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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE00993

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE00993

jeudi 23 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE00993
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantINUNGU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A C a demandé, par deux requêtes distinctes, au tribunal administratif de Montreuil et au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2019 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par une ordonnance, enregistrée le 11 mars 2019 au greffe du tribunal administratif de

Cergy-Pontoise sous le n°1903104, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de Mme C.

Par une ordonnance n° 1900941 en date du 28 février 2019, la présidente du tribunal administratif de Montpellier a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de Mme C.

Par un jugement du 19 février 2021, rendu pour les deux requêtes de Mme C, enregistrées au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise sous les numéros 1902639 et 1903104, le tribunal a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête sommaire et un mémoire ampliatif enregistrés les 19 et 29 mars 2021 et un mémoire complémentaire, Mme C, représentée par Me Inungu, avocat, demande à la cour :

1° d'annuler ce jugement;

2° d'annuler cet arrêté ;

3° d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4° de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- les premiers juges ont inexactement apprécié les faits de l'espèce relatifs à sa situation personnelle et en particulier ceux qui se rattachent à sa situation familiale et médicale sur le territoire français ;

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contenues dans l'arrêté :

- il est entaché d'insuffisance de motivation ;

- il révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il méconnaît les dispositions du 11° et du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions du 11° et du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A C, ressortissante congolaise née le 9 avril 1956 à Balaka, qui est entrée en France le 17 décembre 2017, a sollicité le 15 mars 2018 son admission au séjour au titre des dispositions du 11 ° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 10 janvier 2019, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C relève appel du jugement du 19 février 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Mme C soutient que les premiers juges ont inexactement apprécié les faits de l'espèce relatifs à sa situation personnelle et, en particulier, ceux qui se rattachent à sa situation familiale et médicale sur le territoire français. Toutefois, ce moyen se rattache au bien-fondé du jugement. Il est donc sans incidence sur sa régularité et doit être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contenues dans l'arrêté :

4. Mme C reprend en appel le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté litigieux. Toutefois, il vise notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles L. 313-11-11°, L. 313-14, L. 511-1, L. 513-2 et L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne, en outre, qu'après avoir procédé à un examen approfondi de la situation de Mme C, il mentionne que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration (OFII) considère qu'elle peut bénéficier des traitements appropriés à ses pathologies dans son pays d'origine et que les pièces qu'elle produit devant lui ne sauraient remettre en cause cette appréciation. Par ailleurs, le préfet précise qu'en raison notamment de la faible durée de son séjour en France et du fait qu'elle n'établisse être en situation d'isolement dans son pays d'origine, elle n'entre pas dans les conditions posées par les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, l'arrêté précise la nationalité de l'appelante et indique que l'arrêté ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Si Mme C soutient que la motivation du préfet contient des inexactitudes, elle ne le démontre pas. Dès lors, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le préfet ne mentionne pas tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée, il ne ressort pas des termes de l'arrêté et des pièces du dossier que le préfet aurait entaché son arrêté d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de Mme C.

En ce qui concerne le refus de séjour :

6. En premier lieu, Mme C soutient, une nouvelle fois en appel, que le préfet aurait méconnu les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, les pièces qu'elle produit, à savoir, notamment, un compte-rendu d'IRM en date du 4 août 2020, un certificat médical émanant d'un médecin généraliste du 16 juillet 2020, ainsi qu'un certificat médical établi par un médecin hospitalier du 15 novembre 2018, qui se bornent à décrire sa pathologie et son état de santé après qu'elle ait subi une opération en 2018 à la suite d'un accident neurologique, ne permettent pas de démontrer qu'elle ne pourrait effectivement bénéficier d'un suivi médical et d'un traitement approprié dans son pays d'origine compte tenu des caractéristiques du système de santé de ce pays, alors que le préfet avait produit en première instance des éléments démontrant la disponibilité des médicaments prescrits par les médecins au Congo. Par suite, l'intéressée n'apporte aucune pièce de nature à remettre en cause les appréciations contenues dans l'avis du collège de médecins de l'OFII en date 17 décembre 2018 et, si elle fait état en appel d'une aggravation de son état de santé qui l'empêcherait de supporter le voyage du retour, elle ne le justifie pas par des éléments probants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En deuxième lieu, Mme C reprend en appel les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, si l'intéressée est veuve et fait état de la présence de deux enfants majeurs en France, de six petits-enfants et de deux sœurs, les premiers juges ont retenu, à juste titre, qu'elle a déclaré à l'appui de sa demande de titre de séjour être mère de sept enfants, dont une seule fille présente sur le territoire français. Ainsi, elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de ses 61 ans. Si elle soutient, pour la première fois en appel, être intégrée socialement et qu'elle produit, à l'appui de cette allégation, une attestation du responsable d'un établissement religieux qui déclare que Mme C y exerce une activité bénévole, ce seul document, qui, par ailleurs, a été édicté postérieurement à l'arrêté et qui ne précise pas si l'intéressée exerçait cette activité avant que le préfet ne prenne la décision contestée, n'est pas de nature à démontrer son insertion pérenne sur le territoire national, alors qu'elle ne justifie que d'une courte durée de séjour en France. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la décision du préfet du Val-d'Oise n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales Il y a donc lieu d'écarter ce moyen par ces motifs et par adoption des motifs retenus, à bon droit, par les premiers juges aux points 8. et 9. du jugement attaqué.

8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus et adoptés aux points 6. et 7. de la présente ordonnance, d'une part, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que Mme C ne faisait pas état de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant qu'elle soit admise exceptionnellement au séjour en vertu des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, d'autre part, il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquence de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

9. En quatrième lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision de refus de séjour qui ne fixe pas en tant que tel le pays de destination. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

10. En dernier lieu, Mme C ne saurait utilement se prévaloir des dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code précité pour demander l'annulation d'une décision portant refus de séjour. Ce moyen doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 et des dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus et adoptés aux au point 6. de la présente ordonnance.

12. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus et adoptés au point 7. de la présente ordonnance.

13. En troisième lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire qui ne fixe pas en tant que tel le pays de destination. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

14. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquence de la décision sur la situation personnelle de Mme C doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux auxquels se réfèrent les points 6. et 7. de la présente ordonnance.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 et de l'erreur manifeste d'appréciation du préfet dans son refus d'admettre exceptionnellement au séjour Mme C sont inopérants à l'encontre d'une décision fixant le pays de destination et doivent, dès lors, être écartés.

16. En dernier lieu, elle soutient qu'elle serait soumise à un traitement inhumain et dégradant en cas d'éloignement vers son pays d'origine, faute pour elle de pouvoir y bénéficier d'un traitement approprié, une telle argumentation doit être écartée pour les motifs exposés au point 6. de la présente ordonnance.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Versailles, le 23 juin 2022.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

3

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