jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE01125 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ETHIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A B a demandé au tribunal administratif d'Orléans, d'une part, d'annuler la décision du 20 septembre 2018 par laquelle la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours a refusé de faire droit à ses demandes de protection fonctionnelle et indemnitaires, d'autre part, de condamner l'État à lui verser une somme de 16 500 euros en réparation de l'ensemble des préjudices qu'elle a subis.
Par un jugement n° 1804185 du 16 février 2021, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 20 avril 2021, Mme B, représentée par Me Gentilhomme, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler la décision du 20 septembre 2018 par laquelle la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours a refusé de faire droit à ses demandes de protection fonctionnelle et indemnitaires ;
3°) de condamner l'État à lui verser les sommes de 15 000 euros au titre du préjudice causé par le harcèlement moral qu'elle a subi et de 1 500 euros au titre du préjudice né du refus de protection fonctionnelle, les deux sommes étant majorées des intérêts légaux capitalisés à compter du 7 juin 2018 ;
4°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle sollicitée dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui enjoindre de procéder à une nouvelle instruction de sa demande dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à compter de 2017, elle a subi un harcèlement moral de la part de sa cheffe d'établissement, consistant en des reproches et un dénigrement systématique, en une inspection alors qu'elle était en congé maladie, en une remise en cause de ses qualités professionnelles ; les premiers juges ont commis une erreur de droit, de fait et une erreur manifeste d'appréciation en écartant certains faits alors qu'ils étaient constitutifs d'un harcèlement moral ;
- de même, les premiers juges ont commis une erreur de droit, de fait et une erreur manifeste d'appréciation en expliquant certains faits par son comportement ou l'intérêt du service ;
- l'arrêt de l'enseignement de l'italien décidé le 9 janvier 2018 constitue une sanction déguisée ;
- au regard du harcèlement moral qu'elle subissait, le recteur d'académie devait lui accorder la protection fonctionnelle ; la seule présomption de ce harcèlement rendait cette protection nécessaire ; elle doit être indemnisée pour le préjudice qu'elle a subi, d'une part, du fait du harcèlement moral de sa cheffe d'établissement et, d'autre part, du fait du refus d'octroi de la protection fonctionnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2023, le recteur de l'académie d'Orléans-Tours conclut au rejet de la requête, pour les mêmes motifs que ceux présentés en première instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Liogier,
- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, professeure des écoles de l'enseignement privé sous contrat, qui exerce ses fonctions à l'école Sainte-Thérèse de Vouvray depuis septembre 2015, a sollicité, le 7 juin 2018, le bénéfice de la protection fonctionnelle pour des faits de harcèlement moral dont elle s'estimait victime de la part de la directrice de l'école et l'indemnisation des préjudices subis à ce titre. Sa demande a été rejetée par la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours le 20 septembre 2018. Mme B fait appel du jugement du 16 février 2021 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté ses demandes tendant à l'annulation du refus de protection fonctionnelle qui lui a été opposé et à l'indemnisation de ses préjudices.
2. D'une part, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () IV.-La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 6 quinquies de la même loi : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
4. Mme B soutient qu'elle a été victime de harcèlement moral de la part de sa cheffe d'établissement à compter de 2017, qui a systématiquement dénigré son travail et organisé une inspection à son encontre, après qu'elle a contesté la mise en place, par cette dernière, de " temps de bilan individuel " pour chacun des enseignants, aboutissant à une dégradation de ses conditions de travail et à des arrêts maladie à compter de novembre 2017, puis un congé de longue maladie à compter du 8 janvier 2018.
5. S'il ressort, tout d'abord, des pièces du dossier, que la directrice de l'école a indiqué à une sophrologue intervenant dans la classe de Mme B qu'elle l'avait " poussée " à demander un arrêt pour maladie, cela ne peut faire présumer l'existence d'un harcèlement moral dès lors qu'il est constant que Mme B se trouvait, en novembre 2017, dans une grande détresse psychologique. En outre, l'arrêt de l'enseignement de l'italien, qui avait été proposé initialement par la directrice, a été décidé lors d'une réunion des enseignants et de la direction du 9 janvier 2018, lorsque Mme B, placée en congé de longue maladie, ne pouvait plus assurer cet enseignement. Il ne résulte ainsi pas d'une décision unilatérale de la directrice de l'école visant à la sanctionner de façon déguisée. Par ailleurs, s'il est constant que des courriers de parents mécontents ont été transmis, par la cheffe d'établissement, au service compétent du rectorat, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces courriers n'auraient pas été rédigés spontanément par les parents, sans intervention de la cheffe d'établissement qui était tenue à un devoir d'alerte, ou que cette dernière se serait abstenue, à dessein, de transmettre des courriers élogieux dont elle aurait disposé. Mme B ne conteste d'ailleurs aucun des faits rapportés dans ces courriers produits au dossier. De surcroît, l'organisation d'un " temps de bilan individuel " avec chacun des professeurs, auquel s'ajoutait un temps de bilan collectif, ne peut laisser présumer l'existence d'un harcèlement, dès lors qu'il n'avait vocation qu'à tirer le bilan des actions de l'année scolaire, de dresser les besoins en termes de formation et de préciser les projets à venir, ainsi qu'il ressort des explications de la " feuille de relecture " adressée aux instituteurs en amont et du courriel adressé le 2 juillet 2017 à l'ensemble du corps professoral. En outre, contrairement à ce que soutient Mme B, il ne ressort pas des pièces du dossier que d'autres professeurs auraient émis des critiques à l'égard de cette démarche. Enfin, s'il est constant qu'une inspection a été diligentée par le rectorat alors qu'elle était absente pour raisons médicales, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport dressé par l'inspectrice, que cette inspection faisait suite à des inquiétudes de plusieurs parents d'élèves, de la cheffe d'établissement et du directeur diocésain et que Mme B a été placée en congé maladie le matin même de l'inspection. Cette inspection, qui n'a effectivement pu se tenir que sur pièces, a été suivie d'un entretien au sein de l'inspection académique avec Mme B, pendant lequel elle a pu s'exprimer, le ton bienveillant de cet entretien ressortant d'ailleurs des pièces du dossier.
