jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE00032 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CINKO-SAKALLI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C A a demandé au tribunal administratif de Versailles d'une part, d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2020 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi et, d'autre part, d'enjoindre au préfet de l'Essonne, qu'il lui restitue son passeport et lui délivre un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, subsidiairement, une autorisation provisoire de séjour et procède à un nouvel examen de sa situation.
Par un jugement n° 2006428 du 8 décembre 2020, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 janvier et 4 mars 2021, M. A, représenté par Me Cinko-Sakalli, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2020 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;
3°) d'ordonner la restitution de son passeport ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente d'un réexamen de sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- en reprenant exactement les mêmes motifs que l'arrêté attaqué, le jugement est insuffisamment motivé au regard de l'atteinte à sa vie privée et familiale ;
- le tribunal a omis d'examiner les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'insuffisance de motivation des décisions portant la fixation du pays de renvoi et refus d'un délai départ volontaire.
L'arrêté attaqué, en ce qu'il porte obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivé et révèle un défaut d'examen de sa situation, dès lors qu'il utilise des formules stéréotypées et ne tient pas compte de son ancienneté sur le territoire et des circonstances exceptionnelles dont il a fait état ;
- a été édicté sans analyse de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui lui donne droit à un titre de séjour qu'il aurait obtenu si ses tentatives pour obtenir un titre de séjour, en 2016, 2018 et 2019, qui ont fait l'objet d'un refus d'enregistrement au guichet, avaient abouti ;
- est entaché d'une erreur de droit puisque son comportement ne saurait constituer un trouble à l'ordre public dès lors qu'il est présumé innocent et qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pour violences conjugales ;
- porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du fait de ses huit ans de présence sur le territoire, de sa relation stable avec sa concubine, de son arrivée en France à l'âge de dix-sept ans et de ses liens familiaux ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'ancienneté de sa résidence et de la stabilité de sa situation ;
L'arrêté attaqué, en ce qu'il fixe le pays de renvoi :
- est insuffisamment motivé, en l'absence d'une indication sur le pays de renvoi fixé par le préfet ;
- est entaché de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
L'arrêté attaqué, en ce qu'il lui refuse un délai de départ volontaire :
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La rétention de son passeport :
- ne repose sur aucune décision administrative préalable et se trouve donc dépourvue de motivation et de base légale ;
- est entachée de l'illégalité, par voie d'exception, de l'arrêté du 2 octobre 2020 ;
- porte atteinte à son droit à avoir une identité et à son droit à une vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2021, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant turc né le 20 juin 1993, a fait l'objet d'un arrêté du 2 octobre 2020 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit. Il fait appel du jugement du 8 décembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".
3. Si M. A reproche aux premiers juges d'avoir insuffisamment motivé leur jugement, en se fondant sur des faits impersonnels et des phrases stéréotypées issues de l'arrêté attaqué, il ressort toutefois des motifs du jugement attaqué que les premiers juges ont analysé la situation privée et familiale du requérant au regard notamment de l'ensemble des éléments de fait dont il a fait mention dans ses écritures de première instance et ont ainsi suffisamment motivé leur jugement sur ce point.
4. D'autre part, contrairement à ce que l'appelant soutient, le tribunal a effectivement rejeté, dans le point 9. de son jugement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'il a soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, et au point 4, ses moyens tirés de l'insuffisance de motivation des décisions portant la fixation du pays de renvoi et refus d'un délai de départ volontaire.
5. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'irrégularité du jugement ne peuvent qu'être écartés.
