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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE00157

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE00157

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE00157
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantKECHIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédures contentieuses antérieures :

Mme B C a, par deux instances distinctes, demandé au tribunal administratif de Versailles :

- d'une part, d'annuler la décision en date du 9 juillet 2018, par laquelle le recteur de l'académie de Versailles a refusé de procéder à sa titularisation ;

- d'autre part, d'annuler la décision en date du 17 juillet 2018 par laquelle le recteur de l'académie de Versailles l'a licenciée ;

- enfin, d'enjoindre à cette même autorité de la réintégrer en qualité d'enseignante titulaire dans le corps des professeurs des écoles à la date du 5 juillet 2018, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de condamner l'État à lui verser la somme de 45 000 euros en indemnisation des préjudices financier et moral subis, et de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement nos 1900069, 1900140 du 19 novembre 2020, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés les 19 janvier 2021, 3 et 11 février 2021, Mme C, représentée par Me Kechit, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 19 novembre 2020 ;

2°) d'annuler les décisions des 9 juillet et 17 juillet 2018 par lesquelles le recteur de l'académie de Versailles a respectivement refusé de procéder à sa titularisation et l'a licenciée à compter du 1er septembre 2018 ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, à cette même autorité de la réintégrer et de la titulariser dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

4°) de condamner l'État à lui verser la somme de 45 000 euros en indemnisation des préjudices subis majorés des intérêts depuis 2015 ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Elle soutient que :

- le tribunal a entaché son jugement de plusieurs erreurs de droit et erreurs manifestes d'appréciation ;

- la délibération du jury du 5 juillet 2018, ainsi que la décision de refus de titularisation ne sont pas motivées ;

- la délibération du jury sur laquelle se fonde la décision de refus de titularisation est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où le jury n'a pas été régulièrement convoqué, était irrégulièrement composé, et que la compétence du président signataire de l'avis du jury ne peut être vérifiée ;

- elle a été irrégulièrement convoquée par un nouveau jury plus de sept mois après le jugement du 13 novembre 2017 ;

- les conditions d'évaluation de sa deuxième année de stage ont été irrégulières dès lors qu'elle a été évaluée alors qu'elle n'avait géré aucune classe depuis plus de deux ans ne faisait plus partie de l'effectif des élèves stagiaires ; le rapport de sa tutrice du 2 mai 2018, qu'elle n'a jamais revu, était incomplet et celui du 4 mai 2018 émanait d'une inspectrice de l'éducation nationale qui ne l'a jamais visitée ni inspectée ; l'avis du tuteur universitaire n'a pas été pris en compte en méconnaissance des dispositions de l'article 5 de l'arrêté du 22 août 2014 ; son évaluation a été réalisée d'après une grille reprenant les référentiels de 2013/2014 alors qu'elle aurait dû l'être sur la base de celui en vigueur en 2018, conformément aux dispositions du Bulletin officiel n° 13 du 26 mars 2015 concernant les modalités d'évaluation du stage et de titularisation des personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement public ;

- la délibération du jury est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses compétences professionnelles ; elle n'a pas été placée en situation d'effectuer son stage dans les meilleures conditions, contrairement aux directives formulées par la circulaire du dispositif d'accueil, d'accompagnement et des formations des enseignants stagiaires publiée au Bulletin Officiel n°20 du 19 mai 2011 puis par la circulaire n°2012-104 du 3 juillet 2012 ; elle a systématiquement été affectée dans des classes délicates ; il n'a pas été tenu compte de ce qu'elle a effectué sa seconde année de stage en deux périodes distinctes soit, pour la période de mi-janvier 2015 au 3 juillet 2015 au sein d'une classe de CM2 à Igny sous le tutorat de M. E, et, pour la période de septembre 2015 à février 2016, au sein d'une classe de grande section de maternelle à Orsay, sous le tutorat de Mme D pour la classe de grande section de maternelle ; ses affectations successives au cours de sa seconde année de stage ont été incohérentes ; sa seconde tutrice a manqué d'impartialité dès lors que, entre son rapport du 20 octobre 2015 et ceux des 12 décembre 2015 et 2 mai 2018, elle a changé d'opinion sur ses compétences ; la grande majorité de son dossier comportait des appréciations positives ;

- la délibération du jury est entachée d'un détournement de pouvoir et d'une rupture d'égalité dans la mesure où elle n'a pas été réellement réévaluée et que sa tutrice a fait preuve de partialité ;

