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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE00472

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE00472

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE00472
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP FEDARC AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler les décisions de la directrice académique des services de l'éducation nationale du Val-d'Oise du 12 février 2015 et du 4 octobre 2016, d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa situation à la suite de l'accident de travail dont elle a été victime le 11 février 2004, d'enjoindre à l'Etat de lui délivrer un historique des congés ainsi qu'un récapitulatif financier rectifié, dans le délai d'un mois à compter du réexamen de sa situation, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 387,20 euros au titre des dépens, ainsi qu'une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance n° 1709532 du 17 décembre 2020 la présidente de la 3e chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande sur le fondement du 4° alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et mis à la charge définitive de la rectrice de l'académie de Versailles les frais de l'expertise liquidés et taxés à la somme de 1 387,20 euros.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 16 février 2021, Mme A, représentée par Me Azoulay, demande à la cour :

1°) d'infirmer cette ordonnance ;

2°) d'annuler les décisions de la directrice académique des services de l'éducation nationale du Val-d'Oise du 12 février 2015 et du 6 octobre 2016 ;

3°) d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa situation à la suite de l'accident de travail du 11 février 2004 ;

4°) d'enjoindre à l'Etat de lui délivrer un historique des congés ainsi qu'un récapitulatif financier rectifié, dans le délai d'un mois à compter du réexamen de sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 387,20 au titre des dépens ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa demande soumise au tribunal administratif était recevable ;

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision du 12 février 2015 ;

- la décision du 12 février 2015 est entachée d'un vice de procédure, faute de saisine préalable de la commission de réforme ;

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation en droit ;

- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au ministre de l'éducation nationale le 7 mai 2021 ainsi qu'au recteur de l'académie de Versailles le 1er juin 2021.

Une mise en demeure de produire des conclusions a été adressée au recteur de l'académie de Versailles, sur le fondement de l'article R.612-6 du code de justice administrative, par un courrier du 15 septembre 2022, à la suite de laquelle aucun mémoire en défense n'a été produit.

Par une ordonnance du 1er décembre 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 20 décembre 2022, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Un mémoire, présenté pour le recteur de l'académie de Versailles, a été enregistré le 10 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cozic,