Sur la légalité de l'arrêté du 2 octobre 2020 du préfet de l'Essonne :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, il résulte des visas de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Essonne a indiqué les dispositions législatives qui constituaient le fondement légal de l'obligation de quitter le territoire français, ainsi que les éléments de fait sur lesquels le préfet s'appuyait. Ainsi, contrairement à ce que soutient M. A, le préfet de l'Essonne a pris en considération les principaux faits qu'il avait portés à la connaissance des autorités, notamment lors de sa garde à vue le 30 septembre 2020, à savoir la durée de sa présence sur le territoire, son emploi clandestin de carreleur, sa séparation d'avec son épouse, son lieu de résidence, le rejet de sa demande d'asile et son lieu de résidence actuel. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux doivent être écartés.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 2° Si l'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée sur le territoire sans être titulaire d'un premier titre de séjour régulièrement délivré ; () 7° Si le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé une première demande d'asile en France le 3 février 2012, qui a été rejetée le 21 juin 2012 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 4 février 2013 par la Cour nationale du droit d'asile. Sa demande de réexamen de cette demande a été rejetée le 31 décembre 2013 par l'Office de protection des réfugiés et apatrides. M. A est ensuite retourné en Turquie en janvier 2014 environ un an, en exécution d'une obligation de quitter le territoire français prise le 18 avril 2013. La nouvelle demande d'asile qu'il a formée, après son retour en France, le 30 mars 2015, a été rejetée le 16 décembre 2015 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 23 mai 2016 par la Cour nationale du droit d'asile. M. A a ensuite tenté de déposer une demande de titre de séjour à plusieurs reprises, qui n'a pas été enregistrée du fait du caractère incomplet des dossiers déposés, ce qu'il n'a pas contesté. Dès lors, et ainsi qu'il l'a reconnu devant les services de police lors de sa garde à vue le 30 septembre 2020, M. A ne disposait d'aucun titre de séjour à la date de l'arrêté attaqué et le préfet pouvait, pour ce seul motif, lui faire obligation de quitter le territoire. Au surplus, il ressort des pièces du dossier qu'il a été interpellé le 30 septembre 2020 par la police, alertée par un voisin, pour suspicion de violences conjugales à l'encontre de son épouse, de nationalité française, avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 28 septembre 2017, a contracté mariage le 15 septembre 2018 et dont il s'est séparé à compter de juin 2020. Lors de leur intervention, les policiers ont constaté que la porte de l'appartement de son épouse était enfoncée et qu'elle était blessée. Celle-ci, qui avait déjà porté plainte deux semaines auparavant pour menaces de mort réitérées, justifie d'une incapacité temporaire de travail de quatre jours et a porté plainte à son encontre pour violences volontaires et dégradations de biens privés, faits pour lesquels des poursuites ont été engagées. S'il conteste une partie des faits qui lui sont reprochés, M. A a toutefois reconnu, lors de sa garde à vue le 30 septembre 2020, avoir enfoncé la porte de l'appartement de son épouse, y avoir pénétré de force, l'avoir poussée et lui avoir arraché son téléphone portable. Eu égard à la gravité des faits qui lui sont reprochés, dont il a partiellement reconnu la véracité, en dépit de l'absence de condamnation à la date de la décision attaquée, le préfet n'a commis aucune erreur de droit, ni d'appréciation en indiquant que son comportement constituait une menace à l'ordre public et en l'obligeant à quitter le territoire français.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Le requérant se prévaut de sa durée de présence de huit ans sur le territoire français, de ses attaches familiales, de son emploi de carreleur et de son concubinage avec une ressortissante française. Toutefois, ainsi qu'il a été rappelé au point 8, M. A est entré, en dernier lieu, en France en mars 2015, soit cinq ans à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, il est constant qu'il est en instance de divorce avec son épouse. En outre, s'il indique désormais être en concubinage avec une ressortissante française qui a une fille handicapée dont il s'occupe, leur vie commune n'est, d'une part, établie par aucune pièce du dossier et se trouve contredite par les propres déclarations du requérant qui indiquait, lors de sa garde à vue, qu'il vivait chez sa sœur et n'avait aucune nouvelle compagne et, d'autre part, n'aurait débuté qu'en juillet 2020, soit moins de trois mois à la date de la décision attaquée. L'attestation de cette personne, qui évoque principalement le comportement calme de M. A, n'est pas suffisante pour établir la réalité et l'intensité de leur relation. Par ailleurs, si l'appelant fait mention de la présence d'un oncle, d'une tante et de cousins dont il fournit les titres de séjour ou la carte d'identité française, aucune pièce du dossier ne permet d'attester l'existence d'une relation avec eux. Enfin, sur le plan professionnel, il ne justifie que de contrats de quelques mois en 2018 et 2020 et s'il fait état d'une activité de carreleur clandestine, il n'en justifie pas et cette seule circonstance ne lui ouvre, en tout état de cause, pas droit au séjour. Par suite, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne n'a commis ni erreur manifeste d'appréciation, ni n'a porté une atteinte à son droit à une vie privée et familiale disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".
