vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE00290 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL DELPEYROUX ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société à responsabilité limitée (SARL) New Asiatique a demandé au tribunal administratif de Versailles de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos au 31 décembre 2015 et 2016, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui lui ont été réclamés au titre de la période du 28 mai 2014 au 31 décembre 2016, et des pénalités correspondantes.
Par un jugement n° 1905962 du 1er décembre 2020, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er février 2021 et le 2 décembre 2021, la SARL New Asiatique, représentée par Me Henry-Stasse, avocate, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement attaqué ;
2°) de prononcer la décharge des impositions contestées ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- c'est à tort que sa comptabilité a été écartée comme non probante ;
- la méthode de reconstitution suivie par l'administration est viciée dès lors qu'elle est basée sur un sondage qui n'est pas représentatif de son activité ; selon la méthode alternative qu'elle propose, les rectifications ne sont pas justifiées ou doivent à tout le moins être minorées ;
- les pénalités pour manquement délibéré ne sont pas justifiées.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 août 2021, et un mémoire du 7 décembre 2021 s'en rapportant au précédent qui n'a pas été communiqué, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête de SARL New Asiatique.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 6 septembre 2022, l'instruction a été close au 6 octobre 2022, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Bobko, rapporteure publique,
- et les observations de Me Devillières, substituant Me Henry-Stasse, pour la SARL New Asiatique.
Une note en délibéré a été enregistrée le 6 décembre 2022 pour la SARL New Asiatique.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) New Asiatique, qui exploite depuis le 28 mai 2014 une épicerie à Montigny-le-Bretonneux (78) sous l'enseigne " Les cinq continents ", a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 28 mai 2014 au 31 décembre 2016, à l'issue de laquelle lui ont été notifiés des rehaussements d'imposition en matière d'impôt sur les sociétés, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et des pénalités, sur les deux exercices vérifiés. Elle relève appel du jugement du 1er décembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande de décharge de ces impositions et majorations.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne le rejet de la comptabilité
2. Aux termes de l'article 54 du code général des impôts, rendu applicable en matière d'impôt sur les sociétés par l'article 209 du même code : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration () ".
3. Pour écarter la comptabilité comme dépourvue de valeur probante, le service vérificateur a relevé que les seuls justificatifs des ventes produits étaient les bandes de caisse enregistreuse journalières, dites "tickets Z", et mensuelles, émises par l'une des deux caisses enregistreuses utilisées par la société, que la caisse de marque Casio n'émettait qu'un ticket remis au client et des tickets Z désignant les articles vendus par catégorie de produits (" épicerie ", " boissons " " surgelés " " alcools " " fruits " " légumes " " riz "), par quantité et par mode de paiement, que ces tickets ne comportaient pas de numéro unique basé sur une séquence chronologique et continue, et que ces relevés ne rapportaient pas la preuve de leur exhaustivité et ne permettent pas de rapprocher les ventes des achats et des stocks. Il a également constaté que la société n'avait pas produit de fiches de caisse, de bandes de contrôle, ni de double des tickets remis aux clients, et que la caisse de marque Sharp utilisée seulement le samedi émettait des tickets Z comportant seulement la ventilation par mode de paiement, sans indication sur les produits vendus. Dans ces conditions, en l'absence de toute autre pièce justificative permettant de vérifier la concordance des ventes avec les achats comptabilisés et de justifier du détail des recettes réalisées au titre de la période vérifiée, l'administration pouvait estimer que la comptabilité de la société New Asiatique était entachée de graves irrégularités et, par suite, dépourvue de valeur probante,
En ce qui concerne la reconstitution du chiffre d'affaires :
4. Les impositions supplémentaires en litige ont été établies selon la procédure de rectification contradictoire et ont été contestées par la contribuable. Par suite, en l'absence de saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, l'administration supporte la charge de la preuve du bien-fondé des impositions contestées.