- la décision de licenciement est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titularisation ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation, d'incompétence, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'administration a commis une faute compte tenu du délai anormalement long qui s'est écoulé entre le jugement du tribunal administratif de Versailles du 13 novembre 2017 et les nouvelles décisions de non-titularisation et de licenciement ; elle aurait dû être réintégrée et compte tenu de l'illégalité constatée par le tribunal, être titularisée et le calcul rétroactif de son traitement et sa carrière reconstitués à compter de 2015 ; elle a ainsi été placée dans une situation de rupture d'égalité avec ses collègues de promotion dont la carrière n'a pas été interrompue ; elle peut se prévaloir d'une perte de chance d'être titularisée ; l'ensemble de ses préjudices doit ainsi être réparé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2023, le recteur de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il était en situation de compétence liée pour prononcer son licenciement ;

- les conclusions indemnitaires de Mme C qui n'ont pas été précédées de réclamation préalable, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, sont irrecevables ; en tout état de cause, elles sont mal fondées faute de lien de causalité entre le délai mis par l'administration pour exécuter le jugement, qui n'était pas excessif, et les préjudices invoqués ;

-les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 5 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la cour était susceptible de se fonder sur le moyen, relevé d'office, tiré de la situation de compétence liée du recteur de l'académie de Versailles pour refuser de prononcer la titularisation de Mme C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 90-680 du 1er août 1990;

- le décret n° 2003-67 du 20 janvier 2003 modifiant le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 ;

- l'arrêté du 9 mai 2007 relatif aux conditions de délivrance du diplôme professionnel de professeur des écoles ;

- l'arrêté du 1er juillet 2013 relatif au référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation ;

- l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires ;

- le code des relations entre le public et l'administration.

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Danielian,

- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, lauréate du concours de professeur des écoles de 2013, a été affectée, à compter du 1er septembre 2013, en qualité de professeur des écoles stagiaire, à l'école élémentaire Camille Magné de Breuillet (Essonne), pour y effectuer son année de stage. Les résultats obtenus par l'intéressée n'ayant pas été estimés suffisants, le recteur de l'académie de Versailles l'a autorisée le 18 juin 2014, à effectuer une seconde année de stage. Après avoir été placée en congé de maternité de septembre 2014 à mi-janvier 2015, Mme C a été affectée, afin de terminer son stage, d'abord à l'école élémentaire Jean-Baptiste Corot à Igny, en classe de CM2, jusqu'au 3 juillet 2015, puis, à la rentrée scolaire 2015, à l'école maternelle du Centre d'Orsay, en classe de grande section pour la période de septembre 2015 à février 2016. Par une délibération du 5 février 2016, le jury académique de Versailles a proposé un refus de titularisation qui a été prononcé, le 8 février 2016, par le recteur de l'académie de Versailles, confirmé le 10 mai 2016 à la suite du recours gracieux formé par l'intéressée. Par un jugement définitif du 13 novembre 2017, le tribunal administratif a annulé ces deux décisions pour vice de procédure, tiré de ce que le rapport de l'inspecteur de l'éducation nationale a été rédigé avant celui de la tutrice, au vu duquel il aurait dû être établi. Le jury académique, saisi une nouvelle fois en exécution de ce jugement, a opposé, par une délibération du 5 juillet 2018 un refus définitif à sa titularisation. Par deux décisions des 9 et 17 juillet 2018, le recteur de l'académie de Versailles a de nouveau refusé de procéder à sa titularisation, puis l'a licenciée à compter du 1er septembre 2018. Mme C fait appel du jugement du 19 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions et à la condamnation de l'État à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Dès lors, pour demander l'annulation du jugement attaqué, Mme C ne peut utilement soutenir que les premiers juges auraient commis des erreurs de droit, ni davantage soutenir qu'ils auraient entaché leur jugement d'erreur manifeste d'appréciation, de tels moyens n'ayant pas trait à la régularité formelle du jugement, mais à son bien-fondé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 10 du décret du 1er août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles : " Les professeurs stagiaires accomplissent un stage d'un an. Au cours de leur stage, les professeurs stagiaires bénéficient d'une formation organisée, dans le cadre des orientations définies par l'Etat, par un établissement d'enseignement supérieur, visant l'acquisition des compétences nécessaires à l'exercice du métier. Cette formation alterne des périodes de mise en situation professionnelle dans une école et des périodes de formation au sein de l'établissement d'enseignement supérieur. Elle est accompagnée d'un tutorat et peut être adaptée pour tenir compte du parcours antérieur des professeurs stagiaires. / Les modalités du stage et les conditions de son évaluation par un jury sont arrêtées conjointement par le ministre chargé de l'éducation et par le ministre chargé de la fonction publique. ". Aux termes de l'article 12 du même décret : " A l'issue du stage, les professeurs des écoles stagiaires sont titularisés par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie du département dans le ressort duquel le stage est accompli, sur proposition du jury prévu à l'article 10. La titularisation confère le certificat d'aptitude au professorat des écoles. () ". Aux termes de l'article 13 de ce décret : " Les stagiaires qui n'ont pas été titularisés peuvent être autorisés à accomplir une nouvelle année de stage. Ceux qui ne sont pas autorisés à renouveler le stage ou qui, à l'issue de la seconde année de stage, n'ont pas été titularisés, sont soit licenciés, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine s'ils avaient la qualité de fonctionnaire. () ". Aux termes de l'article 8 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires : " Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu'il estime aptes à être titularisés. En outre, l'avis défavorable à la titularisation concernant un stagiaire qui effectue une première année de stage doit être complété par un avis sur l'intérêt, au regard de l'aptitude professionnelle, d'autoriser le stagiaire à effectuer une seconde et dernière année de stage. () ". Aux termes de l'article 9 du même arrêté : " Le recteur prononce la titularisation des stagiaires estimés aptes par le jury. Toutefois, le recteur prolonge d'un an le stage des stagiaires lauréats des concours externes aptes à être titularisés, devant justifier d'un master ou d'un titre ou diplôme reconnu équivalent par le ministre chargé de l'éducation, et qui ne rempliraient pas à l'issue du stage cette exigence. La titularisation est prononcée à l'issue de cette prolongation à la condition de détenir le titre ou diplôme requis. / Il arrête la liste des stagiaires autorisés à accomplir une seconde année de stage et la liste des professeurs stagiaires licenciés ou réintégrés dans leur corps, cadre d'emplois ou emploi d'origine. ".

