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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE00672

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE00672

mardi 14 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE00672
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantPERDEREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2019 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 1914401 du 28 janvier 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 4 mars 2021, M. A, représenté par Me Perdereau, avocat, demande à la cour :

1° d'annuler ce jugement ;

2° d'annuler cet arrêté ;

3° d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4° de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement attaqué :

- les premiers juges ont dénaturé les pièces du dossier ;

- ils ont inexactement apprécié sa situation ;

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il est insuffisamment motivé ;

- il révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'erreurs de fait ;

- il est entaché d'une erreur commise par le préfet dans l'exercice de son pouvoir de régularisation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur la décision de refus de séjour qui est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans :

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- elle méconnaît le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B A, ressortissant malien né le 24 janvier 1992 à Kodie, qui a déclaré être entré en France au mois de juin 2014, a sollicité le 13 août 2019 son admission au séjour au titre des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 octobre 2019, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A relève appel du jugement du 28 janvier 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. M. A soutient que les premiers juges auraient dénaturé les pièces du dossier et inexactement apprécié sa situation. Toutefois, ces moyens se rattachent au bien-fondé du jugement. Ils sont donc sans incidence sur sa régularité et doivent être écartés.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne le refus de séjour :

4. En premier lieu, la décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent. Ainsi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le préfet n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. A, elle est suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté qu'avant de le prendre, le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la demande de l'intéressé.

6. En troisième lieu, d'une part, à supposer même que le préfet ait commis une erreur de fait en considérant que le marché de l'emploi des agents d'entretien n'est pas en tension, une telle erreur serait sans incidence sur la légalité de la décision en litige dont elle n'a pas déterminé le sens, puisque le préfet s'est également fondé sur l'insuffisance de la qualification, de l'expérience et de l'ancienneté de M. A dans son emploi.

7. D'autre part, il ressort des termes de la décision en litige que le préfet des Hauts-de-Seine a entendu exercer son pouvoir discrétionnaire de régularisation après avoir considéré que la demande de titre de séjour dont le requérant l'avait saisi ne pouvait être accueillie sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En exerçant ce pouvoir, le préfet a opposé à l'intéressé la circonstance qu'il aurait été embauché après avoir fallacieusement prétendu être de nationalité italienne, constat que le requérant conteste comme constituant une erreur de fait. Le préfet a déduit de cette prétention que l'intéressé ne pouvait se prévaloir de l'ancienneté dans son emploi, déduction que le requérant conteste également comme constituant une erreur dans l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation. Toujours dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le préfet s'est également fondé, après avoir examiné la situation administrative et personnelle de M. A, sur le niveau de salaire insuffisant de ce dernier. A supposer même constituée l'erreur de fait invoquée, elle serait sans incidence sur la légalité de la décision en litige dont elle n'a pas déterminé le sens, dès lors que la déduction que le préfet en a faite ne constituait pas, en tout état de cause, un motif exclusif du refus du préfet de régulariser le requérant et n'était donc pas elle-même de nature, en tout état de cause, à entacher d'illégalité la décision. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait qu'aurait commise le préfet doit être écarté en ses deux branches. Le moyen tiré de l'erreur qu'aurait commise le préfet dans l'exercice de son pouvoir de régularisation doit également être écarté.

8. En dernier lieu, le requérant se prévaut de l'ancienneté de sa résidence habituelle en France où il serait entré en 2014 et de la qualité de son intégration professionnelle. Toutefois, M. A est célibataire et sans charge de famille en France où il ne justifie pas de liens personnels ou d'une intégration sociale particuliers alors qu'il n'allègue pas être dépourvu d'attaches au Mali. De plus, son embauche en tant qu'agent d'entretien en 2018, encore récente à la date de la décision litigieuse, ne permet pas par elle-même de caractériser la qualité particulière de l'intégration professionnelle dont il se prévaut. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il ressort de ce qui vient d'être dit que M. A n'établit pas que le refus de séjour serait entaché d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour.

10. En second lieu, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 de la présente ordonnance.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il ressort de ce qui vient d'être dit que M. A n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / () La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

13. Il résulte des termes mêmes des dispositions précitées du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

14. En l'espèce, l'interdiction de retour en litige mentionne la présence en France de l'intéressé depuis cinq ans, la circonstance qu'il est célibataire et sans enfant tandis que sa mère réside au Mali, et le fait qu'il ait fallacieusement prétendu être titulaire de la nationalité italienne afin d'être embauché. Dès lors que l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que le préfet a estimé que la présence de M. A ne constituait pas une menace à l'ordre public, il n'était pas tenu de le préciser expressément dans l'arrêté en litige. Cette décision atteste ainsi la prise en compte par le préfet de l'ensemble des critères prévus par la loi. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les dispositions précitées du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. En troisième lieu, à supposer même constituée l'erreur de fait qu'aurait commise le préfet en opposant à l'intéressé la circonstance qu'il aurait été embauché après avoir fallacieusement prétendu être de nationalité italienne, cette erreur serait sans incidence sur la légalité de la décision en litige dont elle n'a pas déterminé le sens, dès lors que pour la prendre, le préfet s'est également fondé sur les autres éléments mentionnés au point précédent de la présente ordonnance. Le moyen doit être écarté.

16. En dernier lieu, compte-tenu de la durée du séjour en France du requérant et de la faiblesse relative de ses liens avec ce pays, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant la décision d'interdiction de retour sur le territoire français contestée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 14 juin 2022.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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