Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme G... A..., agissant en nom propre et en qualité de représentante légale de ses filles mineures, E... C... et F... B..., a demandé au tribunal administratif de Montreuil d’annuler la décision du 13 mai 2025 par laquelle le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d’accueil.
Par un jugement n° 2509324 du 27 juin 2025, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2025, Mme A... agissant tant en nom propre qu’en sa qualité de représentante légale de ses filles mineures, E... C... et F... B..., représentée par Me Debazac, demande à la cour :
1°) de l’admettre à l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler le jugement du 27 juin 2025 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montreuil ;
3°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 13 mai 2025 du directeur général de l’OFII ;
4°) d’enjoindre à l’OFII de lui accorder, ainsi qu’à ses filles, le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à titre rétroactif à compter du 4 décembre 2024, date d’enregistrement des demandes d’asile de ses filles mineures, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l’arrêt à intervenir ; à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa demande dans le même délai ;
5°) de mettre à la charge de l’OFII la somme de 1 200 euros à verser à son avocat, Me Debazac, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à elle-même en cas de rejet de sa demande d’aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision contestée n’est pas motivée en fait ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa particulière précarité ;
- elle est contraire à l’intérêt supérieur de ses enfants, aux articles 17, 21 et 23 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2026, l’OFII, représenté par Me Riquier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 180 euros soit mise à la charge de Mme A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 16 février 2026, la clôture d’instruction a été fixée au 2 mars 2026 à 12 heures.
Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 14 novembre 2025 du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Jayer a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A..., ressortissante ivoirienne, née le 30 mai 1985, est entrée en France le 19 juin 2023 selon ses déclarations, accompagnée de ses filles, E... C... et F... B..., respectivement nées les 7 décembre 2010 et 19 octobre 2016. Le 4 décembre 2024, elle a sollicité le bénéfice d’une protection internationale pour ces dernières et a également effectué cette demande, en son nom propre, le 18 février 2025. Par jugement du 24 avril 2025, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montreuil a annulé la décision du 18 février 2025 du directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d’accueil et a enjoint à l’OFII de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement. Le 13 mai 2025, le directeur général de l’OFII a pris une nouvelle décision de refus aux intéressées du bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Mme A... relève appel du jugement du 27 juin 2025 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande d’annulation de cette décision.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ». Mme A... ayant été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Paris le 14 novembre 2025, il n’y a plus lieu à statuer sur sa demande tendant à obtenir le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d’annulation et d’injonction :
3. D’une part, aux termes de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : (…) 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ». Le délai prévu au 3° de l’article L. 531-27 du même code est fixé à quatre-vingt-dix jours à compter de l’entrée en France du demandeur. Aux termes du 2° de l’article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : « Les Etats membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d’accueil lorsqu’ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n’a pas introduit de demande de protection internationale dès qu’il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l’Etat membre ».
4. En premier lieu, aux termes de l’article D. 551-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. ».
5. La décision attaquée mentionne les textes dont elle fait application, à savoir les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle énonce, également et avec une précision suffisante, qu’après réexamen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale conformément au précédent jugement du 24 avril 2025 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montreuil, la demande de Mme A... est rejetée dès lors que, sans motif légitime, celle-ci a présenté sa demande d’asile tardivement et n’a apporté aucun élément sur ses conditions d’existence durant la période postérieure à son entrée sur le territoire français. Par suite, cette décision, qui comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.
6. En deuxième lieu, comme indiqué au point précédent, pour rejeter la demande tendant au bénéfice des conditions matérielles d’accueil présentée par Mme A... pour elle-même et pour le compte de ses deux filles mineures, le directeur général de l’OFII a considéré que les demandes d’asile présentées par l’intéressée avaient été enregistrées plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée et celle de ses filles, en France. Il ressort des pièces du dossier, des propres déclarations de Mme A..., que celle-ci est entrée sur le territoire national, accompagnée de ses filles mineures, le 19 juin 2023. Dès lors qu’il ressort des mêmes pièces que les demandes d’asile ont été enregistrées, au plus tôt, le 4 décembre 2024, il est constant que le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de l’entrée en France prévu par le 3° précité de l’article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n’a pas été respecté, sans que la requérante établisse la réalité des obstacles invoqués, qu’elle aurait rencontrés pour respecter le délai prescrit. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le directeur général de l’OFII a examiné sa vulnérabilité et celle de ses enfants dans le cadre d’un entretien qui s’est déroulé le 30 octobre 2024, au cours duquel l’intéressée n’a mentionné aucun élément particulier de nature à la caractériser. Il résulte ainsi de ce qui précède que Mme A... et ses filles se trouvaient dans un des cas où, en application des dispositions de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le directeur général de l’OFII pouvait, sans commettre d’erreur de droit ni d’une erreur manifeste d'appréciation, leur refuser le bénéfice des conditions matérielles d’accueil.
7. En dernier lieu, Mme A..., faute d’établir l’existence d’une situation de vulnérabilité, ne démontre pas que le refus opposé par l’OFII à sa demande tendant au bénéfice des conditions matérielles d’accueil méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A... n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif Montreuil a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction ne peuvent également qu’être également rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d’instance :
9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que Mme A... demande au titre des frais de l’instance. Par ailleurs, dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l’OFII présentées sur le même fondement.
DÉCIDE :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A... tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de Mme A... et les conclusions de l’OFII présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme G... A..., au directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration et à Me Debazac.
Délibéré après l’audience du 16 mars 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Hermann Jager, présidente,
- Mme Brotons, président honoraire,
- Mme Jayer, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.
La rapporteure,
M-D JAYER La présidente,
V. HERMANN JAGER
La greffière,
N. COUTY
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.