Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B... A... et Mme D... A... ont demandé au tribunal administratif de Melun de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de cotisations sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017 ou, à tout le moins, leur réduction.
Par un jugement n° 2106340 du 20 juin 2024, le tribunal administratif de Melun a rejeté leur demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et des pièces, enregistrés les 2 septembre 2024 et 25 juillet 2025, M. et Mme A..., représentés par Me Junguenet, demandent à la Cour :
1°) d’annuler le jugement du tribunal administratif de Melun du 20 juin 2024 ;
2°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de cotisations sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017 ou, à tout le moins, leur réduction ;
3°) de leur accorder un sursis de paiement en application de l’article L. 277 du livre des procédures fiscales ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Ils soutiennent que :
- c’est à tort que le bénéfice du crédit d’impôt au titre des intérêts d’emprunt contractés pour l’acquisition de leur habitation principale située à C... a été remis en cause au titre des années 2016 et 2017 ;
- le bien qu’ils ont acquis à C... constitue leur habitation principale au sens des paragraphes n° 310 et 320 de la documentation fiscale référencée BOI-IR-RICI-350-10-20-10 ;
- c’est également à tort que le crédit d’impôt pour les dépenses en faveur de la transition énergétique a, pour le même motif, été remis en cause au titre de l’année 2017.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2025, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme A... ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lorin,
- et les conclusions de M. Sibilli, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A... ont fait l’objet d’un contrôle sur pièces portant sur les déclarations de revenus qu’ils ont souscrites au titre des années 2016 et 2017. A l’issue de ce contrôle, l’administration fiscale a, par une proposition de rectification du 5 mars 2019 établie selon la procédure contradictoire, remis en cause deux crédits d’impôts dont les intéressés avaient bénéficié au titre, d’une part, des intérêts d’emprunt versés pour l’acquisition de la résidence principale en application de l’article 200 quaterdicies du code général des impôts, et, d’autre part, des dépenses pour l’amélioration de la qualité environnementale de la résidence principale en application de l’article 200 quater du code général des impôts afférents à leur résidence située à C... (Seine-et-Marne) au motif que celle-ci ne constituait pas leur résidence principale au cours de ces deux années. Par la présente requête, M. et Mme A... relèvent régulièrement appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Melun a rejeté leur demande tendant à la décharge des impositions supplémentaires mises à leur charge.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne l’application de la loi fiscale :
2. D’une part, aux termes de l’article 200 quaterdecies du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : « I. - Les contribuables fiscalement domiciliés en France au sens de l'article 4 B qui acquièrent un logement affecté à leur habitation principale, directement ou par l'intermédiaire d'une société non soumise à l'impôt sur les sociétés qui le met gratuitement à leur disposition, peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt sur le revenu au titre des intérêts des prêts contractés auprès d'un établissement financier à raison de cette opération, tels que définis à l'article L. 312-2 du code de la consommation. / Le premier alinéa s'applique également aux contribuables qui font construire un logement destiné à être affecté, dès son achèvement, à leur habitation principale. Dans cette situation, les prêts mentionnés au premier alinéa s'entendent de ceux qui sont contractés en vue de financer l'acquisition du terrain et les dépenses de construction. / Le logement doit, au jour de l'affectation à usage d'habitation principale du bénéficiaire du crédit d'impôt, satisfaire aux normes minimales de surface et d'habitabilité mentionnées à l'article 244 quater J. En outre, le logement acquis neuf, en l'état futur d'achèvement ou que le contribuable fait construire doit présenter des caractéristiques thermiques et une performance énergétique conformes aux prescriptions de l'article L. 111-9 du code de la construction et de l'habitation. Le contribuable justifie du respect de cette dernière condition selon des modalités définies par décret. / (…). / III. – Ouvrent droit au crédit d'impôt les intérêts payés au titre des cinq premières annuités de remboursement des prêts mentionnés au I, à l'exclusion des frais d'emprunt et des cotisations d'assurances contractées en vue de garantir le remboursement des prêts. / (…). / V. – Le crédit d'impôt est égal à 20 % du montant des intérêts mentionnés au III, dans la limite mentionnée au IV. / Ce taux est porté à 40 % pour les intérêts payés au titre de la première annuité de remboursement. / (…). / VI. – Le I s'applique à la condition que le logement faisant l'objet du prêt soit, à la date de paiement des intérêts, affecté à l'usage d'habitation principale du contribuable. / Toutefois, le I s'applique également aux intérêts versés avant l'achèvement du logement que le contribuable fait construire ou qu'il acquiert en l'état futur d'achèvement, lorsque celui-ci prend l'engagement d'affecter ce logement à son habitation principale au plus tard le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de la conclusion du contrat de prêt. / Lorsque cet engagement n'est pas respecté, le crédit d'impôt obtenu par le contribuable fait l'objet d'une reprise au titre de l'année au cours de laquelle l'engagement n'a pas été respecté et au plus tard au titre de la deuxième année qui suit celle de la conclusion du contrat de prêt. Il est fait application, le cas échéant, des sanctions prévues à l'article 1729. / (…) ».
