Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B... A... a demandé au tribunal administratif de Melun de condamner le centre communal d'action sociale de Saint-Michel-sur-Orge à lui verser la somme de 61 611,74 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis résultant de la rechute d’accident de service du 8 septembre 2016, avec intérêts au taux légal et capitalisation.
Par un jugement n° 2103416 du 27 juin 2024, le tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 août 2024 et le 27 octobre 2025, Mme A..., représentée par Me Moreau, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler la décision du centre communal d'action sociale refusant de prendre en charge la rechute en date du 8 septembre 2016 de son accident de service ;
3°) de condamner le centre communal d'action sociale de Saint-Michel-sur-Orge à l’indemniser, avec intérêts au taux légal et capitalisation, de l’intégralité des préjudices extrapatrimoniaux qu’elle a subis avant et après consolidation résultant de l’accident du 8 septembre 2016, rechute de l’accident de service du 19 février 2012 ;
4°) de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de Saint-Michel-sur-Orge la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le jugement attaqué est insuffisamment motivé dans la mesure où il est entaché d’une contradiction de motifs ;
- il incombe au centre communal d'action sociale de prendre en charge la procédure de son indemnisation au titre de son accident du 8 septembre 2016 ; à ce titre, le centre communal d'action sociale devait saisir la commission de réforme ou prendre une décision ;
- la saisine de la commission de réforme n’est pas nécessaire pour reconnaître l’accident du 8 septembre 2016 imputable au service ;
- la prise en charge de la rechute d’un accident de service par l’administration dans laquelle se trouvait l’agent lors de l’accident initial découle de l’article 41 de la loi du 9 janvier 1986 ;
- elle a subi des préjudices extrapatrimoniaux avant consolidation justifiant une indemnisation à hauteur de 586,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, à hauteur de 2 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence, d’agrément et du préjudice sexuel, à hauteur 825,24 euros au titre du préjudice lié à la nécessité d’avoir recours à l’assistance d’une tierce personne, à hauteur de 2 000 euros au titre des souffrances endurées et à hauteur de 1 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
- elle a subi des préjudices extrapatrimoniaux après consolidation justifiant une indemnisation à hauteur de 51 200 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, à hauteur de 2 000 euros au titre du préjudice d’agrément, à hauteur de 1 000 euros au titre du préjudice esthétique et à hauteur de 1 000 euros au titre du préjudice sexuel.
Par un mémoire, enregistré le 13 octobre 2025, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, représentée par Me Lacroix, conclut à sa mise hors de cause, au rejet de la requête de Mme A... et à ce que soit mise à sa charge une somme de 1 800 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête d’appel est irrecevable dès lors qu’elle ne conclut pas à l’annulation du jugement attaqué ;
- les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2025, le centre communal d'action sociale de Saint-Michel-sur-Orge, représenté par Me Magnaval, conclut au rejet de la requête de Mme A... à titre principal, à limiter le montant de l’indemnisation accordée à 21 496 euros à titre subsidiaire, et à ce qu’une somme de 2 500 euros soit mise à sa charge sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu’elle ne demande pas, dans le délai de recours, l’annulation du jugement attaqué ;
- les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lellig ;
- les conclusions de Mme de Phily, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Nowicki pour le centre communal d'action sociale et de Me Neven pour l’Assistance publique-hôpitaux de Paris.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A..., infirmière au sein de l’hôpital Charles Foix d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) rattaché à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, a été détachée au centre communal d’action sociale de Saint-Michel-sur-Orge (Essonne) du 1er mars 2010 au 28 février 2013 puis réintégrée au sein de l’hôpital Charles Foix à compter du 1er mars 2013. Elle a été victime, le 19 février 2012, au cours de son détachement, d’un accident reconnu imputable au service par une décision du 8 octobre 2012 du président du centre communal d'action sociale de Saint-Michel-sur-Orge. Le 8 septembre 2016, Mme A... a été victime d’un nouvel accident qu’elle a déclaré au titre d’une rechute de l’accident de service du 19 février 2012. Par un courrier du 26 mars 2021, Mme A... a demandé au centre communal d’action sociale de Saint-Michel-sur-Orge à être indemnisée des préjudices qu’elle estimait avoir subis résultant de l’accident du 8 septembre 2016. Le silence gardé par l’administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Mme A... relève appel du jugement du 27 juin 2024 par lequel le tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande tendant à ce que le centre communal d'action sociale de Saint-Michel-sur-Orge soit condamné à lui verser la somme de 61 611,74 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis résultant de la rechute de son accident de service du 8 septembre 2016.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Aux termes de l’article L. 9 du code de justice administrative : « Les jugements sont motivés ». Contrairement à ce qui est soutenu, les premiers juges n’ont pas reconnu que l’accident de service du 8 septembre 2016 était une rechute de l’accident du 19 février 2012 pas davantage qu’ils n’ont considéré qu’il appartenait à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris de saisir la commission de réforme. Mme A... n’est donc pas fondée à soutenir que le jugement attaqué serait entaché d’une contradiction entre ses motifs et le dispositif ni, en tout état de cause, d’une insuffisance de motivation pour cette raison.
