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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA03556

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA03556

vendredi 13 juin 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA03556
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL EDOU DE BUHREN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La SCI Jacob 6ème a demandé au tribunal administratif de Paris par une requête enregistrée sous le n° 2304559 d'annuler l'arrêté de traitement d'insalubrité du 29 septembre 2022 n° 22010214 du préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 25 novembre 2022, d'enjoindre au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, d'ordonner la mainlevée de l'arrêté du 29 septembre 2022 et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et par une requête n° 2304561 d'annuler l'arrêté de traitement d'insalubrité du 29 septembre 2022

n° 22030034 du préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 25 novembre 2022, d'enjoindre au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, d'ordonner la mainlevée de l'arrêté du 29 septembre 2022 et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2304559-2304561 du 6 juin 2024, le tribunal administratif de Paris a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 5 août 2024 la SCI Jacob 6ème représentée par Me Edou, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 6 juin 2024 du tribunal administratif de Paris ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, les deux arrêtés de traitement d'insalubrité du

29 septembre 2022 n° 22010214 et n° 22030034 du préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, ainsi que les deux décisions implicites de rejet de ses recours gracieux du 25 novembre 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris d'ordonner la mainlevée de ces deux arrêtés du 29 septembre 2022 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les arrêtés en litige relevaient de la compétence du préfet de police et non du préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris ;

- en tout état de cause ils ont été incompétemment signés dès lors qu'il n'apparait pas que la délégataire principale de signature aurait été empêchée, et que la signataire effective des arrêtés n'était pas responsable de la cellule " habitat " ;

- nonobstant l'absence de communication entre les deux pièces les deux lots de copropriété concernés devaient être regardés comme constituant un seul et même local d'habitation et dès lors, en les traitant distinctement, l'autorité administrative a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- le logement pris dans sa globalité est conforme aux dispositions de l'article R. 156-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la surface globale est de 18,63 m2, et que la surface disposant d'une hauteur sous plafond supérieure à 1,80 mètre est de 14,35 m2. Ce local dispose de plus d'un WC, d'une cuisine et d'une salle de bains ;

- plusieurs manquements constatés, tels l'absence de porte entre les WC et la cuisine, ainsi que l'humidité et les moisissures, proviennent de l'usage fait par la locataire de ce logement ;

- le logement comporte bien un tableau électrique ;

- les parois dégradées par des infiltrations pluviales relèvent de la copropriété ;

- l'absence de réalisation de travaux résulte du fait de la locataire qui s'est opposée à toute visite des lieux et à toute proposition de relogement, ainsi que de sa mère qui, depuis son décès, occupe les lieux sans droit ni titre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2024 la ministre de la santé et de l'accès aux soins conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SCI Jacob 6ème ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 décembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 20 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Labetoulle,

- et les conclusions de Mme Dégardin, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Jacob 6ème, propriétaire de deux pièces contigües mais non communicantes situées au dernier étage de l'immeuble sis 23 rue Jacob à Paris, et qu'elle donnait conjointement à bail, a été mise en demeure, par deux arrêtés du 29 septembre 2022 du préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, de faire cesser définitivement la mise à disposition aux fins d'habitation de ces locaux. Elle a dès lors saisi le tribunal administratif de Paris de deux demandes, enregistrées sous les nos 2304559 et 2304561 tendant à l'annulation de ces arrêtés. Toutefois le tribunal, après avoir joint ces deux demandes, les a rejetées par un jugement du 6 juin 2024 dont la SCI requérante relève dès lors appel.

Sur les conclusions à fins d'annulation des arrêtés attaqués :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation dans sa version applicable : " " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes :()

4° L'insalubrité, telle qu'elle est définie aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique " ; aux termes de l'article L. 511-4 du même code : " L'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police est :1° Le maire dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 511-2, sous réserve s'agissant du 3° de la compétence du représentant de l'Etat en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement prévue à l'article L. 512-20 du code de l'environnement ; 2° Le représentant de l'Etat dans le département dans le cas mentionné au 4° du même article ".