6. Néanmoins, il ressort effectivement des pièces du dossier qu'à compter du 9 novembre 2017, Mme B a été placée en arrêt maladie, puis en congé de longue maladie jusqu'à la fin de l'année scolaire 2017-2018, qu'elle était dans un état de grande fragilité psychologique, ainsi qu'en atteste le compte-rendu dressé par l'inspection académique après leur entretien avec Mme B, et qu'elle a porté plainte contre X pour harcèlement moral le 6 juin 2018. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'elle a été affectée, à compter de septembre 2018, à une classe de CE1, sans concertation, alors qu'elle avait moins d'affinité pour ce niveau, en lieu et place de la classe à double niveau CM1/CM2 où elle enseignait auparavant. Enfin, il est constant qu'elle a été destinataire d'un courrier le 30 janvier 2018, lui rappelant les horaires de classe de son fils, inscrit dans cette école, et lui demandant, d'une part, de les respecter et, d'autre part, de produire les autorisations nécessaires pour que son enfant soit remis à l'adulte qui devait venir le chercher. Si les termes de ce courrier sont courtois, la circonstance qu'il lui ait été adressé avec une copie au directeur diocésain et à l'inspectrice d'académie ne semble pas justifiée. Ces derniers faits sont suffisants pour faire présumer l'existence d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral.
7. Toutefois, eu égard à ce qui a été dit au point 3, ces faits ne peuvent être appréciés sans tenir compte du comportement de l'intéressée et de l'intérêt du service. Il est tout d'abord constant que les congés maladie octroyés à Mme B n'ont jamais été reconnus imputables au service. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, ainsi que le fait valoir l'administration en défense, que Mme B connaissait des difficultés dans son enseignement, en particulier en matière de différenciation des enseignements entre les deux niveaux de sa classe et d'adaptation à la diversité des besoins de ses élèves. Ces remarques avaient d'ailleurs fait l'objet de reproches similaires lors d'une inspection en 2011, qui avait conclu à un avis défavorable à sa titularisation, et une autre en 2015. Dans ces conditions, le changement des attributions de la requérante était justifié par l'intérêt du service, qui lui confiait une classe unique en remplacement de la classe à double niveau dont elle avait la charge. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 5, en se bornant à apporter quelques courriers de parents satisfaits de son enseignement, qui évoquent principalement l'enseignement de l'italien, l'organisation d'un voyage à Rome et la mise en scène d'une pièce de théâtre, Mme B ne conteste pas sérieusement les faits rapportés par les parents mécontents, qui font surtout état d'absence de prise en compte des besoins spécifiques pour leurs enfants et de son retard à réagir lors d'un accident survenu pendant la récréation. Enfin, si l'envoi du courrier du 30 janvier 2018, dans ses modalités, est contestable, il ressort des pièces du dossier que ce fait est isolé et ne peut suffire à démontrer l'existence d'un harcèlement de la part de la cheffe d'établissement. Dans ces conditions, les faits relevés au point précédent ne peuvent être qualifiés de harcèlement moral.
8. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence de harcèlement moral, la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours, en refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle, n'a entaché sa décision d'aucune illégalité. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 20 septembre 2018 ni, par voie de conséquence, à demander réparation à l'État des préjudices qui seraient nés tant de ce harcèlement que du refus de protection fonctionnelle qui lui a été opposé.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ses conclusions indemnitaires et les conclusions qu'elle a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie d'Orléans-Tours.
Délibéré après l'audience du 11 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente,
Mme Danielian, présidente assesseure,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
La rapporteure,
C. LiogierLa présidente,
L. Besson-Ledey
La greffière,
A. Audrain-Foulon
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
N°21VE01125
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026