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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-25PA04881

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-25PA04881

mercredi 25 février 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-25PA04881
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET SILYA LOMBUME CHRISTIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler les deux arrêtés du 25 juillet 2025 par lequel le préfet de police, d’une part, l’a obligé à quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de destination et, d’autre part, lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2521419 du 18 août 2025, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a annulé l’arrêté portant interdiction de retour sur le territoire et a rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2025, M. A..., représenté par Me Lombume Christian, demande à la cour :

1°) de l’admettre à l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler le jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris du 18 août 2025 en tant qu’il a rejeté ses conclusions dirigées contre l’arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai ;

3°) d’annuler cet arrêté du préfet de police du 25 juillet 2025 ;

4°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour, ou de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S’agissant de l’obligation de quitter le territoire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen ;
- elle est entachée d’une erreur de fait en ce qui concerne sa situation familiale ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

S’agissant du refus de délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen ;
- elle est fondée sur une décision illégale ;
- elle méconnaît l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, dès lors qu’il ne représente pas une menace pour l’ordre public.

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie d’exception de l’illégalité de la mesure d’éloignement ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.


Par une ordonnance du 26 novembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 17 décembre 2025.

Le préfet de police a présenté un mémoire en défense le 23 décembre 2025, après la clôture de l’instruction, qui n’a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bories,
- et les observations de Me Lombume Christian.

Une note en délibéré a été produite pour M. A... le 12 février 2026.



Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant malien né le 7 avril 1978, a fait l’objet, par deux arrêtés du préfet de police du 25 juillet 2025, d’une obligation de quitter le territoire sans délai et d’une interdiction de retour pour une durée de deux ans. Par un jugement du 18 août 2025, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a annulé l’arrêté portant interdiction de retour. M. A... relève appel de ce jugement en tant qu’il a rejeté le surplus de ses conclusions.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

2. M. A..., déjà représenté par une avocate, ne justifie pas du dépôt d’une demande d’aide juridictionnelle auprès du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris, et n’a pas joint à son appel une telle demande. Dans ces conditions, il ne peut être admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. M. A... reprend en appel, sans apporter d’éléments nouveaux, les moyens, déjà soulevés en première instance, tirés de ce que l’arrêté en litige est insuffisamment motivé et est entaché d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle. Il y a lieu d’écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à bon droit, par le premier juge aux points 3 et 4 de son jugement.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, M. A... se prévaut d’une erreur de fait au regard de sa situation familiale, dès lors que le préfet n’a pas pris en compte la circonstance qu’il est le père de trois enfants mineurs de nationalité française. Toutefois, d’une part, il ressort des termes de l’arrêté attaqué que le préfet de police s’est borné, pour décrire la situation familiale de l’intéressé, à indiquer que celui-ci se déclarait célibataire sans enfants à charge. D’autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de l’audition de l’intéressé par les services de police le 25 juillet 2025, que M. A... a été interrogé sur sa situation personnelle et familiale en France, et qu’il n’a pas fait état de ses charges de famille. Enfin, il est constant que les enfants de M. A... sont confiés au service de l’aide sociale à l’enfance depuis le 21 mars 2021. Dans ces conditions, la décision critiquée ne peut être regardée comme se fondant sur des faits inexacts.

5. En deuxième lieu, l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales prévoit que : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…). 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

6. M. A... se prévaut de sa résidence en France depuis 1978, et de la présence régulière sur le territoire de ses parents et des membres de sa fratrie, dont certains ont acquis la nationalité française, et de ses trois enfants mineurs, de nationalité française. Il ressort toutefois des pièces du dossier, d’une part, que le requérant a fait l’objet, depuis 1995, de plus de quarante signalements et condamnations pénales, notamment pour des faits de violences, vols et infractions à la législation sur les stupéfiants. D’autre part, le requérant ne produit aucun élément susceptible de démontrer la régularité de son séjour après sa majorité, à l’exception des années 1999 à 2002, ou d’établir qu’il aurait exercé une activité professionnelle. Enfin, il ne justifie pas contribuer à l’entretien et à l’éducation de ses enfants, confiés à l’aide sociale à l’enfance par une décision du juge des enfants du 21 mars 2021, et qu’il n’établit pas avoir rencontrés ou contactés depuis lors. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de son séjour en France, le préfet de police n’a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l’intéressé, garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l’obligation de quitter le territoire français a été prise. Le préfet de police n’a pas davantage commis d’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l’intéressé.

7. En troisième lieu, aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ».

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, l’obligation de quitter le territoire français prise à l’encontre de M. A... n’a pas porté atteinte à l’intérêt supérieur de ses enfants.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, le moyen tiré de l’illégalité, par voie d’exception, de l’obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-2 du même code : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;(…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. » et de l’article L. 612-3 dudit code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (…) 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d’éloignement (…) ».

11. Si M. A... fait valoir que le préfet de police ne caractérise nullement un risque de fuite, il ressort des pièces du dossier que son comportement, caractérisé par une multitude de faits délictueux constatés sur une longue période, constitue une menace pour l’ordre public, qu’il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français lors de sa dernière entrée en 2022, et qu’il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces circonstances, le préfet de police a pu, sur ces motifs, regarder comme établi le risque que l’intéressé se soustraie à l’obligation de quitter le territoire prise à son encontre et lui refuser un délai de départ volontaire. Il s’ensuit que le moyen tiré de la violation de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celui de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés.

12. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant doivent être écartés, pour les motifs énoncés au point 6 du présent arrêt.

13. Enfin, M. A... ne peut utilement invoquer, au regard des risques qu’il encourt en cas de retour au Mali, l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision de refus d’un délai de départ volontaire, qui ne fixe, par elle-même, aucun pays de destination.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. D’une part, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré, par la voie de l’exception, de l’illégalité de la mesure d’éloignement doit être écarté.

15. D’autre part, aux termes des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

16. Le requérant, qui se prévaut de son ethnie, de son état de santé, et de la situation sécuritaire très dégradée au Mali, n’apporte pas d’éléments de nature à démontrer qu’il courrait personnellement des risques prohibés par les stipulations précitées en cas de retour dans son pays d’origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l’annulation de l’arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai et fixant le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et celles tendant à son admission à l’aide juridictionnelle provisoire et à l’application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.



DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.


Délibéré après l’audience du 11 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente de chambre,
Mme Bories, présidente-assesseure,
Mme Breillon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 février 2026.


La rapporteure,
C. BORIES
La présidente,
S. VIDAL


Le greffier,
C. MONGIS




La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



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