5. En premier lieu, pour reconstituer le chiffre d'affaires de la société au cours des deux années vérifiées, le service vérificateur a procédé à cinq sondages sur place, à différents jours d'ouverture du magasin et sur différentes plages horaires de deux à trois heures, destinés à déterminer un pourcentage moyen de paiements en espèces. Si la SARL New Asiatique soutient que ce sondage n'est pas significatif dès lors qu'il porte seulement sur onze heures et quarante minutes d'activité et un chiffre d'affaires de 4 513,57 euros TTC à comparer aux cinquante-et-une heures trente d'amplitude horaire hebdomadaire d'ouverture du magasin et aux chiffres d'affaires déclarés de 1 022 078 euros pour l'exercice clos en 2015 et 693 810 euros pour l'exercice clos en 2016, le propre des vérifications par sondage est de porter sur un échantillon qui, en l'espèce, est représentatif de l'activité de la société dès lors qu'il porte sur plusieurs jours de la semaine et sur des plages horaires réparties dans la journée couvrant la quasi-totalité de l'amplitude horaire d'ouverture de l'établissement. La société requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que la reconstitution serait excessivement sommaire au motif que le sondage ne comporte pas de relevé sur une journée entière, ni de relevé sur les lundi et samedi, et que deux relevés porte sur la même plage horaire, dès lors notamment qu'il n'est nullement établi que le nombre de clients payant par carte bancaire serait plus important le lundi ou le samedi. Dans ces conditions, la méthode de reconstitution mise en œuvre par l'administration n'apparaît ni radicalement viciée, ni excessivement sommaire.
6. En second lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la méthode alternative de reconstitution des recettes proposée par la société requérante, basée sur les tickets Z des mois de janvier et février 2018, période au cours de laquelle le vérificateur a procédé au sondage et où la société disposait d'une nouvelle caisse, aboutirait à un résultat plus fiable que celle mise en œuvre par l'administration, dès lors qu'elle repose sur des tickets Z dont il n'est pas démontré qu'ils ont enregistré la totalité des opérations réalisées au cours des mois considérés. A cet égard, le ministre fait notamment remarquer, par exemple, que pour la journée du 24 janvier 2018, les tickets Z n'enregistrent que 105 paiements en espèces sur une plage horaire de neuf heures trente, alors que le vérificateur en a constaté 30 en deux heures. De même, les tickets Z des journées du 2 février et du 21 février 2018 n'enregistrent que 125 et 128 paiements en espèces, alors que le vérificateur en a constaté 46 en l'espace de deux heures et demie le 2 février et 60 en trois heures le 21 février. La requérante n'est par suite pas fondée à soutenir, sur la base des seuls tickets Z des mois de janvier et février 2018, que le ratio moyen des paiements en espèces des mois de janvier et février 2018 s'établit à 10,8 % sur les deux mois, inférieur à celui constaté en comptabilité au titre de 2015 et légèrement supérieur à celui déclaré au titre de 2016, de sorte que la rectification n'est pas justifiée, ni à demander la réduction du chiffre d'affaire reconstitué sur la base du ratio constaté sur les trois journées des 24 janvier, 2 février et 21 février 2018.
Sur les pénalités :
7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la SARL New Asiatique n'est pas fondée à demander la décharge de la pénalité pour manquement délibéré par voie de conséquence de la décharge des impositions supplémentaires contestées.
9. En second lieu, il résulte de l'instruction que, pour appliquer la majoration de 40 % prévue à l'article 1729 du code général des impôts, l'administration fiscale s'est fondée, d'une part, sur le fait que la comptabilité de la société requérante était entachée de graves irrégularités de nature à faire échec au contrôle des recettes, et d'autre part sur l'importance de la sous-estimation des recettes déclarées sur les deux exercices vérifiés. L'administration fiscale doit ainsi être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de l'insuffisance des déclarations de la société, ainsi que de son intention d'éluder l'impôt.
10. Il résulte de ce qui précède que la SARL New Asiatique n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Sa requête doit par suite être rejetée, y compris ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la SARL New Asiatique est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la SARL New Asiatique et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Beaujard, président de chambre,
Mme Dorion, présidente assesseure,
Mme Pham, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 décembre 2022.
La rapporteure,
O. A Le président,
P. BEAUJARDLa greffière,
A. GAUTHIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026