Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Melun d’annuler l’arrêté du 11 juillet 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Par un jugement n° 2410442 du 10 juillet 2025, le tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 7 août 2025, M. A..., représenté par Me Sangue, demande à la cour :
1°) de l’admettre provisoirement à l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler ce jugement ;
3°) d’annuler l’arrêté du 11 juillet 2024 ;
4°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, s’il n’obtient pas l’aide juridictionnelle, le versement de la même somme à lui-même en application des mêmes dispositions du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les premiers juges ont entaché leur jugement d’une erreur de droit en considérant que la procédure était régulière malgré l’absence de saisine du collège de médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration par la préfète du Val-de-Marne ;
- ils ont entaché leur jugement d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’ils n’ont pas contrôlé la caractérisation de la menace à l’ordre public ;
- l’arrêté du 11 juillet 2024 est entaché d’un vice de procédure, la préfète du Val-de-Marne n’ayant pas saisi le collège de médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- il est entaché d’un renversement de la charge de la preuve dès lors qu’il lui est demandé d’établir son innocence s’agissant des faits pour lesquels il a été entendu ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace à l’ordre public ;
- il est insuffisamment motivé.
Par un mémoire distinct, enregistré le 14 septembre 2025, M. A... demande à la Cour de transmettre au Conseil d’Etat, en application de l’article 23-1 de l’ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958, la question prioritaire de constitutionnalité relative à la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution de l’interprétation des articles L. 425-9 et L. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Par une ordonnance du 9 octobre 2025, le président de la 5ème chambre de la cour administrative d’appel de Paris a rejeté la demande de transmission au Conseil d’Etat de la question prioritaire de constitutionnalité.
La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 9 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 30 octobre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Barthez,
- et les observations de Me Djemaoun substituant Me Sangue, représentant M. A....
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant philippin né le 16 mars 1974, a sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il a demandé l’annulation de l’arrêté du 11 juillet 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, il fait appel du jugement du 10 juillet 2025 par lequel le tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l’intéressé, notamment en cas d’exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion (…) ». En l’absence de situation d’urgence, et eu égard à la nature de la présente procédure, ces dispositions font obstacle à ce que la juridiction admette provisoirement M. A... à l’aide juridictionnelle. Les conclusions en ce sens doivent ainsi être rejetées.
Sur la légalité de l’arrêté de la préfète du Val-de-Marne :
3. L’article L. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose que : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ».
4. Au soutien du motif selon lequel la présence en France de M. A... représenterait une menace pour l’ordre public, la préfète du Val-de-Marne se borne à indiquer que l’intéressé est « connu défavorablement des services de police » dès lors qu’il a été entendu le 1er février 2016 en tant qu’auteur de faits de violation de domicile, vol simple et recel de bien provenant d’un vol, le 16 juillet 2009, pour des faits de délit d’obtention indue de document administratif et le 19 mars 2002, pour des faits d’agressions sexuelles sur mineur de quinze ans. Toutefois, il ne ressort d’aucune pièce du dossier que des poursuites auraient été engagées à l’encontre de M. A... qui conteste pour la première fois devant le juge d’appel l’exactitude matérielle des faits qui lui sont reprochés. En outre, ces faits, dont les dates où ils auraient été commis ne sont pas indiquées, sont antérieurs aux dates d’audition par les services de police et sont donc anciens ou très anciens à la date de l’arrêté de la préfète du Val-de-Marne. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que l’intéressé n’a pas exécuté une précédente mesure d’éloignement qui lui a été notifiée le 6 octobre 2019, le motif de l’arrêté du 11 juillet 2024 selon lequel la présence en France de M. A... représenterait une menace pour l’ordre public et sur lequel la préfète du Val-de-Marne s’est fondée pour rejeter la demande de délivrance d’un titre de séjour qui lui était soumise est entaché d’une erreur d’appréciation.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
6. Eu égard au motif retenu pour annuler l’arrêté du 11 juillet 2024, il y a seulement lieu d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de réexaminer la situation de M. A... dans le délai de trois mois suivant la notification du présent arrêt. Il n’y a pas lieu, en l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés à l’instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A... au titre des frais liés à l’instance.
DECIDE :
Article 1er : Il n’y a pas lieu d’admettre provisoirement M. A... à l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le jugement n° 2410442 du 10 juillet 2025 du tribunal administratif de Melun et l’arrêté du 11 juillet 2024 de la préfète du Val-de-Marne sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-de-Marne de réexaminer la situation de M. A... dans le délai de trois mois suivant la notification du présent arrêt.
Article 4 : L’Etat versera une somme de 1 000 euros à M. A... au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A..., au ministre de l’intérieur et au préfet du Val-de-Marne.
Délibéré après l’audience du 27 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Barthez, président,
- Mme Milon, présidente assesseure,
- M. Aggiouri, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 décembre 2025.
Le président-rapporteur,
A. BARTHEZ
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
A. MILON
La greffière,
E. MOUCHON
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.