jeudi 10 avril 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-24PA03699 |
| Type | Ordonnance |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 25 juin 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Par un jugement n° 2411356 du 23 juillet 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 14 août 2024, M. A, représenté par Me Boudjellal, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'autorité préfectorale ne pouvait légalement se fonder sur les seules mentions figurant dans le traitement d'antécédents judiciaires, que l'habilitation de l'agent ayant consulté ce fichier n'est pas justifiée, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Par une décision en date du 29 novembre 2024, la présidente de la Cour administrative d'appel de Paris a désigné M. d'Haëm, président assesseur à la 6ème chambre, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les magistrats " ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. A, ressortissant algérien, né le 26 janvier 1992, fait appel du jugement du 23 juillet 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2023 de la préfète du Val-de-Marne l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
3. En premier lieu, il ressort de l'examen du jugement attaqué que le tribunal administratif a écarté, par une motivation suffisante, l'ensemble des moyens soulevés devant lui par M. A et, en particulier, aux points 3 et 4 de ce jugement et s'agissant de la mesure d'éloignement en litige, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ou d'un défaut de réponse à un moyen qui entacherait ce jugement, ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, il est constant que M. A, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il se trouvait ainsi dans le cas où, en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Val-de-Marne pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français.
5. En troisième lieu, si M. A reprend en appel son moyen de première instance tiré, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une insuffisance de motivation, il ne développe au soutien de ce moyen aucun argument de droit ou de fait complémentaire et pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par le premier juge au point 3 de son jugement.
6. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la mesure d'éloignement en litige, ni d'aucune autre pièce du dossier qu'avant de prendre cette décision, la préfète du Val-de-Marne aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation de M. A. A cet égard, la seule circonstance que l'intéressé a entamé des démarches le 20 juin 2023 en vue d'obtenir un rendez-vous pour le dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, démarches qui n'ont au demeurant pas abouti, ne saurait suffire à démontrer un tel défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé, ni ne faisait légalement obstacle au prononcé de la mesure d'éloignement en litige sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En cinquième lieu, à la date de la mesure d'éloignement en litige, soit le 25 juin 2023, M. A ne pouvait se prévaloir que d'une durée de séjour en France relativement brève, soit environ trois années. En outre, il y est entré et s'y est maintenu durant cette période de façon irrégulière et y a travaillé sans autorisation entre les mois d'avril 2021 et avril 2023, auprès de trois employeurs successifs, en qualité d'" employé polyvalent " ou de " pizzaiolo ", sans justifier ainsi d'une insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire. Enfin, l'intéressé, qui est célibataire et sans charge de famille en France, n'établit, ni n'allègue sérieusement aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce qu'il poursuive normalement sa vie privée et familiale à l'étranger et, en particulier, en Algérie où résident sa mère et sa fratrie et où lui-même a vécu au moins jusqu'à l'âge de 28 ans, de sorte qu'il y dispose d'attaches personnelles et familiales au moins aussi fortes qu'en France, ni qu'il serait dans l'incapacité de s'y réinsérer. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement contestée ne peut être regardée comme ayant porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement en litige serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé, doit également être écarté.
8. En sixième lieu, si le requérant doit être regardé comme soutenant que l'arrêté en litige a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué que la préfète du Val-de-Marne aurait fondé la décision portant refus de délai de départ volontaire sur des informations qui seraient seulement issues d'une consultation des données personnelles figurant dans le fichier de traitement d'antécédents judiciaires. Par ailleurs, la circonstance, à la supposer établie, que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité cette décision portant refus de délai de départ volontaire.
9. En septième lieu, en admettant même que les faits mentionnés dans la décision en litige portant refus de délai de départ volontaire, à savoir des faits de " violences en réunion avec armes " reprochés à M. A qui, pour ces faits, a été interpellé et gardé à vue le 25 juin 2023, l'intéressé ayant, au demeurant, été signalé par ailleurs, le 21 octobre 2020, pour des faits de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et, le 14 juillet 2022, pour des faits de recel de bien provenant d'un vol, ne soient pas suffisamment caractérisés ou ne permettent pas de caractériser une menace pour l'ordre public, il résulte de l'instruction que la préfète du Val-de-Marne aurait pris la même décision en se fondant sur l'autre motif de son arrêté, à savoir que M. A, qui ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'avait pas, à la date de la décision attaquée, ni, d'ailleurs, après, sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Au surplus, il n'est pas sérieusement contesté que l'intéressé s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement en date du 21 octobre 2020 et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, l'intéressé se bornant à faire valoir une adresse de domiciliation. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne, en estimant qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement en litige et, en conséquence, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En dernier lieu, M. A ne démontre aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour qui doit assortir, en principe, en application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation faite à un ressortissant étranger de quitter le territoire français sans délai. En particulier, ainsi qu'il a été dit aux points 7 et 9, l'intéressé est entré et s'est maintenu de façon irrégulière sur le territoire français, s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement en date du 21 octobre 2020, ne justifie pas en France d'une vie familiale, ni d'une insertion professionnelle stable et ancienne et n'établit aucune circonstance de nature à faire obstacle à ce qu'il poursuive normalement sa vie privée et familiale en Algérie où résident sa famille et où lui-même a vécu au moins jusqu'à l'âge de 28 ans. Par suite, en se fondant, notamment, sur les conditions irrégulières du séjour en France de M. A, la préfète du Val-de-Marne a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, ni porter au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, prononcer à son encontre une interdiction de retour pour une durée de trois ans.
11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la demande de première instance, que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, il y a lieu de la rejeter en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles portant sur les frais liés au litige.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
Fait à Paris, le 10 avril 2025.
Le président assesseur de la 6ème chambre,
R. d'HAËM
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.