Sur les conclusions à fin d’indemnisation :
3. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d’accidents de service ou atteints de maladies professionnelles, une rente d’invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d’invalidité en cas de maintien en activité déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les intéressés peuvent prétendre, au titre des conséquences patrimoniales de l’atteinte à l’intégrité physique, dans le cadre de l’obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu’ils peuvent courir dans l’exercice de leurs fonctions. Elles ne font obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l’accident ou de la maladie, des dommages ne revêtant pas un caractère patrimonial, tels que des souffrances physiques ou morales, un préjudice esthétique ou d’agrément ou des troubles dans les conditions d’existence, obtienne de la collectivité qui l’emploie, même en l’absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu’une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l’ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l’accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité ou à l’état d’un ouvrage public dont l’entretien lui incomberait.
4. Il résulte de l’instruction que Mme A..., qui a été victime le 19 février 2012 d’un accident dans l’exercice de ses fonctions d’infirmière rattachée au centre communal d'action sociale de Saint-Michel-sur-Orge reconnu imputable au service, a déclaré le 16 septembre 2016 une rechute de cet accident de service survenue le 8 septembre 2016 alors qu’elle avait réintégré son emploi au sein de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Compte tenu du principe selon lequel la collectivité au service de laquelle se trouvait l'agent lors de l'accident de service doit supporter les conséquences financières de la rechute consécutive à cet accident, alors même que cette rechute est survenue alors qu'il était au service d'une nouvelle collectivité, Mme A... recherche la responsabilité sans faute du centre communal d'action sociale de Saint-Michel-sur-Orge. Toutefois, ainsi que l’ont considéré à bon droit les premiers juges, l’absence d’une décision reconnaissant l’imputabilité au service de cette rechute, fait obstacle à l’engagement de la responsabilité de cet établissement public. Si Mme A... soutient qu’il incombait au centre communal d'action sociale de saisir la commission de réforme afin de statuer sur sa demande d’imputabilité, une telle circonstance, relative au litige distinct qui pourrait éventuellement naître d’une décision de refus d’imputabilité, est sans incidence sur l’absence de reconnaissance d’une telle imputabilité, qui doit intervenir préalablement à la recherche de responsabilité de la personne publique. Par suite, les conclusions de Mme A... tendant à la condamnation du centre communal d'action sociale de Saint-Michel-sur-Orge sur le fondement de la responsabilité sans faute ne peuvent qu’être rejetées.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que Mme A... n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande.
Sur les frais d’instance :
6. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre communal d'action sociale de Saint-Michel-sur-Orge, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d’une somme quelconque au titre des frais exposés par Mme A... et non compris dans les dépens.
7. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le centre communal d'action sociale de Saint-Michel-sur-Orge ni, en tout état de cause, à celles présentées par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris sur le fondement de ces mêmes dispositions.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre communal d'action sociale de Saint-Michel-sur-Orge et de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B... A..., au centre communal d'action sociale de Saint-Michel-sur-Orge et à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris.
Délibéré après l’audience du 12 mars 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Barthez, président de chambre,
- Mme Milon, présidente assesseure,
- Mme Lellig, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2026.
La rapporteure,
W. LELLIG
Le président,
A. BARTHEZ
La greffière,
D. SAID CHEIK
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.