4. Au soutien de ses conclusions à fin d'annulation, Mme C excipe de l'illégalité de la délibération du jury académique du 5 juillet 2018 qui a estimé qu'elle n'était pas apte à être titularisée.

5. En premier lieu, aucune disposition législative ou réglementaire, en particulier du décret du 1er août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles ou de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires n'imposait que la délibération du jury du 5 juillet 2018 soit motivée. En tout état de cause, un tel moyen manque en fait.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 22 août 2014 visé ci-dessus : " Il est constitué un jury académique de cinq à huit membres nommés par le recteur. / Le recteur ou son représentant préside le jury. /A la demande de son président, le jury peut se constituer en groupes d'examinateurs en fonction des effectifs. / Le vice-président et les autres membres du jury sont choisis parmi les directeurs académiques des services de l'éducation nationale, les directeurs académiques adjoints des services de l'éducation nationale, les inspecteurs de l'éducation nationale chargés de circonscription, les enseignants-chercheurs, les enseignants du second degré et les professeurs des écoles maîtres formateurs./()Chaque jury académique institué pour une session demeure compétent jusqu'à la date à laquelle est nommé le jury de la session suivante. / Les stagiaires bénéficiant d'une prolongation de stage et qui n'ont pas pu être évalués à cette date le sont par le nouveau jury compétent. ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'arrêté du recteur de l'académie de Versailles du 27 octobre 2017 fixant la composition du jury académique d'évaluation des professeurs des écoles, que celui-ci était régulièrement composé, pour la session 2017-2018, de huit membres. D'autre part, il ressort de la répartition des commissions que la requérante a été évaluée, le 20 juin 2018, par une sous-commission du jury académique qui était composée du directeur académique des services de l'éducation nationale de l'Essonne, président et de deux inspecteurs de l'éducation nationale, le président du jury, signataire de l'avis étant par ailleurs bien compétent pour ce faire. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le jury académique n'aurait pas été régulièrement convoqué. Par suite, les moyens tirés de la convocation et de la composition irrégulières du jury et de l'incompétence du signataire de l'avis manquent en fait et doivent être écartés.

