jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE00111 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP RICHARD |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société à responsabilité limitée (SARL) TLV Holding, venant aux droits de l'EURL Maison Saint-Antoine de Padoue, a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 246 853 euros procédant d'un avis de mise en recouvrement du 1er décembre 2017 et d'une mise en demeure valant commandement de payer du 16 janvier 2018, délivrés par le pôle de recouvrement spécialisé des Hauts-de-Seine à son débiteur solidaire, la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel (CRCAM) Centre-Loire, pour obtenir le paiement du rappel de taxe sur la valeur ajoutée assigné à l'EURL Maison Saint-Antoine de Padoue, au titre de la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2012, ainsi que des pénalités correspondantes.
Par un jugement n° 1806737 du 22 décembre 2020, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 14 janvier et les 1er, 14, 15 et 23 juin 2021, la société TLV Holding, représentée par Me Richard, avocat, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 246 853 euros procédant de la mise en demeure valant commandement de payer qui lui a été délivrée le 19 octobre 2017 ;
3°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 246 853 euros procédant d'un avis de mise en recouvrement du 1er décembre 2017 et d'une mise en demeure valant commandement de payer du 16 janvier 2018, délivrés à son débiteur solidaire, la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel (CRCAM) Centre-Loire ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- dès lors que la cour administrative d'appel de Versailles, dans son arrêt n° 16VE01282 du 21 septembre 2017, a annulé le jugement n° 1409028 du 24 mars 2016 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise avait rejeté la requête de l'EURL Maison Saint-Antoine de Padoue tendant à la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée de 246 853 euros, en droits et pénalités, le pôle de recouvrement spécialisé des Hauts-de-Seine n'est plus fondé à tenter d'en obtenir le recouvrement forcé ;
- la mise en demeure valant commandement de payer du 19 octobre 2017 est donc sans fondement ;
- l'administration ne dispose plus d'aucun titre de paiement ni à l'encontre de la société ni à l'encontre de la caution.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 25 mai, 7 et 21 juin 2021 le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la SARL TLV Holding n'a pas qualité pour agir contre les actes de poursuite décernés à la CRCAM ni pour solliciter la décharge de la solidarité de paiement à laquelle cette dernière est tenue ;
- la société était tardive à contester la mise en demeure du 19 octobre 2017 qui lui a été adressée en sa qualité de redevable légale ;
- l'imposition dont le recouvrement est poursuivi a été mise en recouvrement le 31 décembre 2013 ; cet avis constitue un titre exécutoire ;
- dès lors que la cour administrative d'appel de Versailles a confirmé le bien-fondé du rappel de taxe sur la valeur ajoutée assigné à l'EURL Maison Saint-Antoine de Padoue, sa dette n'est pas éteinte ;
- la contestation du bien-fondé des impositions relève du contentieux de l'assiette, sur lequel la cour a déjà statué ;
- les moyens soulevés par la SARL TLV Holding ne sont pas fondés.
Par un courrier du 5 janvier 2023, la cour a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'arrêt à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tenant à l'irrecevabilité des conclusions, nouvelles en appel, tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme de 246 853 euros procédant de la mise en demeure valant commandement de payer qui lui a été délivrée le 19 octobre 2017.
La SARL TLV Holding a présenté, le 10 janvier 2023, ses observations sur ce moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Deroc, rapporteure publique,
- et les observations de Me Richard, pour la société TLV Holding.
Considérant ce qui suit :
1. L'Entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Maison Saint-Antoine de Padoue a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2010 au 30 juin 2013, à l'issue de laquelle un rappel taxe sur la valeur ajoutée immobilière lui a été notifié, selon la procédure de rectification contradictoire, par proposition de rectification du 27 septembre 2013, puis mis en recouvrement le 31 décembre 2013 pour un montant de 246 853 euros. Estimant qu'elles étaient indues, la société TLV Holding, venant aux droits et obligations de l'EURL Maison Saint-Antoine de Padoue à la suite d'une absorption par dissolution sans liquidation intervenue le 23 mai 2014, a saisi le tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'une requête tendant à la décharge de ces impositions. Par un jugement n° 1409028 du 24 mars 2016, le tribunal a rejeté cette requête, qu'il a regardée comme introduite par l'EURL Maison Saint-Antoine de Padoue. Saisie en appel par la SARL TLV Holding, la cour administrative d'appel de Versailles a, par un arrêt définitif n° 16VE01282 du 21 septembre 2017, annulé le jugement attaqué pour irrégularité, au motif que c'est à tort que le tribunal avait regardé la requête comme introduite par l'EURL Maison Saint-Antoine de Padoue et non par la SARL TLV Holding. Après évocation, la cour a cependant confirmé le bien-fondé du rappel de taxe contesté, au motif que la vente du terrain à bâtir d'Arcachon effectuée par l'EURL Maison Saint-Antoine de Padoue devait être regardée comme une opération immobilière se rattachant à une activité taxable. En vue du recouvrement de l'imposition, la société TLV Holding a été destinataire d'une mise en demeure valant commandement de payer du 19 octobre 2017, notifiée le 23 octobre. A défaut de paiement de cette somme, le comptable a adressé à sa caution, la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Centre Loire (CRCAM), un avis de mise en recouvrement du 1er décembre 2017 en sa qualité de débiteur solidaire, puis une mise en demeure valant commandement de payer du 16 janvier 2018, notifiée le 19 janvier, l'invitant à régler la somme de 246 853 euros dans le délai de trente jours. La SARL TLV Holding fait appel d'un jugement du 22 décembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme de 246 853 euros procédant de l'avis de mise en recouvrement et de la mise en demeure adressés à la CRCAM.
