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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE01366

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE01366

vendredi 10 février 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE01366
TypeDécision
Recoursexécution décision justice adm
Formation5ème chambre
Avocat requérantCABINET SEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure d'exécution devant la cour :

Par une lettre enregistrée le 14 janvier 2020, Mme A B, représentée par Me Derridj, avocate, a saisi le président de la cour d'une demande d'exécution de l'ordonnance n° 19VE01850 du 11 septembre 2019, par laquelle la présidente de la 5ème chambre de la cour, après avoir rejeté la demande de la commune de La Garenne-Colombes tendant au sursis à l'exécution du jugement n° 1611362 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 19 mars 2019, a mis à la charge de la commune le versement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 12 mai 2021, le président de la cour administrative d'appel de Versailles a procédé à l'ouverture d'une procédure juridictionnelle, en vue de prescrire si nécessaire, les mesures propres à assurer l'exécution de l'ordonnance n° 19VE01850 du 11 septembre 2019.

Par un mémoire, enregistré le 11 juin 2021, Mme B, représentée par Me Derridj, avocate, demande à la cour :

1°) d'ordonner l'entière exécution de l'ordonnance n° 19VE01850 du 11 septembre 2019 en condamnant la commune de La Garenne-Colombes à lui verser les intérêts au taux légal sur la somme de 2 000 euros, mise à sa charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à compter du 11 septembre 2019, avec capitalisation de ces intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la commune de La Garenne-Colombes la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune n'a versé la somme de 2 000 euros que le 10 septembre 2020 alors que cette somme aurait dû être versée le 12 novembre 2019 en application de l'article 6 du décret n° 2008-479 du 20 mai 2008 ;

- elle n'a pas appliqué l'intérêt au taux légal dû sur cette somme à compter du 11 septembre 2019 et la capitalisation des intérêts.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code monétaire et financier ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Sauvageot, rapporteure publique,

- et les observations de Me Derridj, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ".

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1153-1, désormais codifié à l'article 1237-1 du code civil : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement (). ". Aux termes de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier : " En cas de condamnation pécuniaire par décision de justice, le taux de l'intérêt légal est majoré de cinq points à l'expiration d'un délai de deux mois à compter du jour où la décision de justice est devenue exécutoire, fût-ce par provision. () ".

3. Par une ordonnance rendue le 11 septembre 2019, la présidente de la 5ème chambre de la cour a mis à la charge de la commune de La Garenne-Colombes la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens. En exécution de cette ordonnance, Mme B a reçu de la commune de La Garenne Colombes la seule somme de 2 000 euros le 10 septembre 2020. Toutefois, alors même que l'ordonnance ne l'a pas prévu explicitement, la somme allouée au titre des frais non compris dans les dépens était productive d'intérêts au taux légal dans les conditions fixées par l'article 1237-1 du code civil à compter du 11 septembre 2019 jusqu'au 11 novembre 2019, puis d'intérêts au taux légal majoré en application de l'article L. 313-3 du code de commerce à compter du 12 novembre 2019 jusqu'au 10 septembre 2020, date à laquelle elle a été payée. Il est constant qu'à la date du présent arrêt, ces intérêts n'ont pas été réglés.

4. En second lieu, aux termes de l'article 1154 du code civil, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus des capitaux peuvent produire des intérêts, ou par une demande judiciaire, ou par une convention spéciale, pourvu que, soit dans la demande, soit dans la convention, il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière ". Ces dispositions sont applicables dans le cas où le débiteur, s'étant acquitté de sa dette en principal, a interrompu le cours des intérêts mais ne les a pas payés, sous réserve que ces intérêts portent sur une période qui a duré au moins une année entière.

5. En l'espèce, les intérêts ont commencé à courir à compter du 11 septembre 2019 et ont couru jusqu'à la date du paiement du principal le 10 septembre 2020, soit pour une période inférieure à une année entière. Par suite, Mme B n'est pas fondée à demander la capitalisation des intérêts.

6. Il résulte de ce qui précède qu'à la date du présent arrêt, la commune de La Garenne- Colombes n'a que partiellement exécuté l'ordonnance de la présidente de la 5ème chambre de la cour du 11 septembre 2019. Il y a donc lieu d'enjoindre au maire de la commune de La Garenne- Colombes de verser à Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, les intérêts au taux légal à compter du 11 septembre 2019 jusqu'au 11 novembre 2019 sur la somme de 2 000 euros, ainsi que les intérêts au taux légal majoré de cinq points à compter du 12 novembre 2019 jusqu'au 10 septembre 2020.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Il est enjoint au maire de la commune de La Garenne-Colombes de verser à Mme B, dans les deux mois, à compter de la notification du présent arrêt, d'une part, les intérêts au taux légal à compter du 11 septembre 2019 jusqu'au 11 novembre 2019 sur la somme de 2 000 euros mise à la charge de la commune par l'article 2 de l'ordonnance du 11 septembre 2019, et d'autre part, les intérêts au taux légal majoré de cinq points à compter du 12 novembre 2019 jusqu'au 10 septembre 2020 sur ladite somme de 2 000 euros.

Article 2 : La commune de La Garenne-Colombes justifiera auprès de la cour avoir procédé dans le délai de deux mois au versement des intérêts prévus à l'article 1er ci-dessus.

Article 3 : Le surplus des conclusions de Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A B et à la commune de La Garenne- Colombes.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Signerin-Icre, présidente de chambre,

M. Camenen, président assesseur,

Mme Janicot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

La rapporteure,

M. D La présidente,

C. Signerin-Icre La greffière,

M. CLa République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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