8. Si les annulations des décisions du recteur du 8 février 2016 et du 10 mai 2016, prononcées par le jugement du tribunal administratif de Versailles du 13 novembre 2017, impliquaient l'obligation pour l'administration de statuer à nouveau sur la validation de la seconde année de stage effectuée par la requérante de janvier 2015 à février 2016, la seule circonstance qu'elle n'ait été convoquée, compte tenu des délais inhérents à la constitution, à la convocation et à la réunion d'un nouveau jury, qu'en juin 2018, soit plus de sept mois après le jugement, est en elle-même sans incidence sur la légalité de la délibération du jury. Par suite, Mme C ne saurait utilement soutenir qu'elle a été irrégulièrement convoquée par un nouveau jury plus de sept mois après le jugement du 13 novembre 2017.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 22 août 2014 visé ci-dessus : " Le jury se prononce sur le fondement du référentiel de compétences prévu par l'arrêté du 1er juillet 2013 susvisé, après avoir pris connaissance des avis suivants : I. - Pour les stagiaires qui effectuent leur stage dans les établissements publics d'enseignement du second degré :1° L'avis d'un membre des corps d'inspection de la discipline désigné par le recteur, établi sur la base d'une grille d'évaluation et après consultation du rapport du tuteur désigné par le recteur, pour accompagner le fonctionnaire stagiaire pendant sa période de mise en situation professionnelle. L'avis peut également résulter, notamment à la demande du chef d'établissement, d'une inspection ;() ".

10. Pour contester le caractère irrégulier de la procédure d'évaluation de sa deuxième année de stage, Mme C fait valoir, d'une part, que le rapport de sa tutrice du 2 mai 2018, qu'elle n'a jamais revu, était incomplet, que celui du 4 mai 2018 émane d'une inspectrice de l'éducation nationale qui ne l'a jamais visitée ni inspectée et que l'avis du tuteur universitaire n'a pas été pris en compte, d'autre part, qu'elle ne pouvait être évaluée alors qu'elle n'avait géré aucune classe depuis plus de deux ans et ne faisait plus partie de l'effectif des élèves stagiaires et enfin que son évaluation a été réalisée d'après une grille reprenant les référentiels de 2013/2014 alors qu'elle aurait dû l'être sur la base de celui en vigueur en 2018, conformément aux dispositions du Bulletin officiel n° 13 du 26 mars 2015 concernant les modalités d'évaluation du stage et de titularisation des personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement public.

11. Toutefois, eu égard au seul motif de forme retenu par le tribunal dans son jugement du 13 novembre 2017 pour annuler les décisions du recteur du 8 février 2016 et du 10 mai 2016, il n'appartenait pas à l'administration de réintégrer Mme C en tant que professeur des écoles stagiaire, ni, à plus forte raison, de la titulariser dans ce corps préalablement à la saisine du jury académique chargé d'apprécier, une nouvelle fois, ses mérites, mais seulement de statuer à nouveau sur la validation de la seconde année de stage effectuée par l'intéressée de janvier 2015 à février 2016. Par ailleurs, et ainsi que l'a relevé le tribunal, les dispositions précitées n'impliquaient pas que Mme C rencontre, à nouveau, Mme D, sa seconde tutrice qu'elle avait déjà rencontrée à deux reprises au cours du second semestre de sa seconde année de stage accompli au sein de l'école Jean-Baptiste Corot à Igny, ni l'inspectrice de l'éducation nationale ayant rédigé le rapport du 4 mai 2018, l'article 5 de l'arrêté du 22 août 2014 disposant seulement qu'elle devait rédiger son avis après consultation du rapport du tuteur de l'intéressée, et pas nécessairement sur la base d'une inspection qu'elle aurait elle-même réalisée. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'avis du jury académique a été émis sur la base du rapport de l'inspectrice de l'éducation nationale du 4 mai 2018 qui indique que celle-ci a pris connaissance de l'ensemble du dossier de l'intéressée, c'est-à-dire non seulement du rapport conclusif de sa seconde tutrice, mais également des appréciations émises par sa tutrice universitaire, Mme A, qui ont bien été prises en compte, contrairement à ce qu'elle soutient. A supposer même que la circonstance que le rapport conclusif du 2 mai 2018 dans sa version transmise à Mme C ne comportait que deux pages numérotées de 1 à 3 ne résulterait pas d'une simple erreur de numérotation, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'avis de l'inspectrice de l'éducation nationale du 4 mai 2018 aurait été établi sur la base d'un rapport incomplet. Enfin, conformément aux dispositions précitées de l'article 5 de l'arrêté du 22 août 2014, le jury s'est bien prononcé sur le fondement du référentiel de compétences prévu par l'arrêté du 1er juillet 2013 relatif au référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation, lequel est expressément visé dans l'avis de l'inspectrice de l'éducation nationale du 4 mai 2018.

