jeudi 27 mars 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-24PA05417 |
| Type | Ordonnance |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 10 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Par un jugement n° 2406656 du 28 novembre 2024, le tribunal administratif de Montreuil a, en premier lieu, annulé l'arrêté du 10 mai 2024 du préfet du Val-d'Oise en tant seulement qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, en deuxième lieu, enjoint au préfet du Val-d'Oise de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 10 mai 2024 annulée, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et, en dernier lieu, rejeté le surplus des conclusions de la requête de M. A.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 29 décembre 2024 et 9 janvier 2025, M. A, représenté par Me Pierre, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il rejette le surplus des conclusions de sa requête ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 10 mai 2024 en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays à destination duquel il sera renvoyé ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les décisions contestées :
- sont insuffisamment motivées ;
- ont été prises sans examen sérieux de sa situation personnelle ;
- sont entachées d'un vice de procédure à raison du défaut de consultation du collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- méconnaissent l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 9 septembre 1996, est entré irrégulièrement en France au mois de juillet 2022. Le 10 mai 2024, M. A a été interpelé par les forces de l'ordre et a été placé en retenue pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du même jour, le préfet du Val d'Oise a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A relève appel du jugement du 28 novembre 2024 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté le surplus des conclusions de sa requête.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
3. En premier lieu, si M. A soutient que les décisions contestées sont insuffisamment motivées et ont été édictées sans examen préalable sérieux et circonstancié de sa situation personnelle, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges aux points 3 et 4 de leur décision.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / () ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".
5. M. A a produit devant le tribunal administratif plusieurs certificats médicaux émanant de neurologues, des comptes-rendus de consultations à l'hôpital, des captures d'écran du site internet de la pharmacie centrale de Tunisie ainsi qu'une " déclaration concernant la disponibilité d'un médicament en Tunisie " émanant d'un spécialiste en neurologie établi dans ce pays. Il ressort des termes de ces documents que le requérant souffre d'une épilepsie et qu'il est astreint à la prise d'un traitement antiépileptique composé du médicament Keppra, prescrit en remplacement du Lamictal auquel il serait allergique, et du médicament Briviact, qui serait indisponible en Tunisie. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des déclarations du requérant recueillies sur le procès-verbal lors de son audition par les services de police le 10 mai 2024, qu'il est resté évasif sur la gravité de la pathologie dont il souffrirait et la nécessité d'accéder à des soins en France, indiquant qu'il serait venu en France pour travailler et se faire soigner, étant précisé qu'il n'indiquait pas être de l'impossibilité de pouvoir bénéficier des soins nécessaires dans son pays d'origine. Ainsi, au vu de ces déclarations, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'au moment de la vérification du droit au séjour de M. A, le préfet du Val-d'Oise aurait disposé d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé résidait habituellement en France et présentait un état de santé susceptible de le faire bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet n'était, dès lors, pas tenu de saisir pour avis le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la situation de l'intéressé. Il suit de là que les moyens tirés du vice de procédure et de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquels, au demeurant, ne sont opérants qu'à l'encontre de la seule mesure d'éloignement, doivent être écartés.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. A est célibataire sans charge de famille et, bien que produisant plusieurs attestations émanant de sa tante ainsi que de ses cousins et cousines, déclarations selon lesquelles il serait venu en France notamment pour se faire soigner, il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à ses vingt-six ans. Par ailleurs, et à la supposer établie, la durée de séjour en France de M. A qui déclare, sans en justifier, être entré irrégulièrement en France au mois de juillet 2022 serait, en tout état de cause, limitée à moins d'un an et onze mois à la date de l'arrêté litigieux. Même s'il soutient avoir conclu un contrat de travail à durée indéterminé et travailler pour la société TM Express en tant que chauffeur depuis le 10 janvier 2024, cela étant attesté par la production de cinq bulletins de salaire, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle suffisamment stable et ancienne. Il ne justifie pas non plus de l'existence de liens particuliers qu'il aurait noués sur le territoire français avec des personnes autres que les seuls membres de sa famille résidant en France. De plus, à supposer même que les captures d'écran du site internet de la pharmacie centrale de Tunisie ainsi que la déclaration produite par un spécialiste en neurologie tunisien, évoquées au point 5, permettent de justifier que le médicament Briviact serait indisponible en Tunisie, le requérant, n'établit pas qu'il serait dans l'impossibilité de bénéficier d'un autre traitement approprié en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les décisions contestées ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
9. Ainsi que cela a été dit aux points 5 et 7 et quand bien même M. A soutient que certains médicaments comme le Briviact ne seraient pas disponibles en Tunisie comme ils le sont en France, à l'exception toutefois du produit Keppra, il n'établit pas qu'il serait dans l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, opérant qu'en tant qu'il est soulevé contre la décision fixant le pays à destination duquel le requérant sera renvoyé, doit être écarté. Le préfet du Val-d'Oise n'a par ailleurs pas plus commis d'erreur manifeste d'appréciation en décidant d'éloigner le requérant à destination du pays dont il a la nationalité ou à destination de tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté le surplus des conclusions de sa demande. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Paris, le 25 mars 2025.
La présidente de la 7ème chambre,
V. Chevalier-Aubert
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.