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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-25PA01192

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-25PA01192

mercredi 18 juin 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-25PA01192
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantPERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme G E F et M. B C ont demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler la décision du 18 décembre 2024 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont ils bénéficiaient en leur qualité de demandeur d'asile.

Par un jugement n° 2500355 du 18 février 2025, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a annulé la décision du 18 décembre 2024 du directeur général de l'OFII.

Procédure devant la Cour :

I. Par une requête, enregistrée le 13 mars 2025 sous le n° 25PA01192, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de rejeter la demande présentée par Mme E F et M. C devant le tribunal administratif de Paris ;

3°) de mettre à la charge de Mme E F et de M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- c'est à tort que le tribunal administratif a estimé que les intéressés, ressortissants hongrois, pouvaient prétendre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, alors que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit pas d'accorder ce bénéfice à un demandeur d'asile ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, ce bénéfice étant réservé aux ressortissants de pays tiers sollicitant l'asile, que les ressortissants des Etats membres peuvent librement séjourner sur le territoire français ainsi qu'exercer une activité professionnelle, sans même solliciter un titre de séjour, et que l'article unique du Protocole n° 24 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne sur le droit d'asile pour les ressortissants des Etats membres de l'Union européenne, qui prévoit, dans des cas très particuliers, qu'un ressortissant d'un Etat membre peut présenter une demande d'asile dans un autre Etat membre, ne prévoit en aucun cas le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux demandeurs d'asile ressortissants d'un Etat membre ;

- s'agissant des autres moyens soulevés par Mme E et M. C, il s'en remet à ses écritures de première instance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2025, Mme E F et M. C, représentés par Me Père, demandent à la Cour :

1°) de les admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de désigner un interprète en langue hongroise pour les assister lors de l'audience ;

3°) de rejeter la requête de l'OFII ;

4°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 6 septembre 2024, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à leur conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de non-admission de Mme E F et de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à leur verser au titre de cet article L. 761-1.

Ils soutiennent que :

- en matière de conditions matérielles d'accueil, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne fait aucune distinction entre les demandeurs d'asile qui sont ressortissants de pays tiers et ceux qui sont citoyens de l'Union européenne ;

- alors que les demandeurs d'asile ne peuvent travailler que dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 554-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ils ne se trouvent pas en situation d'emploi ;

- la décision attaquée méconnaît le principe de non-discrimination, garanti par les stipulations de l'article 18 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et des articles 1er, 18, 21 et 34, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale et d'une erreur de droit dès lors que l'OFII a décidé de leur octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et que seule une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil aurait pu être prise à leur égard ;

- elle porte atteinte au principe de respect de la dignité de la personne humaine, garanti notamment par les dispositions de l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

II. Par une requête, enregistrée le 18 mars 2025 sous le n° 25PA01265, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) demande à la Cour de surseoir à l'exécution du jugement attaqué.

Il soutient que les conditions prévues à l'article R. 811-15 du code de justice administrative sont remplies dès lors que les moyens qu'il invoque à l'appui de sa requête au fond paraissent sérieux et de nature à justifier l'annulation du jugement attaqué et le rejet des conclusions à fin d'annulation accueillies par ce jugement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2025, Mme E F et M. C, représentés par Me Père, demandent à la Cour :

1°) de les admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de rejeter la requête de l'OFII.

Ils soutiennent les mêmes moyens que ceux soulevés dans leur mémoire en défense sous le n° 25PA01192.

Par une décision du 19 mai 2025 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris, Mme E F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le traité sur l'Union européenne ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le protocole n° 24 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne sur le droit d'asile pour les ressortissants des Etats membres de l'Union européenne ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Haëm, président-rapporteur,

- et les observations de Me Père, avocat de Mme E F et de M. C.

Vu la note en délibéré, enregistrée le 14 juin 2025, présentée pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 25PA01192 et n° 25PA01265, présentées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), sont dirigées contre le même jugement et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'elles fassent l'objet d'un seul arrêt.

2. Mme E F et M. C, ressortissants hongrois, nés respectivement le 10 juillet 1984 et le 21 décembre 1977 et entrés en France, selon leurs déclarations, le 1er septembre 2024, ont sollicité l'asile, le 6 septembre 2024, auprès du guichet unique de la préfecture de police, leurs demandes d'asile ayant été enregistrées en procédure accélérée. Après avoir accepté l'offre de prise en charge proposée par l'OFII, ils ont été orientés, le 20 septembre 2024, vers une structure d'hébergement située à Paris. Par un courrier du 18 novembre 2024, l'Office a informé les intéressés de son intention de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif que, ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, ils ne pouvaient y prétendre, et les a invités à présenter leurs observations dans un délai de quinze jours. Les intéressés ont alors présenté des observations écrites. Par une décision du 18 décembre 2024, l'Office a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont Mme E F et M. C bénéficiaient. L'OFII fait appel du jugement du 18 février 2025 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a annulé cette décision du 18 décembre 2024.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

4. Par une décision susvisée du 19 mai 2025 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris, Mme E F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale pour l'instance n° 25PA01265. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par ailleurs, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de l'OFII, de prononcer l'admission provisoire de Mme E F et de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle pour l'instance n° 25PA01192 et de prononcer l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle pour l'instance n° 25PA01265.