3. Il résulte de ces dispositions combinées que la police de l'insalubrité, qui incombe au représentant de l'Etat dans le département, relève dès lors, à Paris, de la compétence du préfet de Paris, préfet de la région Ile-de-France. Par suite la requérante n'est pas fondée à soutenir que celui-ci n'aurait pas été compétent pour prendre les arrêtés litigieux.

4. En second lieu, si la requérante soutient également que les arrêtés attaqués auraient été incompétemment signés, le moyen ne peut qu'être rejeté par adoption des motifs retenus par les premiers juges.

En ce qui concerne la légalité interne :

5. Aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre ". Aux termes de l'article L. 1331-23 du même code : " Ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, les locaux insalubres dont la définition est précisée conformément aux dispositions de l'article L. 1331-22, que constituent les caves, sous-sols, combles, pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante, pièces de vie dépourvues d'ouverture sur l'extérieur ou dépourvues d'éclairement naturel suffisant ou de configuration exiguë, et autres locaux par nature impropres à l'habitation, ni des locaux utilisés dans des conditions qui conduisent manifestement à leur sur-occupation ". L'article L. 1331-24 de ce code prévoit que : " Les situations d'insalubrité indiquées aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 font l'objet des mesures de police définies au titre Ier du livre V du code de la construction et de l'habitation ". Aux termes, par ailleurs, de l'article L. 511-11 du code de la construction et de l'habitation : " L'autorité compétente prescrit, par l'adoption d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité, la réalisation, dans le délai qu'elle fixe, de celles des mesures suivantes nécessitées par les circonstances : () 3° La cessation de la mise à disposition du local ou de l'installation à des fins d'habitation () ".

6. Aux termes de l'article 40-3 de l'arrêté du 23 novembre 1979 portant règlement sanitaire du département de Paris : " L'une au moins des pièces principales de logement doit avoir une surface au sens du décret du 14 juin 1969 supérieure à neuf mètres carrés. Les autres pièces d'habitation ne peuvent avoir une surface inférieure à sept mètres carrés. Dans le cas d'un logement comportant une seule pièce principale, ou constitué par une chambre isolée, la surface de ladite pièce doit être au moins égale à neuf mètres carrés. () ". Aux termes de l'article 40-4 de ce même arrêté : " La hauteur sous plafond ne doit pas être inférieure à 2,20 mètres ". Si un local ne saurait être qualifié d'impropre par nature à l'habitation au seul motif qu'il méconnaîtrait l'une des prescriptions du règlement sanitaire départemental applicable, lequel n'a pas pour objet de définir les modalités d'application des dispositions de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique, il appartient toutefois à l'administration, pour apprécier si un local est impropre par nature à l'habitation, de prendre en compte toutes les caractéristiques de celui-ci, notamment celles qui méconnaissent les prescriptions du règlement sanitaire départemental.

7. Or il résulte de l'instruction qu'aucune des deux pièces données à bail et constituant les lots n° 23 et 24 de la copropriété ne dispose en aucun point d'une hauteur sous plafond égale ou supérieure à 2,20 mètres, cette hauteur atteignant au maximum 2,15 mètres en certains points de ces pièces qui présentent par ailleurs un plafond en forte déclivité. En outre, si le lot n° 23 dispose d'une surface au sol de 9,5 m², seule une surface de 7,5 m² bénéficie d'une hauteur sous plafond supérieure ou égale à 1,80 mètres ; de même dans le lot n°24, d'une superficie globale de 9,1 m², seule une surface de 7,6 m² présente une hauteur sous plafond supérieure ou égale à 1,80 mètre. Par ailleurs la configuration des lieux, caractérisée par l'absence de communication entre ces deux pièces, rend impossible la circulation entre elles. Enfin, à supposer même qu'il y ait lieu de tenir compte d'une éventuelle possibilité d'ouverture entre ces deux pièces, il ressort des pièces du dossier que le lot

