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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA02325

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA02325

jeudi 13 février 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA02325
TypeOrdonnance
Recoursplein contentieux
FormationJuge des référés
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société par actions simplifiées (SAS) Brightness a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler la décision du 2 mai 2022 par laquelle la direction générale des finances publiques a rejeté sa demande d'aide exceptionnelle pour le mois de septembre 2021 au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19.

Par un jugement n° 2214009 du 26 mars 2024, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 25 mai 2024, la SAS Brightness, représentée par Me Bidault, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2214009 du 26 mars 2024 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 2 mai 2022 ;

2°) d'annuler la décision du 2 mai 2022 par laquelle la direction générale des finances publiques a rejeté sa demande d'aide exceptionnelle pour le mois de septembre 2021 au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19 ;

3°) d'enjoindre à la direction générale des finances publiques de réexaminer sa demande d'aide exceptionnelle pour le mois de septembre 2021 et de lui accorder l'aide sollicitée dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement attaqué est entaché d'irrégularité dès lors que son ampliation n'est pas revêtue de la signature du rapporteur, du président et du greffier, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 741-1 du code de justice administrative ;

- le jugement est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;

- elle répond à l'ensemble des conditions prévues par l'article 3-28 du décret du 30 mars 2020 dès lors qu'elle était éligible aux aides au titre des mois d'avril et mai 2021 ;

- les dispositions de l'article 3-38 du décret du 30 mars 2020 sont illégales en ce qu'elles méconnaissent le principe d'égalité et le principe de sécurité juridique et sont également entachées d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2024, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 février 2025 à 12 heures.

Un mémoire a été enregistré pour la société Brightness le 12 février 2025 à 16 heures 09, soit postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié ;

- le décret n° 2021-840 du 29 juin 2021 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 2 mai 2022, la direction générale des finances publiques a rejeté la demande d'aide exceptionnelle de la SAS Brightness pour le mois de septembre 2021 au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19. La SAS Brightness relève régulièrement appel du jugement du 26 mars 2024 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa requête.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours () peuvent, par ordonnance : () / 7° () après l'expiration des délais de recours () rejeter les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement (). ".

Sur la régularité du jugement :

3. En premier lieu, il ressort de l'examen de la copie de la minute du jugement attaqué transmise à la Cour qu'elle comporte les signatures requises par les dispositions de l'article R. 741-7 du code de justice administrative. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

4. En second lieu, hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative attaquée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. La SAS Brightness ne peut donc utilement soutenir que le tribunal a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur le bien-fondé du jugement :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 3-28 du décret du 30 mars 2020 : " I.-A.- Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret () bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours de chaque période mensuelle comprise entre le 1er juin 2021 et le 30 septembre 2021, dite période mensuelle considérée, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : / () / 3° Ou, au cours de la période mensuelle considérée, elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 10 %, elles ont bénéficié d'une aide versée au titre des articles 3-26 ou 3-27 du présent décret () ". Il résulte de ces dispositions que pour être éligibles à l'aide financière au titre des mois de juin et juillet 2021, les entreprises devaient, notamment, avoir bénéficié de ces aides au titre des mois d'avril et mai 2021.

6. Il est constant que la SAS Brightness n'a pas perçu d'aides au titre des mois d'avril et mai 2021 puisque celle-ci n'a pas sollicité le bénéfice du fonds de solidarité au titre du mois d'avril 2021 et que sa demande d'aide pour le mois de mai 2021 était tardive. Ainsi, à supposer même qu'elle remplît les autres conditions pour pouvoir obtenir une aide au titre du fonds de solidarité Covid-19 pour le mois de septembre 2021, sa demande ne pouvait qu'être rejetée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. En second lieu, la SAS Brightness invoque, par la voie de l'exception, l'illégalité des dispositions de l'article 3-28 du décret du 30 mars 2020 en ce qu'elles prévoient que les entreprises doivent avoir perçu une aide au titre des mois d'avril et mai 2021 pour pouvoir bénéficier du fonds de solidarité pour le mois de septembre 2021.

8. Toutefois, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier. La création du fonds de solidarité est au nombre des mesures prises, d'après les termes mêmes de l'article 11 de la loi du 23 mars 2020, sur le fondement duquel l'ordonnance du 25 mars de la même année a été adoptée, afin de " prévenir et limiter la cessation d'activité des personnes physiques et morales exerçant une activité économique ". Les aides en cause ont eu pour vocation de soutenir les entreprises existantes dont l'activité était particulièrement affectée par l'épidémie de Covid-19 et par les conséquences de la crise sanitaire.

9. Il ressort des pièces du dossier que la SAS Brightness n'a pas souhaité bénéficier des aides au titre du fonds de solidarité pour les mois d'avril et mai 2021 " par scrupule de ne pas solliciter une aide dont elle n'avait pas absolument besoin à cette époque ". En refusant le bénéfice de ces aides, alors qu'elle y était éligible, la société requérante s'est placée dans une situation différente de celle des entreprises qui ont sollicité et perçu les aides au titre des mois d'avril et mai 2021. Dans ces conditions, les dispositions du décret du 30 mars 2020 visé ci-dessus, en ce qu'elles prévoient que les entreprises doivent avoir bénéficié d'une aide versée au titre des mois d'avril et mai 2021 pour pouvoir bénéficier du fonds de solidarité pour le mois de septembre 2021, ne méconnaissent pas le principe d'égalité. Par ailleurs, les dispositions de l'article 3-28 du décret du 30 mars 2020, qui se bornent à déterminer les conditions d'attribution de l'aide conformément à l'objectif défini par les dispositions de l'ordonnance du 25 mars 2020 visant à soutenir les entreprises " particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19 ", ne sont pas entachées de détournement de pouvoir. Enfin, ainsi que l'ont relevé les premiers juges, l'article 3-28 imposant la condition litigieuse est issu du décret n° 2021-840 du 29 juin 2021, publié le 30 juin 2021, soit à une date où la société requérante pouvait présenter des demandes d'aide pour les mois d'avril et mai 2021, délai qui expirait le 31 juillet 2021 selon les dispositions des articles 3-26 et 3-27 du décret du 30 mars 2020 modifié. Ainsi, la SAS Brightness n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article 3-28 du décret du 30 mars 2020 méconnaissent le principe de sécurité juridique.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Brightness, qui se borne à reprendre, sur l'ensemble des points mentionnés ci-dessus, son argumentation de première instance, ne remet pas en cause l'appréciation en droit et en fait des moyens de première instance à laquelle se sont livrés à bon droit les premiers juges. Il suit de là que la requête de la SAS Brightness est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée, en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Brightness est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la SAS Brightness et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Fait à Paris, le 13 février 2025.

Le président de la 9ème chambre,

S. CARRERE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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