Sur la demande de désignation d'un interprète :

5. Aucune disposition applicable, ni aucun principe ne prévoit ou n'exige qu'un étranger qui conteste par voie d'appel une décision mettant fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, bénéficie d'un interprète. Les conclusions présentées devant la Cour par Mme E F et M. C tendant à la désignation d'un interprète en langue hongroise, ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions de l'OFII à fin d'annulation du jugement attaqué :

En ce qui concerne le moyen d'annulation retenu par le premier juge :

6. Aux termes de l'article 3 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. La présente directive s'applique à tous les ressortissants de pays tiers et apatrides qui présentent une demande de protection internationale sur le territoire d'un État membre, y compris à la frontière, dans les eaux territoriales ou les zones de transit, tant qu'ils sont autorisés à demeurer sur le territoire en qualité de demandeurs, ainsi qu'aux membres de leur famille, s'ils sont couverts par cette demande de protection internationale conformément au droit national () ". Aux termes de l'article 4 de la même directive : " Les États membres peuvent adopter ou maintenir des dispositions plus favorables en matière de conditions d'accueil des demandeurs et des parents proches du demandeur qui se trouvent dans le même État membre, lorsqu'ils dépendent de lui, ou pour des raisons humanitaires, dans la mesure où ces dispositions sont compatibles avec la présente directive ". Aux termes de l'article L. 550-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions d'accueil, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dont bénéficient les demandeurs d'asile sont fixées par les dispositions du présent titre ". Aux termes de l'article L. 550-3 du même code : " Conformément à l'article L. 240-1, les dispositions du présent titre sont applicables aux étrangers non citoyens de l'Union européenne dont la situation est régie par le livre II ". Enfin, l'article L. 240-1 de ce code précise que les dispositions du titre V du livre V, relatives aux conditions d'accueil des demandeurs d'asile, ne sont pas applicables aux citoyens de l'Union européenne.

7. Pour annuler la décision en litige en date du 18 décembre 2024 mettant fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont Mme E F et M. C bénéficiaient, le premier juge, après avoir relevé que l'OFII " s'est uniquement fondé sur la circonstance que les requérants sont ressortissants de l'Union Européenne ", a considéré que " ni les dispositions () de l'article L. 515-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni celles de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil européen, ni l'article 3 de cette même directive ne prévoient une telle restriction ".

8. Cependant, il résulte des dispositions citées au point 6 que les ressortissants des Etats membres de l'Union européenne ne peuvent prétendre aux conditions matérielles d'accueil, telles que prévues par les dispositions du titre V du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne s'appliquent qu'aux ressortissants de pays tiers, conformément aux dispositions de l'article 3 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, le législateur français n'ayant pas entendu faire usage de la faculté prévue à l'article 4 de la même directive pour accorder le bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil à un demandeur ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne. Ainsi, Mme E F et M. C, ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, ne pouvaient prétendre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, l'OFII est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a annulé la décision du 18 décembre 2024 au motif que le directeur général de l'OFII aurait commis une erreur de droit.

9. Toutefois, il appartient à la Cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par Mme E F et M. C devant le tribunal administratif de Paris et devant la Cour.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés par Mme E F et M. C :

10. En premier lieu, la décision contestée du 18 décembre 2024 a été signée par M. A D, directeur territorial à Paris, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par une décision du 10 septembre 2021 du directeur général de l'OFII, décision qui est librement accessible sur le site internet de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision aurait été signée par une autorité incompétente ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, la décision contestée, qui mentionne que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est refusé à Mme E F et à M. C au motif qu'ils sont ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, est intervenue après que les intéressés ont été mis à même de présenter leurs observations par un courrier du 18 novembre 2024 de l'Office les informant de son intention de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont ils bénéficiaient au motif qu'en application de l'article 3, paragraphe 1, de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, ils ne pouvaient en bénéficier, ces conditions matérielles d'accueil étant réservées aux ressortissants de pays tiers. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui fait référence à ce courrier du 18 novembre 2024, auquel les intéressés ont d'ailleurs répondu, est, en tout état de cause, suffisamment motivée.

12. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni d'aucune pièce du dossier qu'avant de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiaient Mme E F et M. C, le directeur général de l'OFII aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation des intéressés. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée de ce chef la décision en litige doit, en tout état de cause, être écarté.

13. En quatrième lieu, il résulte des dispositions citées au point 6 que les ressortissants des Etats membres de l'Union européenne ne peuvent prétendre aux conditions matérielles d'accueil, telles que prévues par les dispositions du titre V du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés d'un défaut de base légale dont serait entachée la décision en litige mettant fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiaient Mme E F et M. C, ressortissants hongrois, doit être écarté. De même, alors que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en prévoyant que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil n'est accordé qu'aux ressortissants de pays tiers, ne font que transposer les dispositions la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait, en elle-même, le principe de non-discrimination.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 520-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Conformément à l'article L. 240-1, les dispositions du présent titre sont applicables à l'étranger dont la situation est régie par le livre II, à l'exclusion des dispositions de l'article L. 521-1 relatives à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ainsi que des dispositions des articles L. 521-2, L. 521-5 et L. 522-1 à L. 522-5 ".

15. Il résulte des dispositions citées ci-dessus que Mme E F et M. C, dont la situation est régie par le livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peuvent se prévaloir utilement, à l'encontre de la décision contestée, des dispositions des articles L. 522-1 et L. 522-3 du même code. De même, ainsi qu'il a été dit au point 8, les dispositions du titre V du livre V de ce code ne leur sont pas applicables. Les intéressés ne peuvent donc davantage se prévaloir utilement, à l'encontre de la décision contestée, des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. En dernier lieu, si Mme E F et M. C se prévalent du principe du respect de la dignité de la personne humaine, garanti notamment par les dispositions de l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, il ne découle pas manifestement de ces dispositions que les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile doivent être accordées à un demandeur qui, en tant que citoyen de l'Union européenne, n'entre pas dans le champ d'application de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, mais dispose du droit de séjourner en France et d'y exercer une activité professionnelle dans les conditions prévues à l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. En l'espèce, en se bornant à faire état, en des termes très généraux, d'une situation de vulnérabilité et à produire, pour M. C, un certificat médical établi le 15 janvier 2025 par un interne de l'hôpital Hôtel-Dieu, mentionnant, notamment, un " œdème chronique " à la cheville gauche nécessitant une kinésithérapie et un avis chirurgical, ainsi que, pour Mme E F, une convocation pour un examen médical le 5 mai 2025 et un compte rendu de passage aux urgences en date du 1er mai 2025, qui ne fait état d'aucune pathologie grave, les intéressés, qui ne fournissent aucune précision, ni aucun élément sur leurs ressources, n'établissent, ni n'allèguent qu'ils seraient dans l'impossibilité d'exercer une activité professionnelle en France ou seraient susceptibles de se retrouver dans une situation de dénuement matériel extrême ne leur permettant pas de faire face à leurs besoins. Par suite et en tout état de cause, ils ne sont pas fondés à soutenir qu'en prenant la décision contestée, le directeur général de l'OFII aurait méconnu le principe du respect de la dignité de la personne humaine ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur leur situation personnelle.

18. Il résulte de tout ce qui précède que l'OFII est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a annulé la décision du 18 décembre 2024 mettant fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont Mme E F et M. C bénéficiaient. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme E F et M. C ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions de l'OFII à fin de sursis à exécution du jugement attaqué :

19. La Cour statuant par le présent arrêt sur les conclusions de la requête n° 25PA01192 de l'OFII tendant à l'annulation du jugement attaqué, les conclusions de sa requête n° 25PA01265 tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement sont privées d'objet. Il n'y a pas lieu, par suite, d'y statuer.

Sur les frais liés au litige :

20. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse une somme au titre des frais exposés par Mme E F et M. C et non compris dans les dépens. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par l'OFII sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de Mme E F tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle pour l'instance n° 25PA01265.

Article 2 : Mme E F et M. C sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle pour l'instance n° 25PA01192 et M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle pour l'instance n° 25PA01265.

Article 3 : Le jugement n° 2500355 du 18 février 2025 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris est annulé.

Article 4 : La demande présentée par Mme E F et M. C devant le tribunal administratif de Paris et leurs conclusions d'appel sont rejetées.

Article 5 : Les conclusions de la requête n° 25PA01192 de l'OFII tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête n° 25PA01265 de l'OFII.

Article 7 : Le présent arrêt sera notifié au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à Mme G E F et à M. B C.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2025, à laquelle siégeaient :

- M. d'Haëm, président,

- M. Mantz, premier conseiller,

- Mme Larsonnier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2025.

Le président-rapporteur,

R. d'HAËML'assesseur le plus ancien,

P. MANTZLa greffière,

E. TORDO

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 25PA01192-25PA01265

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