12. Il s'ensuit que Mme C n'est pas fondée à contester la régularité de la procédure d'évaluation dont elle a fait l'objet.

13. En quatrième lieu, la nomination dans un corps en tant que fonctionnaire stagiaire confère à son bénéficiaire le droit d'accomplir son stage, dans la limite de la durée maximale prévue par les règlements qui lui sont applicables, et dans des conditions lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve des capacités pour les fonctions auxquelles il est destiné.

14. Si Mme C soutient qu'elle n'a pas bénéficié de conditions d'exercice favorable durant son stage dès lors qu'elle a systématiquement été affectée dans des classes délicates, elle ne saurait utilement se prévaloir sur ce point de la méconnaissance par l'administration de la circulaire du dispositif d'accueil, d'accompagnement et de formations des enseignants stagiaires, publiée au Bulletin Officiel n°20 du 19 mai 2011, puis de la circulaire n°2012-104 du 3 juillet 2012, à compter du 1er septembre 2012, qui l'a abrogée, lesquelles n'ont pas, en méconnaissance de l'article R. 312-8 du code des relations entre le public et l'administration, été publiées sur le site relevant du Premier ministre mentionné à cet article. Ses affectations successives en CM2 la première année de stage puis CM2 et grande section de maternelle la seconde, ne sont pas, à elles seules, de nature à caractériser un manque de cohérence de la part de l'administration dans l'organisation de son stage, ni de nature à être regardées comme ayant affecté les conditions de son évaluation par le jury dès lors que Mme C a pu bénéficier de plusieurs périodes de stage, dans trois établissements différents. Il ressort en outre du rapport d'inspection du 3 décembre 2015 que l'école maternelle de centre-ville dans laquelle elle a été affectée n'était pas particulièrement difficile et que la requérante n'apporte, par ailleurs, aucun élément permettant d'établir en quoi la classe de CM2 qui lui a été confiée était " délicate ", la présence de deux élèves turbulents dans la classe de CM2 de Breuillet ne revêtant, à cet égard, aucun caractère exceptionnel, même pour une stagiaire. Ainsi, aucun élément du dossier ne permet de considérer que Mme C aurait été confrontée à des difficultés pédagogiques outrepassant celles auxquelles un stagiaire doit normalement faire face et qui auraient justifié un accompagnement spécifique en plus du tutorat et des visites d'inspection et de conseil dont elle a bénéficié. Enfin, la circonstance que le rapport intermédiaire établi en octobre 2015 de sa seconde tutrice académique, Mme D, comportait des appréciations encourageantes et que ceux des 12 décembre 2015 et 2 mai 2018 rendaient compte de manière beaucoup plus négative de la façon de servir de l'intéressée, ne suffit pas à établir que celle-ci aurait fait preuve d'impartialité dans la mesure où les mêmes réserves et axes de progrès étaient contenus dans le rapport de visite du 4 juin 2015 de sa tutrice universitaire, Mme A, faisant état de la nécessité de mettre en adéquation l'activité avec la compétence visée, de se demander ce que vont apprendre les élèves, de veiller davantage à la différenciation et pointant un " effort de construction des apprentissages important à poursuivre ". Dans ces conditions, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que Mme C aurait accompli sa seconde année de stage dans des conditions qui ne lui auraient pas permis d'acquérir une expérience professionnelle, ni de faire la preuve de ses aptitudes et capacités.

15. En cinquième lieu, un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. Le jury académique se prononce à l'issue d'une période de formation et de stage. S'agissant non d'un concours ou d'un examen mais d'une procédure tendant à l'appréciation de la manière de servir qui doit être faite en fin de stage, cette appréciation peut être censurée par le juge de l'excès de pouvoir en cas d'erreur manifeste.