Sur la recevabilité des conclusions d'appel :
2. D'une part, les conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme de 246 853 euros procédant de la mise en demeure valant commandement de payer qui lui a été décernée, en sa qualité de redevable légal, le 19 octobre 2017, laquelle au demeurant n'a pas fait l'objet d'une opposition à poursuite dans le délai de deux mois à compter de sa notification, n'ont pas été soumises aux premiers juges et présentent le caractère de conclusions nouvelles en appel.
3. D'autre part, à supposer que la société TLV Holding ait entendu contester le bien-fondé des sommes qui lui sont réclamées, une telle contestation relève, ainsi que l'administration le fait valoir, du contentieux de l'assiette sur lequel la cour a déjà statué par un arrêt devenu définitif n° 16VE01282 du 21 septembre 2017.
Sur la recevabilité des conclusions de première instance tendant à la décharge de l'obligation de payer procédant de l'avis de mise en recouvrement et de la mise en demeure valant commandement de payer délivrés à sa caution :
4. Aux termes de l'article L. 256 du livre des procédures fiscales : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité. / () L'avis de mise en recouvrement est individuel. Il est émis et rendu exécutoire par l'autorité administrative désignée par décret (). ". L'article L. 257-0 A du même livre dispose que : " 1. A défaut de paiement () des sommes () mentionnées sur l'avis de mise en recouvrement et en l'absence d'une réclamation assortie d'une demande de sursis de paiement formulée dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article L. 277, le comptable public compétent adresse au contribuable une mise en demeure de payer avant la notification du premier acte de poursuite devant donner lieu à des frais au sens de l'article 1912 du code général des impôts. / 2. Lorsque la mise en demeure de payer n'a pas été suivie de paiement ou d'une demande de sursis de paiement au sens de l'article L. 277, le comptable public compétent peut engager des poursuites à l'expiration d'un délai de trente jours suivant sa notification. 3. La mise en demeure de payer interrompt la prescription de l'action en recouvrement. Elle peut être contestée dans les conditions prévues à l'article L. 281. / (). ". Aux termes de l'article L.281 du même livre dans sa version applicable : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics compétents mentionnés à l'article L. 252 doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites./ Les contestations ne peuvent porter que :1° Soit sur la régularité en la forme de l'acte ;2° Soit sur l'existence de l'obligation de payer, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués, sur l'exigibilité de la somme réclamée, ou sur tout autre motif ne remettant pas en cause l'assiette et le calcul de l'impôt. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés, dans le premier cas, devant le juge de l'exécution (1), dans le second cas, devant le juge de l'impôt tel qu'il est prévu à l'article L. 199. ". Enfin aux termes de l'article R 281-1 de ce livre dans sa version applicable : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne solidaire. / Elles font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, en premier lieu, au chef du service du département ou de la région dans lesquels est effectuée la poursuite. Le chef de service compétent est : a) Le directeur départemental des finances publiques ou le responsable du service à compétence nationale si le recouvrement incombe à un comptable de la direction générale des finances publiques ; () ".
5. La société TLV Holding, en sa qualité de débiteur principal de la somme de 246 853 euros en litige, est dépourvue de qualité pour contester la mise en demeure valant commandement de payer du 16 janvier 2018 délivrée à la CRCAM Centre-Loire, débiteur solidaire en vertu d'un acte de cautionnement du 3 juillet 2015, laquelle, à la supposer même irrégulièrement établie, ne remet pas en cause le bien-fondé des poursuites diligentées à son encontre. Par ailleurs, elle n'a pas davantage qualité, en tout état de cause, pour contester l'avis de mise en recouvrement de l'imposition du 1er décembre 2017 adressé à la CRCAM, lequel ne constitue pas un acte de poursuite susceptible de donner lieu à une contestation sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. Dans ces conditions, et ainsi que le fait valoir l'administration fiscale, la société TLV Holding n'est pas recevable, faute de qualité pour ce faire, à contester l'avis de mise en recouvrement du 1er décembre 2017 et la mise en demeure valant commandement de payer du 16 janvier 2018 adressés à sa caution, la CRCAM Centre-Loire.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la société TLV Holding n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la SARL TLV Holding est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société TLV Holding et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,
Mme Danielian, présidente-assesseure,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 février 2023.
La rapporteure,
I. ALa présidente,
L. Besson-LedeyLa greffière,
A. Audrain-foulon
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026