n° 23 est principalement à usage de cuisine et de salle d'eau, et, ainsi, il n'est pas établi, en l'état du dossier, qu'une ouverture entre les deux lots permettrait la création d'une pièce principale présentant sur une superficie supérieure ou égale à 9 m² une hauteur sous plafond satisfaisant aux dispositions précitées du règlement sanitaire départemental. Dès lors, compte tenu de leur exiguïté, de leur configuration et de leur insuffisante hauteur sous plafond, les locaux en cause doivent être regardés comme impropres à l'habitation et comme caractérisant une situation d'insalubrité, et ce quand bien même ils seraient appréciés globalement et regardés comme formant un seul et même logement. De plus, si la société requérante soutient que ces locaux respecteraient bien le volume minimal par habitant prévu par l'article R. 156-1 du code de la construction et de l'habitation, lequel au demeurant exclut la prise en compte des " parties de locaux d'une hauteur inférieure à 1,80 mètre ", cette circonstance ne fait pas obstacle, en tout état de cause, à ce que les locaux considérés puissent, du fait de leurs caractéristiques, être regardés comme impropres à l'habitation au sens des dispositions précitées de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique. De même si la requérante soutient que certains éléments relevés, tels que, dans un des lots, une humidité de condensation, des développements localisés de moisissures, des refoulements réguliers des eaux usées, des remontées d'odeur et une aération permanente insuffisante, n'existaient pas lors de l'entrée de la locataire dans les lieux, qu'ils lui seraient imputables et résulteraient du refus de celle-ci de permettre la réalisation de travaux, de telles circonstances, en tout état de cause, ne s'opposent pas à ce que soit constatée l'existence d'une situation d'insalubrité. En outre, il résulte de ce qui précède que cette situation pouvait être tenue pour établie du seul fait de l'exiguïté des lieux, de leur configuration et de leur insuffisante hauteur sous plafond, qui suffisaient à rendre les lieux impropres à l'habitation. Ainsi c'est à juste titre que le préfet a retenu l'existence d'une situation d'insalubrité et considéré que les caractéristiques de ces locaux ne permettaient pas l'hébergement de personnes dans des conditions conformes à la dignité humaine et étaient susceptibles de nuire à leur santé, et qu'il a pris en conséquence les arrêtés litigieux.

8. En second lieu. si la société requérante soutient que, nonobstant l'absence de communication entre les deux pièces, les deux lots de copropriété concernés devaient être regardés comme constituant un seul et même local d'habitation, et que, dès lors, l'autorité administrative n'aurait pu sans erreur manifeste d'appréciation les traiter distinctement, il ressort en tout état de cause de ce qui a été dit au point précédent que, quand bien même ils auraient été appréciés globalement ils devaient, en l'état du dossier, être regardés comme étant impropres à l'habitation au sens des dispositions précitées.

Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris d'ordonner la mainlevée de ces deux arrêtés du 29 septembre 2022 :

9. Il résulte des termes mêmes des arrêtés attaqués qu'ils ont pour objet de mettre en demeure la société propriétaire des lieux d'en faire cesser définitivement la mise à disposition aux fins d'habitation. Par suite une telle mise en demeure conserve tout son objet alors même que, comme le fait valoir la requérante, la locataire des locaux est décédée depuis le 12 août 2023 et que ceux-ci sont désormais occupés par sa mère sans droit ni titre. Dès lors la SCI Jacob 6ème n'est pas fondée à demander la mainlevée desdits arrêtés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Jacob 6ème n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Paris a rejeté ses demandes. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être également rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Jacob 6ème est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la SCI Jacob 6ème et à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Delage, président de chambre,

- Mme Julliard, présidente assesseure,

- Mme Labetoulle, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2025.

La rapporteure,

M-I. LABETOULLE Le président,

Ph. DELAGE

Le greffier,

E. MOULIN

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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