- les conclusions de M. Frémont, rapporteur public,

- et les observations de Me Romero, avocat, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, appartenant alors au corps des ouvriers d'entretien et d'accueil des établissements d'enseignement du ministère de l'éducation nationale, a été victime dans le cadre du service, le 11 février 2004, d'une chute dans les escaliers du lycée Jean Jaurès à Argenteuil. Cet accident, qui a été reconnu imputable au service, a causé à l'agent une entorse de la cheville et du genou, un arrachement osseux d'un orteil gauche, une lésion du ménisque interne, une lésion du ligament interne et du ligament croisé. Entre 2004 et 2013, Mme A a été victime de plusieurs rechutes, dont celle du 17 mars 2011 qui a été reconnue en lien avec l'accident de service du 11 février 2004. Ceci ressort d'un premier rapport d'expertise médicale établi le 6 mars 2013 concluant à l'imputabilité à l'accident de service du 11 février 2004 de la rechute déclarée le 31 janvier 2013 et à l'absence de consolidation de cette rechute. Un deuxième rapport d'expertise a été établi le 28 juillet 2014, concluant à la consolidation de l'état de Mme A au 1er septembre 2014 et un taux d'incapacité partielle permanente (IPP) de 12%, dont 6% imputable à l'accident de service. Par une décision du 13 octobre 2014, la directrice académique des services de l'éducation nationale du Val-d'Oise, après s'être appropriée ces conclusions d'expertise, a accordé à l'intéressée le bénéfice d'un poste sédentaire, a fixé la date de consolidation de son état au 1er septembre 2014 et fixé le taux d'IPP à 12% dont 6% imputables à l'accident de service. A la demande de Mme A, une nouvelle expertise médicale a été conduite au terme de laquelle un nouveau rapport a été remis le 20 janvier 2015. A l'appui de celui-ci, la directrice académique des services de l'éducation nationale du Val-d'Oise a, par une décision du 12 février 2015, fixé au 13 octobre 2004 la date de consolidation de l'état de l'intéressée résultant de l'accident de service du 11 février 2004, avec séquelles et une incapacité partielle permanente de 3%. Mme A a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R.532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale en vue de décrire les séquelles et les préjudices subis à la suite de l'accident de service du 11 février 2004 et de déterminer la date de consolidation. Par une ordonnance du 30 novembre 2015, le juge des référés a fait droit à cette demande et a désigné un expert, qui a rendu son rapport le 18 janvier 2016, concluant à un état consolidé au 11 juillet 2013, avec un déficit fonctionnel permanent de 20% dont 10% imputable à l'accident de travail du 11 février 2004. Sur la base de ces conclusions, Mme A a, par un courrier du 3 août 2016 reçu le lendemain, demandé à la direction académique des services de l'éducation nationale du Val-d'Oise de " tirer toutes les conséquences de ce rapport d'expertise et revenir sur [la] décision prise en date du 12 février 2015 ". Cette demande a été implicitement rejetée le 4 octobre 2016 et Mme A a alors demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler la décision du 12 février 2015 ainsi que la décision implicite rejetant son recours administratif reçu le 4 août 2016. Par une ordonnance n° 1709532 du 17 décembre 2020, la présidente de la 3ème chambre du tribunal a rejeté cette demande pour irrecevabilité manifeste en raison de sa tardiveté sur le fondement des dispositions du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur la régularité de l'ordonnance attaquée :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction alors applicable : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. " Enfin, aux termes de l'article R. 532-1 du même code : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige du 12 février 2015, a été notifiée par lettre recommandée avec avis de réception à Mme A, qui l'a reçue le 21 février 2015. Cette décision comporte, sur son recto, la mention : " En ce qui concerne les voies de recours, voir les modalités au verso ". A la suite d'une mesure d'instruction diligentée par le tribunal administratif tendant à la communication par les parties du verso de la décision attaquée, l'administration a communiqué une fiche intitulée " voies de recours en matière d'accident du travail ", mentionnant le délai de deux mois à compter de la notification pour former soit un recours gracieux devant l'autorité qui a pris la décision en litige, soit un recours hiérarchique devant le ministre de l'éducation nationale, soit un recours contentieux devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Mme A n'a pas, ni en première instance ni en appel, communiqué le verso de l'acte qui lui a été notifié le 21 février 2015, en se bornant à indiquer que celui-ci ne comportait pas la mention des voies et délais de recours, et n'était accompagné d'aucune fiche en portant la mention. Il est en revanche constant que Mme A n'a engagé, à compter de la réception de la décision du 12 février 2015, aucune démarche auprès de l'administration en vue d'obtenir la partie de la décision qu'elle n'a indiqué être manquante, pour la première fois, qu'en réponse à la fin de non-recevoir opposée en défense par l'administration dans le cadre de la première instance. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A doit être regardée comme ayant bien reçu notification de la décision du 12 février 2015 avec mention des voies et délais de recours, le 21 février 2015. En conséquence, le délai de recours contentieux contre la décision du 12 février 2015 a expiré le 22 avril 2015.

4. Si Mme A fait valoir que, dans le délai de recours contentieux, elle a adressé au juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise une demande, enregistrée le 13 avril 2015, tendant à ordonner une expertise sur le fondement de l'article R.532-1 du code de justice administrative, ceci n'est pas de nature à interrompre le délai de recours contentieux dans lequel doivent être présentés, conformément à l'article R.421-1 du même code, les recours tendant à l'annulation pour excès de pouvoir d'une décision administrative.

5. Mme A a adressé à l'administration un courrier en date du 3 août 2016, qui a été reçu le 4 août suivant, par lequel, en particulier, elle a demandé de " tirer toutes les conséquences de ce rapport d'expertise et revenir sur [la] décision prise en date du 12 février 2015 ". Eu égard au contenu de ce courrier, la demande de Mme A doit être regardée comme constituant un recours gracieux dirigé contre la décision du 12 février 2015. Or, comme il a été dit aux points précédents, le délai de recours contentieux contre cette décision a expiré le 22 avril 2015, et n'a pu naître à nouveau du fait du recours gracieux formé au-delà de cette date. Par suite, la demande de Mme A, enregistrée par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 16 octobre 2017, tendant à l'annulation des décisions du 12 février 2015 et du 4 octobre 2016, était tardive et donc irrecevable. En conséquence, en rejetant cette demande pour irrecevabilité, du fait de sa tardiveté, la présidente de la 3ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n'a pas entaché d'irrégularité son ordonnance du 17 décembre 2020.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par l'ordonnance attaquée, la présidente de la 3e chambre du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que celles tendant au remboursement des dépens doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B A et au ministre de l'éducation nationale. Une copie sera adressée au recteur de l'académie de Versailles.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Even, président de chambre,

Mme Aventino, première conseillère,

M. Cozic, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.

Le rapporteur,

H. COZICLe président,

B. EVEN

La greffière,

I. SZYMANSKI

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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