jeudi 2 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE00442 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | PAEZ |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2020 par lequel le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Par un jugement n° 2006873 du 13 janvier 2021, le magistrat désigné par le président par intérim du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 17 février et 16 avril 2021, M. B, représenté par Me Paëz, avocat, demande à la cour :
1° d'annuler ce jugement ;
2° d'annuler cet arrêté ;
3° de mettre à la charge de l'État la somme de 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement :
- le premier juge a inexactement apprécié sa vie privée et familiale sur le territoire ;
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne la légalité externe de l'arrêté :
- il est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte, dès lors qu'il n'est pas démontré que le bénéficiaire de la délégation de signature aurait été absent ou empêché ;
- il est entaché d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la légalité interne de l'arrêté :
- il méconnait les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est illégal en ce qu'il aurait pour conséquence de le renvoyer dans un pays qui n'est pas sûr, où il serait exposé à des traitements dégradants ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la durée de l'interdiction de retour méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1-III quant à la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du tribunal judiciaire de Versailles en date du 30 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. C B, ressortissant malien né le 4 septembre 1990 à Bendougou, a déclaré être entré en France le 30 mars 2011, a été interpellé à la suite d'un contrôle d'identité. Par arrêté du 15 octobre 2020, le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. B relève appel du jugement du 13 janvier 2021 par lequel le magistrat désigné par le président par intérim du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement :
3. M. B soutient que le premier juge aurait inexactement apprécié sa vie privée et familiale sur le territoire français. Toutefois, ce moyen se rattache au bien-fondé du jugement. Il est donc sans incidence sur sa régularité et doit être écarté.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne la légalité externe de l'arrêté :
4. En premier lieu, M. B reprend en appel le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte. Toutefois, il est constant que cet arrêté a été signé par M. D A, attaché d'administration, chef du pôle étrangers au sein de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-de-Marne, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 2020/354 du 4 février 2020, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, afin de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice adjointe des migrations et de l'intégration, les décisions portant notamment obligation de quitter le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice adjointe des migrations et de l'intégration n'était pas absente ou empêchée le jour de la signature. Par suite, ce moyen doit être écarté.
5. En second lieu, l'arrêté mentionne les éléments de fait et de droit sur lesquels il se fonde. D'une part, la décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne les dispositions du 1° du I et le d) du 3° du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique, notamment, que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire et qu'il n'existait aucun obstacle à ce que soit prononcé une telle mesure à son encontre. D'autre part, concernant la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet vise le III de l'article précité et rappelle que M. B s'est soustrait à une première obligation de quitter le territoire français, caractérisant un risque qu'il n'exécute pas cette nouvelle mesure d'éloignement et qu'il ne justifie pas de circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de territoire. Enfin, le préfet n'est pas tenu d'apporter des motivations distinctes sur le principe et la durée de l'interdiction. Il en résulte que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle, alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments de fait relatifs à la situation familiale et professionnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne la légalité interne de l'arrêté :
6. En premier lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 313-14 du code précité à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas par elle-même procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre. Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions.
7. En deuxième lieu, comme l'a relevé à juste titre le premier juge, M. B ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012 dès lors que celle-ci ne contient que de simples orientations générales et n'est pas opposable à l'administration en application des dispositions des articles L. 312-2 et L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte que le moyen tiré de l'erreur commise par le préfet en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour, au regard des critères d'appréciation fixés par la circulaire précitée, est inopérant et doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. En l'espèce, M. B reprend en appel, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, eu égard à l'ancienneté de son séjour et à son intégration professionnelle en France, à l'intensité de sa vie familiale sur le territoire national, alors qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. A l'appui de ces allégations, il produit, notamment, des attestations de remise de chèques, des factures d'achats et des cartes d'admission à l'aide médicale d'Etat pour les années 2012, 2013, 2014 et 2015 ainsi que, pour la première fois en appel, des documents d'identité de ressortissants français ainsi que des titres de séjour d'autres personnes, qu'il désigne comme des membres de sa famille résidant en France. De plus, il produit un bordereau de communication de pièces pour une procédure antérieure devant le tribunal administratif de Versailles. Toutefois, les pièces qu'il produit à l'appui de ses allégations sont insuffisamment probantes pour démontrer la continuité de son séjour depuis 2011 et la réalité, ainsi que l'ancienneté de son intégration professionnelle. En ce qui concerne sa vie familiale, M. B est célibataire et hormis pour son père, il ne fournit aucun élément de nature à établir des liens de parenté avec ceux qu'il désigne comme les membres de sa famille, ni de pièces établissant l'intensité de ses liens avec eux. Enfin, M. B, qui n'allègue que de la présence de la branche paternelle de sa famille en France, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Il en résulte que c'est à bon droit que le premier juge a estimé que le préfet, en prononçant une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. B, n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit donc être écarté. Il en va de même, en ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
10. En quatrième lieu, M. B soutient que l'arrêté aurait pour conséquence de provoquer son retour dans la région de Kayes au Mali, qui est, selon lui, une région non-sûre et qui, en raison de difficultés d'accès à l'eau et aux soins et de cas d'esclavage, l'exposerait à des risques pour sa santé et à des traitements dégradants. Dès lors, il doit être regardé comme invoquant, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination contenue dans cet arrêté, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il ne produit pas d'éléments suffisamment nombreux et concordants de nature à établir avec certitude, qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait exposé de manière réelle, personnelle et actuelle à des risques pour sa dignité, sa vie ou son intégrité physique. Ce moyen doit alors être écarté.
11. En cinquième et dernier lieu, M. B soutient que le préfet a commis une erreur d'appréciation de sa situation personnelle en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Toutefois, au regard de ce qui a été dit aux point 9. et 10. de la présente ordonnance, et du fait qu'il ne conteste pas s'être soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, le préfet n'a pas méconnu les dispositions du III de l'article L. 511-1 en assortissant l'obligation de quitter le territoire français d'une telle interdiction de retour. Ce moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet du Val-de-Marne.
Fait à Versailles, le 2 juin 2022.
Le Conseiller d'État,
Président de la cour administrative d'appel de Versailles
T. OLSON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
3
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026