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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE00830

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE00830

mardi 12 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE00830
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2020 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2002331 du 16 février 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 23 mars 2021, M. A, représenté par Me Berdugo, avocat, demande à la cour :

1° de sursoir à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle auprès du tribunal judiciaire de Versailles ;

2° d'annuler ce jugement ;

3° d'annuler cet arrêté ;

4° d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5° de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement est insuffisamment motivé ;

- les premiers juges n'ont pas versé au débat ni tenu compte des pièces produites postérieurement à la clôture de l'instruction alors qu'elles étaient déterminantes pour la solution du litige ;

- les premiers juges ont dénaturé les pièces du dossier ;

- les premiers juges ont écarté à tort le moyen tiré de l'erreur de fait commise par le préfet ;

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il est entaché d'insuffisance de motivation ;

- il révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnaît les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entaché d'une erreur d'appréciation du caractère réel et sérieux de ses études ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 29 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B A, ressortissant algérien né le 20 juin 1995 à Bejaia, est entré en France le 21 août 2017 sous couvert d'un visa étudiant. Il a été muni de titres de séjours portant la mention " étudiant ", dont le dernier expirait le 18 décembre 2019. Le 3 décembre 2019, il en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 16 janvier 2020, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A relève appel du jugement du 16 février 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande de sursis à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle :

3. Par une décision du 29 octobre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande du requérant tendant à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la régularité du jugement :

4. En premier lieu, le tribunal a pris en considération l'ensemble des éléments soumis à son appréciation et a répondu par un jugement qui est suffisamment motivé à l'ensemble des moyens soulevés dans la demande, en particulier à celui tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement serait insuffisamment motivé doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 613-3 du code de justice administrative : " Les mémoires produits après la clôture de l'instruction ne donnent pas lieu à communication et ne sont pas examinés par la juridiction ". Toutefois lorsqu'il est saisi, postérieurement à la clôture de l'instruction, d'un mémoire émanant d'une des parties à l'instance, il appartient dans tous les cas au juge administratif d'en prendre connaissance pour déterminer s'il y a lieu de rouvrir l'instruction afin de le soumettre au débat contradictoire et d'en tenir compte dans le jugement de l'affaire. S'il a toujours la faculté, dans l'intérêt d'une bonne justice, de rouvrir l'instruction et de soumettre au débat contradictoire les éléments contenus dans ce mémoire, il n'est tenu de le faire à peine d'irrégularité de sa décision que si le mémoire contient soit l'exposé d'une circonstance de fait dont la partie qui l'invoque n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction et que le juge ne pourrait ignorer sans fonder sa décision sur des faits matériellement inexacts, soit d'une circonstance de droit nouvelle ou que le juge devrait relever d'office.

6. Il ressort des termes du jugement attaqué que celui-ci vise expressément mais n'analyse pas le mémoire enregistré pour le compte de M. A le 14 janvier 2021, postérieurement à la clôture d'instruction intervenue le 23 juin 2020. Si le requérant reproche aux premiers juges de ne pas avoir tenu compte ni versé aux débats les pièces jointes à ce mémoire, qu'il qualifie de déterminantes pour l'issue du litige, il ressort toutefois de l'examen de ces pièces, qui consistent en des attestations délivrées par des professeurs et en un certificat d'inscription universitaire postérieur à la date de l'arrêté litigieux, qu'elles ne comportent pas l'exposé d'une circonstance de fait ou de droit répondant aux critères exposés au point 5 de la présente ordonnance. Par suite, en s'abstenant de prendre en compte ces pièces et de les communiquer à la partie défenderesse, le tribunal n'a pas entaché d'irrégularité son jugement.

7. En dernier lieu, le requérant soutient que le tribunal aurait dénaturé les pièces du dossier en estimant qu'il ne justifiait pas du décès de son grand-père alors que la preuve en était versée au dossier, et qu'il aurait écarté à tort le moyen tiré de l'erreur de fait commise par le préfet puisque cette erreur aurait eu une incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux. Toutefois, en tout état de cause, ces moyens se rattachent au bien-fondé du jugement. Ils sont sans incidence sur sa régularité et doivent donc être écartés.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne le refus de séjour :

8. En premier lieu, la décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent. Ainsi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le préfet n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. A et en particulier les conditions dans lesquelles son titre de séjour en qualité d'étudiant a précédemment été renouvelé, elle est suffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté qu'avant de le prendre, le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la demande de l'intéressé.

10. En troisième lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourse ou autres ressources) reçoivent, sur présentation soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". Les ressortissants algériens titulaires d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant ", sous réserve de leur inscription dans un établissement ouvrant droit au régime de sécurité sociale des étudiants, peuvent être autorisés à travailler dans la limite d'un mi-temps annuel pour la branche ou la profession concernée. L'autorisation est délivrée sous forme d'autorisation provisoire de travail sur présentation d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail (). ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est inscrit au titre de l'année universitaire 2017/2018, en première année de licence " Science, Technologie et santé " mention " mathématique ". Il a échoué à ses examens. Il s'est à nouveau inscrit, au titre de l'année universitaire 2018/2019, en première année de licence " Science, Technologie et santé ", mais a changé de spécialité en choisissant cette fois la mention " informatique ". Il a réussi ses examens du premier semestre avec une moyenne de 11,47 sur 20 mais a échoué à ceux du second semestre. Il s'est inscrit une troisième fois, au titre de l'année universitaire 2019/2020, en première année de licence " Science, Technologie et santé ", afin de repasser ses examens du second semestre de l'année précédente. Si, comme il le soutient, le préfet a commis une erreur de fait en indiquant qu'il présentait pour la troisième fois, en 2019/2020, une inscription en première année de licence informatique, il ressort toutefois de ce qui vient d'être exposé qu'à la date de l'arrêté litigieux, le requérant était pour la troisième fois inscrit en première année de licence d'une même filière après un changement de spécialité et un redoublement et n'avait, depuis sa première inscription, réussi les examens que d'un seul semestre. Si les attestations de ses professeurs et de ses camarades de promotion font état de son assiduité et de son implication dans ses études, notamment au cours du second semestre de l'année 2019/2020, toutefois, elles ne contredisent pas l'absence de progression constatée entre sa première inscription en 2017 et sa troisième inscription en 2019. La perte de son grand-père en 2018, pour douloureuse qu'elle ait été, ne le contredit pas davantage. Enfin, en tout état de cause, l'inscription du requérant, postérieurement à la décision contestée, en deuxième année de licence au titre de l'année 2020/2021 ne révèle pas nécessairement, par elle-même, sa réussite aux examens du second semestre de la première année de licence. Compte-tenu de l'absence de progression de M. A dans ses études, le requérant n'est pas fondé à soutenir que si le préfet n'avait pas commis l'erreur de fait précédemment mentionnée, il aurait pris une décision différente, ni que la décision litigieuse méconnaîtrait les stipulations précitées ou qu'elle serait entachée d'une erreur d'appréciation du caractère sérieux de ses études.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision litigieuse sur sa situation personnelle, déjà soulevés en première instance et à l'appui desquels M. A ne produit pas d'élément qui soit de nature à remettre en cause l'appréciation portée par les premiers juges, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 10 du jugement entrepris.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit sursis à statuer.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Versailles, le 12 juillet 2022.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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