3. D’autre part, l’article 200 quater du code général des impôts, dans sa version alors en vigueur, dispose que : « 1. Les contribuables domiciliés en France au sens de l’article 4 B peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt sur le revenu au titre des dépenses effectivement supportées pour la contribution à la transition énergétique du logement dont ils sont propriétaires, locataires ou occupants à titre gratuit et qu'ils affectent à leur habitation principale. / A la condition que le logement soit achevé depuis plus de deux ans à la date de début d'exécution des travaux / (…). / 2. Un arrêté conjoint des ministres chargés de l'énergie, du logement et du budget fixe la liste des équipements, matériaux et appareils qui ouvrent droit au crédit d'impôt. Il précise les caractéristiques techniques et les critères de performances minimales requis pour l'application du crédit d'impôt. / Afin de garantir la qualité de l'installation ou de la pose des équipements, matériaux et appareils, un décret précise les travaux pour lesquels est exigé, pour l'application du crédit d'impôt, le respect de critères de qualification de l'entreprise mentionnée au a du 1 ter ou de l'entreprise sous-traitante lorsque les travaux sont réalisés dans les conditions du b du même 1 ter. / Lorsque les travaux sont soumis à des critères de qualification, l'application du crédit d'impôt est conditionnée à une visite du logement préalable à l'établissement du devis afférent à ces mêmes travaux, au cours de laquelle l'entreprise qui installe ou pose ces équipements, matériaux ou appareils valide leur adéquation au logement. / 3. Le crédit d'impôt s'applique pour le calcul de l'impôt dû au titre de l'année du paiement de la dépense par le contribuable ».
4. Il résulte de l’instruction que M. et Mme A... résidaient à Torcy (Seine-et-Marne) lorsqu’ils ont acquis un terrain le 10 mars 2011 dans la commune de C... située dans le même département sur lequel ils ont fait construire une maison qui leur a été livrée le 27 juillet 2011. Pour justifier que cette habitation a constitué la résidence principale du foyer à partir de cette période, ils se prévalent du prêt immobilier à taux zéro dont ils ont bénéficié, délivré sous cette condition de financement d’une résidence principale et font valoir la scolarisation de leurs deux enfants dans des établissements secondaires de la région, à Provins et Bray-sur-Seine, commune dans laquelle Mme A... exerçait également son activité professionnelle. Toutefois, il est constant que M. A... a continué à vivre dans leur résidence de Torcy et ne rejoignait sa famille qu’en fin de semaine. S’il fait valoir que son activité professionnelle se situait à Champigny-sur-Marne, il ne démontre par aucune pièce que des obligations professionnelles l’auraient contraint à résider à Torcy. Par suite, le choix de demeurer à Torcy doit être regardé comme un choix de vie personnelle compte tenu de l’éloignement géographique entre le lieu de son activité professionnelle et la résidence familiale et non comme une contrainte professionnelle. Il est par ailleurs constant que M. et Mme A... n’ont déclaré à l’administration fiscale le changement d’adresse de leur habitation principale de Torcy vers C... qu’à compter du 1er janvier 2018, à l’occasion de leur déclaration d’impôt sur le revenu. A ce titre, ils ne peuvent utilement se prévaloir de ce que l’adresse de leur résidence aurait été préremplie par l’administration pour justifier l’absence de modification de leur adresse principale antérieurement à l’année 2018. Par ailleurs, si les requérants versent au dossier la copie d’un contrat d’assurance multi-risque souscrit à effet du 25 octobre 2017 désignant la maison de C... comme résidence principale, cette indication résulte des déclarations des intéressés eux-mêmes. S’ils produisent des copies d’un relevé de consommation d’électricité et d’un abonnement de téléphonie mobile mentionnant leur résidence de C..., aucun élément