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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-25PA05481

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-25PA05481

vendredi 19 décembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-25PA05481
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés
Avocat requérantADJAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A... C... épouse D... et M. B... D... ont demandé au tribunal administratif de Melun d’annuler les arrêtés du 13 mars 2025 par lesquels le préfet du Val-de-Marne a rejeté leur demande d’admission au séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination des mesures d’éloignement.

Par un jugement n° 2505481 et n° 2505482 du 23 octobre 2025, le tribunal administratif de Melun a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 12 novembre 2025, Mme A... C... épouse D... et M. B... D..., représentés par Me Adjas, demandent à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler ces arrêtés ;

3°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de réexaminer leur situation et de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- les arrêtés sont insuffisamment motivés ;
- ils sont entachés d’un défaut d’examen sérieux de leur situation personnelle ;
- ils sont entachés d’un vice de procédure en raison du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;
- ils méconnaissent les stipulations des articles 6-1 et 6-5 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968, les dispositions de l’article 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences d’une exceptionnelle gravité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. Mme A... C... épouse D..., ressortissante algérienne née le 16 août 1993 et M. B... D..., ressortissant algérien né le 8 décembre 1990, sont entrés en France le 28 décembre 2023 sous couvert d’un visa Schengen valable du 28 décembre 2023 au 27 janvier 2024. Par deux arrêtés du 13 mars 2025, le préfet du Val-de-Marne a rejeté leur demande d’admission au séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination des mesures d’éloignement. Les époux relèvent appel du jugement du 23 octobre 2025 par lequel le tribunal administratif de Melun a rejeté leur demande tendant à l’annulation de ces arrêtés.


2. En premier lieu, les arrêtés attaqués visent la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les stipulations pertinentes de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le préfet de police a en outre précisé que les requérants étaient entrés en France le 28 décembre 2023 sous couvert d’un visa touristique d’une durée de quinze jours, qu’ils ne justifient pas d’une insertion professionnelle et ne démontrent pas davantage être dépourvus d’attaches familiales dans leur pays d’origine où il n’est pas établi, qu’en cas de retour, ils y subiraient des traitements inhumains et dégradants. Dans ces conditions, les arrêtés attaqués comportent l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement au sens de l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration de sorte que le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes des arrêtés attaqués que le préfet de police n’a pas entaché sa décision d’un défaut d’examen sérieux de la situation personnelle des requérants. Le moyen doit donc être carté.




4. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l’article 6 de l’accord franco-algérien visé ci-dessus : « (…) Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : / (…) 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / (…) ». Aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ».

5. Il ressort des pièces du dossier que les requérants, dont les visas de court séjour expiraient le 27 janvier 2024, se sont maintenus irrégulièrement sur le territoire français, où Mme D... a exercé en qualité d’employée polyvalente au sein d’un restaurant entre les mois de février 2024 à mars 2025 alors que son époux ne justifie d’aucune insertion professionnelle particulière. Si ce dernier soutient être entré en France pour aider son père, âgé de 79 ans et atteint d’une pathologie cardiaque nécessitant l’assistance d’un tiers, il ne démontre pas que cette assistance ne pourrait pas être prise en charge par l’épouse ou l’un des sept enfants de son père, ni que lui-même et son épouse seraient dépourvus d’attaches familiales en Algérie, où ils ont vécu jusqu’à l’âge respectivement de 33 et 30 ans. Dans ces conditions, alors même que le couple a donné naissance à son premier enfant en France au mois d’octobre 2025, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet du Val-de-Marne aurait porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée familiale en méconnaissance des stipulations citées au point 5.

6. En quatrième lieu, Mme et M. D... ne peuvent utilement soutenir que le préfet du Val-de-Marne aurait méconnu les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu’en leur qualité de ressortissants algériens, les conditions de leur droit au séjour sont exclusivement régies par les stipulations de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. S’ils invoquent également les stipulations de l’article 6 1° de l’accord franco-algérien, il est constant qu’ils ne remplissent pas la condition de dix ans de présence habituelle sur le territoire français. Le moyen sera donc écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes du premier alinéa de l’article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / (…). ». Il résulte de ces dispositions que l’autorité préfectorale n’est tenue de saisir la commission du titre de séjour que pour les seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour la délivrance des titres de séjour qu’elles visent, ou des stipulations équivalentes de l’accord franco-algérien, auxquels il envisage de refuser la délivrance d’un titre de séjour.

8. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que les requérants ne remplissent pas les conditions pour se voir délivrer un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 1° ou du 5° de l’article 6 de l’accord franco-algérien, ni sur aucun autre fondement, aucun justificatif n’étant apporté sur la situation médicale de Mme D... et sur celle de son enfant. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ne peut qu’être écarté.


9. En sixième lieu, dès lors que l’ensemble des moyens soulevés à l’encontre de l’obligation de quitter le territoire français a été écarté, Mme et M. D... ne peuvent utilement exciper de son illégalité à l’encontre de la décision fixant le pays de destination.

10. En dernier lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Mme et M. D..., qui sont entrés en France munis d’un visa, n’apportent aucune précision sur la réalité et la nature des risques encourus en cas de retour en Algérie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées sera écarté, ainsi que celui tiré de l’erreur manifeste d’appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel de M. et Mme D... est manifestement infondée et qu’il y a lieu de la rejeter, en toutes ses conclusions, en application du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.



ORDONNE :


Article 1er : La requête de Mme et M. D... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... C... épouse D... et M. B... D....


Fait à Paris, le 19 décembre 2025.

La présidente de la 8ème chambre,
A. SEULIN



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



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