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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE01055

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE01055

vendredi 2 septembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE01055
TypeOrdonnance
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2021 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2100632 du 26 mars 2021, le magistrat désigné du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la demande de M. B.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 14 avril 2021, M. B, représenté par Me Saidi, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2021 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour sans délai à compter de la notification de la décision à intervenir ou, subsidiairement, d'enjoindre à la même autorité de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer une autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement

- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que l'instruction devait être regardée comme étant close à l'issue de la première audience du 3 mars 2021 et que le premier juge ne pouvait se fonder sur les pièces produites par la préfecture de la Côte-d'Or produite postérieurement à cette clôture ;

Sur le bien-fondé du jugement

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an:

- elles sont entachées d'insuffisance de motivation ;

- elles sont intervenues au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B ressortissant arménien né le 23 février 1985 à Mrgavet, qui est entré en France en mars 2016 et déclare s'y être maintenu depuis, a été interpellé à l'occasion d'un contrôle d'identité le 13 janvier 2021. Par arrêté du même jour, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B relève appel du jugement du 26 mars 2021 par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. D'une part, dans l'intérêt d'une bonne justice, le juge administratif a toujours la faculté de rouvrir l'instruction, qu'il dirige, lorsqu'il est saisi d'une production postérieure à la clôture de celle-ci. Il lui appartient, dans tous les cas, de prendre connaissance de cette production avant de rendre sa décision et de la viser. S'il décide d'en tenir compte, il rouvre l'instruction et soumet au débat contradictoire les éléments contenus dans cette production qu'il doit, en outre, analyser. D'autre part, lorsqu'il décide de soumettre au contradictoire une production de l'une des parties après la clôture de l'instruction, le juge doit être regardé comme ayant rouvert l'instruction. Lorsque le délai qui reste à courir jusqu'à la date de l'audience ne permet plus l'intervention de la clôture automatique trois jours francs avant l'audience prévue par l'article R. 613-2 du code de justice administrative, il appartient au président de la formation de jugement, qui, par ailleurs, peut toujours, s'il l'estime nécessaire, fixer une nouvelle date d'audience, de clore l'instruction ainsi rouverte.

4. M. B soutient qu'il a déposé un recours en annulation qui aurait été audiencé le 3 mars 2021 et que le tribunal administratif ne pouvait ni fixer une nouvelle audience au 17 mars 2021, dès lors que l'instruction devait être regardée comme étant close à l'issue de la première audience, ni fonder son jugement sur les pièces versées par le préfet de la Côte-d'Or les 3 et 10 mars 2021. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que M. B a été convoqué à une première audience qui s'est tenue le 3 mars 2021, le premier juge a décidé, comme il lui était loisible de le faire, de renvoyer l'affaire une première fois au 17 mars 2021, puis une seconde fois, sur demande de M. B, au 25 mars 2021 afin, notamment, de soumettre les pièces et le premier mémoire produits par le préfet de la Côte-d'Or les 10 et 12 mars 2021 au contradictoire, en accordant au requérant un délai suffisant pour y répondre. Ainsi, la clôture de l'instruction intervenait en l'espèce, en vertu de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience du 25 mars 2021. Par conséquent, M. B n'est pas fondé à soutenir que le jugement attaqué serait intervenu au terme d'une procédure d'instruction irrégulière.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ressort des termes de la décision contestée que celle-ci vise les textes dont il est fait application et mentionne les éléments de faits tirés de la situation personnelle de M. B sur lesquels elle repose, notamment la durée et les conditions de son séjour en France ainsi que sa situation familiale, de sorte qu'elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle doit être regardée comme étant suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de M. B à être entendu en violation des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, déjà soulevé en première instance et à l'appui duquel le requérant ne présente en appel aucun élément de droit ou de fait nouveau, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par le premier juge aux points 5. et 6. du jugement entrepris.

7. En troisième lieu, M. B reprend en appel les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et de l'erreur manifeste commise par le préfet dans son appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation. Toutefois, comme le relève à juste titre le premier juge, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du rejet par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile en date respectivement du 15 septembre 2017 et du 9 avril 2018 de sa demande d'asile, M. B a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 18 mai 2018 à laquelle il ne s'est pas conformé. En outre, son épouse, de nationalité arménienne, est également en situation irrégulière et a également fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. De plus, l'intéressé ne justifie d'aucun obstacle à la poursuite des études dans son pays d'origine de ses deux enfants nés en 2013 et en 2018. Enfin, M. B, qui ne fait état d'aucune intégration professionnelle et sociale particulière, ne démontre pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux de manière durable en France, alors que ses parents résident dans son pays d'origine. Par conséquent, la décision contestée ne peut être regardée comme ayant portée une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale, ni comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la gravité de ses conséquences sur sa situation personnelle. Il y a donc lieu d'écarter ces moyens.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

8. En premier lieu, il ressort des termes de la décision contestée que celle-ci mentionne les textes dont il est fait application de même que les éléments relatifs à la durée de séjour et à la situation personnelle du requérant, ainsi qu'à la circonstance que l'intéressé s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et révèle ainsi, par ses motifs, une motivation suffisante au regard des quatre critères énoncés au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doit être écarté.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été retenus aux points 6. et 7. de la présente ordonnance, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance du droit d'être entendu doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : la requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de la Côte-d'Or.

Fait à Versailles, le 2 septembre 2022.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°21VE0105500

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