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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-25PA02449

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-25PA02449

lundi 20 octobre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-25PA02449
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCHARLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Montreuil d’annuler l’arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par une ordonnance n° 2417456 du 11 avril 2025, le président de la 7ème chambre du tribunal administratif de Montreuil lui a donné acte du désistement de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une ordonnance n° 25VE01458 du 13 mai 2025, la magistrate désignée par la présidente de la cour administrative d’appel de Versailles a transmis à la cour, en application de l’article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête enregistrée le 12 mai 2025 par laquelle M. B..., représenté par Me Charles, demande à la cour :

1°) d’annuler l’ordonnance du 11 avril 2025 ;

2°) de renvoyer l'affaire devant le tribunal administratif de Montreuil ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- c’est à tort que le président de la 7ème chambre du tribunal administratif de Montreuil lui a donné acte du désistement de sa demande dès lors que le courrier de notification de l’ordonnance de référé était ambigu en ce qui concerne les conditions du désistement d’office et la possibilité de l’éviter ;
- son droit au recours effectif a été méconnu dès lors qu’il n’a jamais pu présenter ses prétentions devant une juridiction ;
- le désistement d’office ne pouvait être total et concerner la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors que le référé suspension ne portait que sur la décision portant refus de renouvellement d’un titre de séjour.

Par un mémoire, enregistré le 17 juillet 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 18 juillet 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 19 août 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Barthez,
- et les observations de Me Fernandez substituant Me Charles, représentant M. B....

Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant marocain né le 18 septembre 1999, a demandé au tribunal administratif de Montreuil d’annuler l’arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, il fait appel de l’ordonnance du 11 avril 2025 par laquelle le président de la 7ème chambre du tribunal administratif de Montreuil lui a donné acte du désistement de sa demande.

2. Aux termes de l’article R. 612-5-2 du code de justice administrative : « En cas de rejet d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 au motif qu'il n'est pas fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, il appartient au requérant, sauf lorsqu'un pourvoi en cassation est exercé contre l'ordonnance rendue par le juge des référés, de confirmer le maintien de sa requête à fin d'annulation ou de réformation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce rejet. A défaut, le requérant est réputé s'être désisté. / Dans le cas prévu au premier alinéa, la notification de l'ordonnance de rejet mentionne qu'à défaut de confirmation du maintien de sa requête dans le délai d'un mois, le requérant est réputé s'être désisté ».

3. Par une ordonnance n° 2417618 du 13 décembre 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil a rejeté la requête présentée par M. B... sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, demandant la suspension « de l’arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé le renouvellement de son titre de séjour » au motif de l’absence de doute sérieux quant à la légalité de la décision.

4. En premier lieu, le courrier de notification de cette ordonnance mentionnait, sans ambigüité, qu'à défaut de confirmation du maintien de sa requête au fond dans le délai d'un mois et sauf pourvoi en cassation, le requérant était réputé s'en être désisté. Les circonstances que ces informations ne figuraient pas en caractères gras et n’étaient indiqués qu’au dernier paragraphe d’un courrier en comportant plusieurs autres et faisant état d’autres délais relatifs au pourvoi en cassation sont sans incidence sur cette appréciation relative à la clarté des informations contenues dans le courrier de notification.

5. En deuxième lieu, les moyens que M. B... soulevait contre l’arrêté du 24 octobre 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis qui a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ont été examinés par le juge des référés qui a estimé qu’en l’état de l’instruction, ils ne paraissaient pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. M. B... n’est donc pas fondé à soutenir que les dispositions de l’article R. 612-5-2 du code de justice administrative l’ont privé d’un examen par un juge des moyens qu’il soulevait. En tout état de cause, ainsi qu’il a été indiqué au point 4, il a été informé sans ambiguïté de la procédure à suivre, qui ne présente pas de difficulté à mettre en œuvre, pour que, nonobstant le rejet de la requête en référé suspension, il ne soit pas regardé comme s’étant désisté d’office de sa requête tendant à l’annulation de l’arrêté du 24 octobre 2024. Ainsi, ces dispositions du code de justice administrative ne méconnaissent pas le droit au recours garanti notamment par les stipulations de l’article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

6. Toutefois, en dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que l’ordonnance n° 2417618 du 13 décembre 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Montreuil, rejetant la demande de suspension présentée par M. B... au motif qu’aucun moyen n’est en l’état de l’instruction propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision, ne porte que sur la décision de refus de renouvellement du titre de séjour. Cette ordonnance ne se prononce donc pas sur la légalité, en l’état de l’instruction, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par voie de conséquence, c’est à tort que l’ordonnance attaquée du 11 avril 2025 prend acte d’un désistement d’office concernant ces dernières décisions et est donc, pour ce motif et dans cette mesure, irrégulière.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, d’une part, l’ordonnance du 11 avril 2025 est irrégulière seulement en tant qu’elle donne acte d’un désistement d’office de la requête de M. B... concernant les conclusions de sa demande à fin d’annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination qui sont contenues dans l’arrêté du 24 octobre 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis et, d’autre part, les conclusions de M. B... à fin d’annulation de l’ordonnance du 11 avril 2025 en tant qu’elle prononce un désistement d’office des conclusions de sa demande de première instance tendant à l’annulation de la décision portant refus de renouvellement d’un titre de séjour contenue dans l’arrêté du 24 octobre 2024 doivent être rejetées.

8. Eu égard aux conclusions présentées devant la cour par M. B... qui n’a pas repris ses conclusions sur le fond et ne demande pas à la cour d’évoquer l’affaire, elle est, dans la mesure de l’annulation prononcée, renvoyée devant le tribunal administratif de Montreuil.

9. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme à verser à M. B... au titre des frais liés au litige.


DECIDE :


Article 1er : L’ordonnance du 11 avril 2025 est annulée en tant qu’elle prononce un désistement d’office des conclusions de la demande de M. B... tendant à l’annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination contenues dans l’arrêté du 24 octobre 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis.

Article 2 : L’affaire est renvoyée devant le tribunal administratif de Montreuil dans la mesure indiquée à l’article 1er.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... B..., au ministre de l’intérieur et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l’audience du 25 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Barthez, président,
- Mme Milon, présidente assesseure,
- Mme Lellig, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 octobre 2025.


Le président-rapporteur,
A. BARTHEZ
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
A. MILON


La greffière,
E. MOUCHON



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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