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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-20VE03245

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-20VE03245

mardi 5 avril 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-20VE03245
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAUBRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté en date du 7 août 2020 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2004614 du 23 novembre 2020, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 11 décembre 2020 et régularisée le 7 avril 2021, M. B, représenté par Me Aubry, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement et l'arrêté du 7 août 2020 du préfet de l'Essonne ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa vie privée et familiale se trouve en France où il a sa résidence habituelle depuis plus de dix ans alors qu'il n'a pas d'attaches dans son pays d'origine ;

- sa vie et son intégrité physique et psychique sont menacées en cas de retour dans son pays d'origine ;

- le préfet n'était pas fondé à refuser de lui accorder un délai de départ volontaire au motif qu'il utilisait un alias ;

- le tribunal ne s'est pas prononcé sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et est ainsi entaché d'un défaut de motivation ;

- le préfet a fait une appréciation erronée de sa situation en prononçant une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 janvier 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il s'en rapporte à ses écritures de première instance.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles en date du 30 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Coudert a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 août 2020, le préfet de l'Essonne a fait obligation de quitter le territoire français à M. A B, ressortissant centrafricain né à Bangui le 10 juin 1998, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. B relève appel du jugement du 23 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Versailles rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Il ne ressort ni de la demande présentée par M. B en première instance, ni des observations présentées à l'audience par l'avocat représentant l'intéressé, que ce dernier aurait soulevé des moyens au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le tribunal administratif de Versailles a pu, sans entacher son jugement d'une insuffisance de motivation, rejeter ces conclusions sans se prononcer expressément, dans ses motifs, sur la légalité de cette décision. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à soutenir que le jugement attaqué est entaché d'irrégularité de ce chef.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " I - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; / () 7° Si le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () II. - L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. () / Toutefois, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, décider que l'étranger est obligé de quitter sans délai le territoire français : / 1° Si le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne a pris la mesure d'éloignement en litige aux motifs, d'une part, que M. B s'était vu refuser la délivrance d'un titre de séjour par décision du préfet du Loiret du 5 juillet 2017, et, d'autre part, que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. A cet égard, le préfet a relevé que le requérant avait été condamné le 20 juillet 2020 par le tribunal correctionnel de Fontainebleau à quatre mois d'emprisonnement pour usage illicite de stupéfiants, violence sur personne dépositaire de l'autorité publique, violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une incapacité n'excédant pas 8 jours, violence sous l'emprise manifeste de produits stupéfiants suivie d'une incapacité n'excédant pas 8 jours. Le préfet de l'Essonne a également relevé que l'intéressé avait fait auparavant l'objet d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Paris le 23 novembre 2019 à huit mois d'emprisonnement pour violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une incapacité n'excédant pas 8 jours, récidive et port prohibé d'arme de catégorie B et que son comportement avait fait l'objet de dix signalements pour des faits de troubles à l'ordre public, entre la période d'octobre 2016 à juillet 2020.

5. Contrairement à ce que soutient M. B, les faits ayant donné lieu aux condamnations énoncées au point qui précède caractérisent, ainsi que le préfet de l'Essonne l'a estimé, une menace pour l'ordre public. Il suit de là que le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en édictant la mesure d'éloignement en litige. Le préfet n'a pas davantage méconnu les dispositions du II en n'accordant pas à M. B de délai de départ volontaire dès lors que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, sans qu'y fasse obstacle la circonstance alléguée qu'il n'avait pas recours à des alias.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. B soutient qu'il est entré en France à l'âge de onze ans où il a été pris en charge à l'âge de treize ans par les services de l'aide sociale à l'enfance du Loiret jusqu'à sa majorité et qu'il n'entretient aucune relation avec les membres de sa famille resté en Centrafrique. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant est célibataire et sans charge de famille en France et qu'il n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Ainsi, eu égard aux conditions du séjour en France de M. B et à la menace pour l'ordre public que représente son comportement, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision du préfet de l'Essonne lui faisant obligation de quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. Si M. B soutient que sa vie et son intégrité physique et psychique sont menacées en cas de retour dans son pays d'origine, il se borne à faire état de considérations générales sur le climat d'insécurité qui règne dans ce pays et ne justifie pas ainsi qu'il serait personnellement exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants. Le moyen tiré de ce que le préfet de l'Essonne, qui s'est assuré que le requérant n'encourait pas de tels risques, aurait méconnu les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. / () La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Sauf menace grave pour l'ordre public, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans, compte tenu des prolongations éventuellement décidées. / () ".

11. D'une part, ainsi qu'il a été dit précédemment, la présence en France de M. B constitue une menace pour l'ordre public. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne aurait méconnu les dispositions précitées du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et en fixant à trois ans la durée de cette interdiction.

12. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, le préfet de l'Essonne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2022, à laquelle siégeaient :

M. Brotons, président,

Mme Le Gars, présidente assesseure,

M. Coudert, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2022.

Le rapporteur,

B. COUDERTLe président,

S. BROTONS

La greffière,

V. MALAGOLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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