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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-25PA02221

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-25PA02221

mardi 31 mars 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-25PA02221
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre B
Avocat requérantGAFSIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D... C... a demandé au tribunal administratif de Montreuil d’annuler l’arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office à l’expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2407113 du 31 janvier 2025, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une demande et un mémoire complémentaire, enregistrés les 9 et 23 mai 2025, M. D... C..., représenté par Me A..., demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté ;

3°) d’enjoindre, à titre principal, au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou la mention « salarié », ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l’attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour résulte d’une procédure irrégulière, la commission du titre de séjour n’a pas été saisie, alors même qu’il réside sur le territoire français depuis plus de dix ans ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que son père et l’ensemble de sa fratrie sont de nationalité française et il n’a pas d’attache familiale au Sénégal ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation au regard de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment dès lors qu’il justifie avoir suivi une formation professionnelle, avoir réalisé plusieurs stages professionnels et avoir exercé une activité professionnelle sur plusieurs périodes.

Par une décision du 3 avril 2025 du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris, M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 6 novembre 2025, la clôture de l’instruction de l’affaire a été fixée au 6 décembre 2025 à 12h00.

Un mémoire en défense présenté pour le préfet de la Seine-Saint-Denis a été enregistré le
10 mars 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91- 647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique

- le rapport de Mme Hermann Jager, présidente rapporteure.
- les observations de M. A..., pour M. C....

Une note en délibéré, présentée pour M. C..., par Me A..., a été enregistrée le
16 mars 2026.


Considérant ce qui suit :


1. M. C..., ressortissant sénégalais, né le 5 décembre 1995, entré en France, selon ses déclarations, le 13 avril 2014, a sollicité, le 6 septembre 2022, son admission exceptionnelle au séjour au titre de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 avril 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C... fait appel du jugement du 31 janvier 2025 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l’arrêté contesté :

2. Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié », « travailleur temporaire » ou « vie privée et familiale », sans que soit opposable la condition prévue à l'article
L. 412-1. (…). /Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 (…) ». Aux termes de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / (…) / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; / (…). ».

3. Il appartient au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, compte tenu de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation. A ce titre, il lui revient de prendre en considération, notamment, l’ancienneté et la stabilité de l’insertion professionnelle du demandeur, le niveau de sa rémunération, sa qualification, son expérience et ses diplômes, la nature de l’activité exercée au regard des besoins de recrutement, les démarches effectuées par son employeur pour soutenir sa régularisation, le respect de ses obligations fiscales, de même que le respect de l’ordre public et tout élément de sa situation personnelle dont l’étranger ferait état à l’appui de sa demande pour établir son insertion dans la société française. Il est en droit de rejeter la demande d’un étranger qui constitue, par son comportement, une menace pour l’ordre public. Enfin, si, en l’absence d’une telle menace, la circonstance que l’étranger s’est livré à des manœuvres frauduleuses ne fait pas, par elle-même, obstacle à une mesure de régularisation, le préfet peut estimer que l’admission exceptionnelle au séjour de l’intéressé n’est pas justifiée en raison notamment de la nature de ces manœuvres, de leur durée et des circonstances dans lesquelles la fraude a été commise. Il appartient seulement au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n’a pas commis d’erreur manifeste dans l’appréciation portée sur la situation personnelle de l’intéressée.

4. D’une part, si M. C... soutient que le refus de délivrance d’un titre de séjour qui lui a été opposé l’a été à l’issue d’une procédure irrégulière, en l’absence de la saisine de la commission du titre de séjour, et s’il produit des pièces pour justifier de sa présence sur le territoire français, toutefois il ne ressort pas desdites pièces qu’il établit sa présence en France depuis plus de dix ans à la date de la décision du 29 avril 2024, sa présence en France n’étant justifiée pour la première fois au dossier qu’à compter du 8 octobre 2014, date de son entrée en formation pour un stage « espace de dynamisme insertion » organisé par la région Ile de France et pour lequel il a perçu une indemnité. Dans ces conditions, la durée de présence en France de M. C... n’étant pas établie depuis dix ans, le préfet de la Seine-Saint-Denis n’était pas tenu de soumettre pour avis, en application des dispositions précitées de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, à la commission mentionnée à l’article L. 432-14 du même code, la demande du requérant.

5. D’autre part, M. C..., célibataire et sans enfant à charge, dont la date d’entrée en France n’est pas connue, fait valoir qu’il a établi sur le territoire français, depuis 2014, le centre de sa vie privée et familiale eu égard à la présence, en France, de ses parents et de sa fratrie, son père, son frère et ses sœurs étant nationalité française. Toutefois, M. C..., nonobstant les attestations des membres de sa famille faisant valoir sa place au sein de sa famille, l’attestation d’hébergement rédigée en 2022, par M. B..., qu’il présente comme étant son père, sans cependant le démontrer, faute de la production de justificatifs de la filiation, n’établit pas qu’il partage la vie commune avec sa famille au domicile familial situé à Noisy le Sec, alors que d’autres pièces du dossier comportent des adresses différentes. Le requérant n’apporte aucun élément sur l’existence d’obstacles l’empêchant de rentrer au Sénégal, les allégations relatives à l’absence d’attaches familiales n’étant ni précises ni circonstanciées. Les éléments avancés par M. C... sont insuffisants pour infirmer l’appréciation portée par le préfet de la Seine-Saint-Denis sur sa situation.

6. Enfin, il ressort des pièces du dossier que, bien que l’intéressé justifie avoir effectué des stages et des formations, notamment en 2015 et 2016, son insertion professionnelle n’est toutefois pas établie, les pièces produites permettant seulement de constater, au cours de l’année 2023, une activité de manutentionnaire pour le compte de la société Anyu, dans le cadre de contrats de missions d’intérim. Le contrat de travail, produit au dossier, signé le 13 juin 2024 avec la société Clear Epxress ayant été signé postérieurement à la date de l’arrêté contesté, M. C... ne peut utilement s’en prévaloir à l’encontre de la décision contestée. Par suite, M. C... n’est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait, en entachant sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation, méconnu les dispositions précitées de l’article L. 435-1 du code 1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

7. Pour les mêmes motifs, ainsi que l’ont dit les premiers juges, dont il convient d’adopter les motifs, M. C... n’est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu les stipulations de l’article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa requête tendant à l’annulation de l’arrêté du 29 avril 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte ainsi que celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.



DÉCIDE :


Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. D... C..., au ministre de l’intérieur et à
Me A....

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l’audience du 13 mars 2026, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente rapporteure,
- Mme Jayer, première conseillère,
- Mme Brotons, présidente honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026 .


La présidente rapporteure,
V. HERMANN JAGER

L’assesseur le plus ancien,
M-D JAYER


La greffière,
N. COUTY

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.





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