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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA04904

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA04904

mercredi 22 janvier 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA04904
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2411623 du 25 septembre 2024, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2024, Mme A, représentée par Me Loghlam, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2024 ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de Paris, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le tribunal administratif de Paris n'a pas répondu au moyen tiré de ce que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

Sur le bien-fondé du jugement :

- les décisions sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale.

Par une décision du 8 novembre 2024 du bureau d'aide juridictionnelle, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissant ghanéenne, née 20 novembre 1991, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Elle a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, elle fait appel du jugement du 25 septembre 2024 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. En application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents des formations de jugement des cours " peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

Sur la régularité du jugement :

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de première instance, Mme A ait entendu soutenir que l'arrêté du 18 avril 2024 devrait pour ce motif être annulé dès lors que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation. Dans ces conditions, elle ne peut soutenir que le tribunal administratif de Paris n'aurait pas répondu à ce moyen et aurait ainsi entaché son jugement d'une irrégularité.

4. En tout état de cause, le tribunal administratif de Paris a indiqué, au point 5 du jugement attaqué, que le préfet de police de Paris n'avait commis aucune erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors que ces dispositions étaient celles dont Mme A se prévalaient dans sa demande de titre de séjour, le tribunal administratif a ainsi répondu de manière suffisante, eu égard à la teneur des écritures dont il était saisi, aux moyens soulevés devant lui par Mme A contre la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des termes de l'arrêté du 18 avril 2024, que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme A avant de prendre l'arrêté en litige. Par ailleurs, la circonstance que le préfet de police de Paris, suite à l'injonction au réexamen prononcée par le tribunal administratif de Paris dans un précédent jugement du 5 avril 2024, n'ait pas convoqué Mme A ni ne lui ait demandé de fournir de nouvelles pièces est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions seraient entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de la requérante doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par un étranger qui n'est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Les dispositions précitées de l'article L. 435-1 laissent enfin à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée en France le

30 août 2019, munie d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", établit résider habituellement sur le territoire français depuis cette date. Cependant, l'ancienneté de sa présence en France ne constitue pas à elle seule, en tout état de cause, un motif d'admission exceptionnelle au séjour dès lors qu'elle est célibataire, sans charge de famille, et qu'elle n'établit pas la réalité de son allégation selon laquelle elle n'aurait pas d'autre famille que son père, résidant régulièrement en France, et serait ainsi dépourvue d'attache dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. En outre, elle n'établit pas les liens d'ordre amical, culturel et social qu'elle aurait noués en France, de nature à attester d'une intégration particulière. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme A exerce, depuis le mois de mai 2021, une activité professionnelle en qualité d'agent d'entretien, et qu'elle produit à ce titre douze fiches de paie pour la période de mai 2021 à juin 2022. Elle produit également un formulaire Cerfa de demande d'autorisation de travail, établie le 5 décembre 2021, par son employeur, pour l'exercice de cet emploi à temps partiel et sous contrat à durée déterminée de sept mois. Toutefois, eu égard aux caractéristiques de l'emploi exercé, l'insertion professionnelle de la requérante, bien que révélant une volonté d'intégration, ne peut être considérée comme un motif exceptionnel justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Enfin, la circonstance que Mme A soit inscrite, pour l'année universitaire 2023-2024, en master 2 " Economie internationale parcours gestion de projet et développement durable " à l'université Paris Est Créteil ne peut être regardée comme un motif exceptionnel. Dans ces conditions, au regard de l'ensemble de ces éléments, c'est sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de police de Paris a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés au point 8 de la présente ordonnance, le préfet de police de Paris n'a pas porté au droit de Mme A au respect de la vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que cette décision méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En tout état de cause, pour les mêmes motifs de fait, le refus de titre de séjour n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre doit être écarté.

12. En deuxième lieu, Mme A reprend en appel, avec la même argumentation qu'en première instance, les moyens selon lesquels la décision aurait été prise par une autorité incompétente et ne serait pas motivée. Il y a lieu de les écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif respectivement aux points 2 et 10 du jugement attaqué.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés au point 8 de la présente ordonnance, le moyen tiré de ce que la décision porterait une atteinte disproportionnée au droit de Mme A au respect de la vie privée et familiale doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, également, être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 22 janvier 2025.

Le président de la 5ème chambre,

A. BARTHEZ

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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