régulièrement invité à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre que l'asile et, dans l'affirmative, à déposer dans ces délais une demande de titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment et alors qu'il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la requérante a été invitée à indiquer si elle estimait pouvoir prétendre à une admission au séjour au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme A n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 précité ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, Mme A reprend en appel, sans apporter d'éléments de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le magistrat désigné, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 611-3, R. 611-1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celui tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge au point 7 de son jugement.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant fixation du pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant retrait de l'attestation de demande d'asile et obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Mme A se borne à faire état, en des termes très généraux, des répercussions sur la Géorgie du conflit prévalant actuellement en Ukraine et des risques d'aggravation des troubles psychologiques qu'engendrerait son retour dans son pays d'origine. Toutefois, alors que sa demande d'asile a, au demeurant, été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, ainsi que sa demande de réexamen, elle n'apporte aucun élément sérieux et probant à l'appui de ses allégations. Dès lors, en décidant que l'intéressée pourrait être éloignée à destination du pays dont elle a la nationalité, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas méconnu les stipulations précitées ni, en tout état de cause, les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

13. En second lieu, Mme A n'est, pour les mêmes motifs que ceux retenus par le premier juge au point 12 de sa décision et qu'il y a lieu d'adopter, pas fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaîtrait les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et serait entachée d'une erreur d'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu de la rejeter en application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B A et à Me Fournier.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 6 septembre 2024.

La présidente de la 6ème chambre,

J. BONIFACJ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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