équivalent n’est produit s’agissant de la résidence de Torcy. Au demeurant, s’il résulte des pièces produites à l’instance que Mme A... demeurait avec ses enfants à C... tandis que M. A... résidait essentiellement à Torcy, la notion d’habitation principale exclut par définition toute pluralité. Enfin, l’administration fiscale soutient, sans être contredite, que le logement situé à Torcy a été imposé à la taxe d’habitation en tant que résidence principale au titre des années contrôlées. Dans ces conditions et alors que M. et Mme A... avaient choisi de déclarer leur logement de Torcy comme constituant la résidence principale du foyer, c’est à bon droit, que l’administration fiscale a exercé son droit de reprise du crédit d’impôt prévu par les dispositions des articles 200 quaterdecies et 200 quater du code général des impôts.
En ce qui concerne l’interprétation administrative de la loi fiscale :
5. A supposer que M. et Mme A... aient entendu se prévaloir, sur le fondement de l’article L. 80 A du livre des procédures fiscales, auquel il n’est pas fait référence dans leurs écritures, du bénéfice de l’interprétation administrative de la loi fiscale exposée dans les paragraphes n° 310 et 320 de la documentation administrative référencée BOI-IR-RICI-350-10-20-10 relative au crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt afférent à l'habitation principale, cette documentation ne contient aucune interprétation formelle de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application dans le cadre de la présente instance.
Sur les conclusions tendant au bénéfice d’un sursis de paiement :
6. Aux termes de l’article L. 277 du livre des procédures fiscales : « Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s’il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L’exigibilité de la créance et la prescription de l’action en recouvrement sont suspendues jusqu’à ce qu’une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l’administration, soit par le tribunal compétent (…) ».
7. Les dispositions de l’article L. 277 du livre des procédures fiscales, qui ont pour objet de permettre de surseoir au paiement des impositions lorsqu’il a été formé contre elles une réclamation contentieuse, n’ont de portée que pendant la durée de l’instance devant le tribunal administratif. Lorsque le tribunal s’est prononcé au fond, son jugement rend à nouveau exigibles les impositions dont il n’a pas prononcé la décharge. Hormis les procédures spécialement édictées en matière de référé, aucune disposition législative ou réglementaire n’a prévu une procédure de sursis de paiement des impositions contestées pendant la durée de l’instance devant la cour administrative d’appel. Par suite, les conclusions de M. et Mme A... tendant au bénéfice du sursis de paiement des impositions en litige doivent être rejetées.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A... ne sont pas fondés à soutenir que c’est à tort que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Melun a rejeté leur demande. Par voie de conséquence, leurs conclusions doivent être rejetées, y compris celles tenant aux frais liés à l’instance.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. et Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A..., à Mme D... A... et à la ministre de l’action et des comptes publics.
Copie en sera adressée à l’administratrice des finances publiques chargée de la direction régionale des finances publiques d’Île-de-France et de Paris (service du contentieux d’appel déconcentré - SCAD).
Délibéré après l’audience du 19 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Carrère, président,
- M. Lemaire, président assesseur,
- Mme Lorin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe de la Cour le 16 janvier 2026.
La rapporteure,
C. LORIN
Le président,
S. CARRERE
La greffière,
E. LUCE
La République mande et ordonne à la ministre de l’action et des comptes publics en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.