12. Ainsi qu'il a été expliqué au point 8, le comportement de M.A constituait une menace à l'ordre public. Il ne pouvait, par suite, pas se prévaloir de la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au surplus, pour les raisons détaillées au point 10, M. A n'est pas fondé à soutenir que sa situation familiale lui ouvrait droit à un titre sur le fondement de ces dispositions. Si M. A soutient qu'il a été empêché de déposer sa demande de titre de séjour sur ce fondement, cette circonstance est, cependant, sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article ne peut qu'être écarté.
13. En cinquième lieu, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 313-14 à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre. Si M. A soutient qu'il a été empêché de déposer sa demande de titre de séjour sur ce fondement, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a effectivement pu accéder au guichet de la préfecture de l'Essonne les 25 janvier et 14 mai 2019, que ses dossiers n'ont pas été pris en compte en raison de leur caractère incomplet et il ne justifie d'aucune démarche depuis ces dates. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que M. A n'a introduit aucune demande de titre de séjour sur ce fondement.
En ce qui concerne le pays de renvoi :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'arrêté en tant qu'il oblige M. A à quitter le territoire n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la fixation du pays de renvoi n'est pas fondé et doit être écarté.
15. En deuxième lieu, contrairement à ce que M. A soutient, l'arrêté attaqué, en son article 2, fixe un pays de renvoi en indiquant que l'intéressé pourra être reconduit " à destination de son pays d'origine ou du pays qui lui a délivré un titre de voyage en cours de validité ou encore, avec son accord, à destination de tout autre pays dans lequel il établit qu'il est légalement admissible ". Par suite, le moyen tiré d'une insuffisante motivation à défaut d'indication du pays de renvoi ne peut qu'être écarté.
16. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux détaillés au point 10., en fixant le pays de destination, le préfet de l'Essonne n'a pas porté une atteinte à son droit à une vie privée et familiale disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision.
En ce qui concerne le refus du délai de départ volontaire :
17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'arrêté en tant qu'il oblige M. A à quitter le territoire n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire n'est pas fondé et doit être écarté.
18. En deuxième lieu, aux termes du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. (). Toutefois, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, décider que l'étranger est obligé de quitter sans délai le territoire français : / 1° Si le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ".
19. L'arrêté attaqué comporte la mention des dispositions législatives qui constituaient le fondement légal du refus du délai de départ volontaire, le motif qui fondait la décision, à savoir le trouble à l'ordre public que son comportement constituait, ainsi que les éléments de fait sur lesquels le préfet s'appuyait pour justifier sa décision. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
20. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux détaillés au point 10., en lui refusant un délai de départ volontaire, le préfet de l'Essonne n'a commis ni erreur manifeste d'appréciation, ni n'a porté une atteinte à son droit à une vie privée et familiale disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision.
En ce qui concerne la rétention de son passeport :
21. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ".
22. Contrairement à ce que fait valoir M. A, qui a bien été destinataire d'un récépissé, remis concomitamment à la notification de l'obligation de quitter le territoire litigieuse et mentionnant les dispositions précitées, ainsi que la date de la retenue de son passeport et les modalités pour le récupérer, la rétention de son passeport, qui ne nécessite aucune décision expresse préalable, n'est pas dépourvue de base légale.
23. En deuxième lieu, il ne résulte pas de ces dispositions qu'une obligation de quitter le territoire français serait nécessaire avant la rétention d'un passeport par les autorités. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire, décision qui n'est, au demeurant, entachée d'aucune illégalité.
24. En troisième lieu, si l'appelant soutient que la rétention de son passeport porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale, il n'apporte aucune précision de nature à justifier du bien-fondé de cette critique, alors même qu'il a été destinataire d'un récépissé de remise de son passeport le 2 octobre 2020, dont il n'a contesté aucune mention, qui vaut justification de son identité. La circonstance que son année de naissance, qui n'est pas une mention obligatoire du récépissé, soit erronée est, en tant que telle, sans incidence sur la légalité de cette mesure. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
25. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,
M. Lerooy, premier conseiller,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
La rapporteure,
C. BLa présidente,
L. Besson-LedeyLa greffière,
A. Audrain-Foulon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Le greffier,
N°21VE00032
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026