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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA04903

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA04903

mercredi 22 janvier 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA04903
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B C a demandé au tribunal administratif de Melun d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2400717 du 18 juillet 2024, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2024, Mme C, représentée par Me Schwarz, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2024 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions ont été prises par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit, la préfète du Val-de-Marne s'étant crue tenue de prendre une mesure d'éloignement à la suite des décisions de rejet de sa demande d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par une décision du 29 octobre 2024, le bureau de l'aide juridictionnelle a accordé à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante guinéenne, née le 25 juin 1999, a demandé au tribunal administratif de Melun d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, elle fait appel du jugement du 18 juillet 2024 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. En application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents des formations de jugement des cours " peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022/2671 du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 23 du 14 au 25 juillet 2022, la préfète du Val-de-Marne a donné à Mme F D, directrice des migrations et de l'intégration, délégation pour signer l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté contesté, cette délégation pouvant être exercée par M. E A, son adjoint, en cas d'absence ou d'empêchement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. A, signataire des décisions attaquées, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

5. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour obliger Mme C à quitter le territoire français, la préfète du Val-de-Marne, qui a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante, s'est fondée sur la circonstance que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile. Elle a également relevé que Mme C n'entrait dans aucun des cas pour lesquels le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit l'attribution d'un titre de séjour et que l'arrêté ne méconnaissait pas les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur de droit que la préfète du Val-de-Marne a pris la décision en litige. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est la mère de deux enfants de nationalité guinéenne, nés en France respectivement le 22 juin 2022 et le 24 novembre 2023. Toutefois, la décision contestée n'a pas pour effet de séparer la mère de ses enfants et ne fait pas obstacle à la reconstitution de la cellule familiale de Mme C dans son pays d'origine où les enfants pourront suivre une scolarité. En tout état de cause, Mme C ne produit aucun élément à l'appui de son allégation selon laquelle ses enfants risqueraient de subir des traitements inhumains ou dégradants en Guinée, en leur qualité d'enfants nés hors mariage. Ainsi, eu égard également au jeune âge des enfants, la préfète du Val-de-Marne, en obligeant Mme C à quitter le territoire français, n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C, qui n'établit pas l'ancienneté de sa résidence habituelle sur le territoire français et ne se prévaut d'aucune insertion professionnelle, est en couple avec un compatriote dont la régularité du séjour en France n'est ni établie, ni même alléguée. Le couple est parent de deux enfants de nationalité guinéenne, nés en France respectivement le 22 juin 2022 et le 24 novembre 2023. En outre, Mme C se prévaut des circonstances qu'elle a été excisée et qu'elle est en couple avec un homme avec lequel elle n'est pas mariée et a eu deux enfants, ce qui serait réprouvé en Guinée. Toutefois, elle ne produit aucune pièce ni aucun élément de nature à établir qu'un retour en Guinée l'exposerait au risque de subir des traitements inhumains ou dégradants, alors d'ailleurs que la demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, par une décision du 7 juin 2023, et que ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile, par une décision du 25 octobre 2023. Enfin, Mme C ne fait valoir aucune circonstance qui s'opposerait à la reconstitution de sa cellule familiale dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu la majeure partie de sa vie et où elle n'établit être dépourvue de toute attache. Dès lors, c'est sans entacher son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C que la préfète du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme C est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent, également, être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C.

Copie en sera adressée au préfet du Val-de-Marne.

Fait à Paris, le 22 janvier 2025.

Le président de la 5ème chambre,

A. BARTHEZ

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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