16. En l'espèce, Mme C soutient que la délibération du jury est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses compétences professionnelles dès lors que la grande majorité de son dossier comportait des appréciations positives. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment du rapport d'inspection du 3 décembre 2015, ainsi que de l'avis du l'inspecteur de l'éducation nationale du 7 décembre suivant, lesquels sont confirmés par le rapport conclusif de sa tutrice du 2 mai 2018 et l'avis de l'inspecteur de l'éducation nationale du 4 mai 2018 au vu desquels le jury a émis un avis défavorable à la titularisation de Mme C, que l'intéressée a, au cours de sa seconde année de stage, éprouvé des difficultés dans la conception de son enseignement en ne parvenant pas à maîtriser les savoirs disciplinaires et leur didactique pour donner du sens aux apprentissages et permettre aux élèves d'acquérir les connaissances et compétences du programme tels que, en maternelle, le langage oral, la langue écrite ou la structuration du temps et de l'espace. L'intéressée a également rencontré des difficultés à gérer sa classe et à s'imposer face aux élèves et n'a pas réussi à mettre en pratique les conseils prodigués en dépit d'une volonté de bien faire. Dans ces conditions, eu égard à l'insuffisance de ses aptitudes pédagogiques constatées à l'issue de ses deux années de stage et alors même que figuraient au dossier de l'intéressée quelques appréciations positives sur certains aspects de son travail ou de sa personnalité, le jury académique n'a pas fait une appréciation manifestement erronée des compétences professionnelles de Mme C en estimant qu'elle n'était pas apte à être titularisée.

17. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le jury académique aurait décidé de ne pas proposer la titularisation de Mme C en se fondant sur des considérations étrangères à sa valeur professionnelle. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un détournement de pouvoir doit être écarté. Mme C ne saurait davantage se prévaloir d'une rupture d'égalité dans la mesure où, ainsi qu'il a été dit précédemment, le jury académique a, en exécution du jugement du 13 novembre 2017 et au vu de l'ensemble de son dossier, été chargé d'apprécier une nouvelle fois ses mérites en statuant sur la validation de sa seconde année de stage et que sa tutrice ne saurait être regardée comme ayant fait preuve de partialité.

18. C'est par suite à bon droit que le jury académique a, par sa délibération du 5 juillet 2018, refusé d'inscrire Mme C, qui effectuait une seconde année de stage, sur la liste des stagiaires déclarés aptes à être titularisés. Dans ces conditions, et ainsi qu'il résulte de la combinaison des dispositions des articles 10, 12 et 13 du décret du 1er août 1990, ainsi que de l'article 5 de l'arrêté du 22 août 2014 , visés ci-dessus, le recteur de l'académie de Versailles, à qui il n'appartenait pas de porter une appréciation complémentaire à celle du jury académique sur les mérites de l'intéressée, était tenu tant de refuser sa titularisation, que de prononcer son licenciement. Le recteur se trouvant ainsi en situation de compétence liée, les moyens tirés d'un défaut de motivation, d'incompétence, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, soulevés à l'encontre de ces deux décisions sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

Sur les conclusions indemnitaires :

19. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les décisions du recteur de l'académie de Versailles en date des 9 et 17 juillet 2018 refusant la titularisation de Mme C et prononçant son licenciement, ne sont entachées d'aucune illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'État.

20. Par ailleurs, compte tenu des délais inhérents à la constitution, à la convocation et à la réunion d'un nouveau jury académique, il ne ressort pas des pièces du dossier que le délai mis par l'administration pour exécuter le jugement susmentionné du 13 novembre 2017 présente un caractère excessif ni, en toute hypothèse, qu'il existerait un lien direct et certain entre ce délai et les préjudices dont la requérante demande l'indemnisation. Enfin, Mme C ne saurait se prévaloir de la perte de chance d'être titularisée dès lors que la nomination dans un corps en qualité de fonctionnaire stagiaire ne confère à son bénéficiaire aucun droit à être titularisé.

21. Par suite, les conclusions de la requérante tendant à la condamnation de l'État à réparer les préjudices financier et moral qu'elle prétend avoir subis du fait des fautes commises par l'administration ne peuvent qu'être être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

22. Le présent arrêt, qui rejette les conclusions principales de Mme C, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'appelante doivent être rejetées.

23. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Par voie de conséquences ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, de mêmes que celles tendant au remboursement de dépens non exposés dans la présente instance.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles.

Délibéré après l'audience du 11 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,

Mme Danielian, présidente-assesseure,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2023.

I. La rapporteure,

I. DanielianLa présidente,

L. Besson-LedeyLa présidente,

II. I. DanielianLa greffière,

A. Audrain Foulon

La greffière,

A. Audrain FoulonLa République mande et ordonne ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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