jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE01417 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | GUILLAUMIN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. et Mme B A ont demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2009, ainsi que le bénéfice du sursis de paiement.
Par un jugement n° 1809393 du 19 mars 2021, le tribunal administratif de
Cergy-Pontoise, après avoir prononcé un non-lieu à statuer sur leurs conclusions aux fins de sursis de paiement, a rejeté le surplus de leur demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 mai 2021 et le 18 avril 2023, M. et Mme A, représentés par Me Guillaumin, avocat, demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2009.
Ils soutiennent que :
- en poursuivant un débat contradictoire uniquement avec l'un des deux époux, non mis en cause dans la proposition de rectification, en raison de l'incapacité de l'autre époux à se représenter lui-même et à désigner un mandataire, l'administration a entaché la procédure d'une erreur substantielle au sens de l'article 80 CA du livre des procédures fiscales ;
- subsidiairement :
. le tribunal n'a pas statué sur les dépenses supportées par M. A pour le compte de la société Kendeco en contrepartie des sommes qu'elle lui a versées ;
. s'il a effectivement reçu la somme de 175 000 euros de la société Kendeco, 17 085 euros correspondent à des remboursements de frais exposés et il s'est acquitté en contrepartie, à hauteur de 157 914,75 euros, de factures libellées au nom de celle-ci.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2021, le ministère de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Liogier,
- et les conclusions de Mme Deroc, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. À l'issue de la vérification de comptabilité de la SARL Kendeco, qui exerce l'activité d'achat, de vente, d'exportation, de négoce de matériaux de construction et de décoration ainsi, que des prestations de services et conseil dans 1e domaine de la décoration intérieure, la rénovation d'appartements et la création de lieux d'habitation, M. et Mme A se sont vu notifier des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, et de contributions sociales au titre de l'année 2009, assorties des pénalités correspondantes. M. et Mme A relèvent appel du jugement du 19 mars 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, après avoir prononcé un non-lieu à statuer sur leurs conclusions aux fins de sursis de paiement, a rejeté leur demande de décharge de ces impositions.
Sur la régularité du jugement :
2. Les premiers juges ont écarté les allégations de M. et Mme A, selon lesquelles M. A avait servi d'intermédiaire pour la SARL Kendeco auprès de ses fournisseurs, en relevant, au point 9. du jugement attaqué, l'absence de caractère probant de la comptabilité présentée et les incohérences entre la lettre de mission du 25 février 2009 et les transferts effectifs de fonds. Ils ont ainsi, implicitement mais nécessairement, rejeté les prétentions de M. A tendant à la prise en compte des dépenses qu'il aurait prises en charge pour le compte de la société. Par suite, à supposer que les appelants aient soulevé le moyen tiré d'une omission à statuer, ce moyen ne peut qu'être écarté.
Sur la procédure de rectification contradictoire des impositions :
3. Aux termes de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 56, lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dues en vertu du code général des impôts ou de l'article L. 2333-55-2 du code général des collectivités territoriales, les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux articles L. 57 à L. 61 A. () ". Aux termes de l'article L. 57 du même code : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation./ Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours./ En cas d'application des dispositions du II de l'article L. 47 A, l'administration précise au contribuable la nature des traitements effectués./ Lorsque, pour rectifier le prix ou l'évaluation d'un fonds de commerce ou d'une clientèle, en application de l'article L. 17, l'administration se fonde sur la comparaison avec la cession d'autres biens, l'obligation de motivation en fait est remplie par l'indication : 1° Des dates des mutations considérées ; 2° De l'adresse des fonds ou lieux d'exercice des professions ; 3° De la nature des activités exercées ; 4° Et des prix de cession, chiffres d'affaires ou bénéfices, si ces informations sont soumises à une obligation de publicité ou, dans le cas contraire, des moyennes de ces données chiffrées concernant les entreprises pour lesquelles sont fournis les éléments mentionnés aux 1°, 2° et 3°. Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée. ". Ces dispositions encadrent la procédure de rectification de l'impôt sur le revenu de manière à assurer le respect du principe du contradictoire. Elles imposent qu'une proposition de rectification motivée soit envoyée au contribuable de manière à lui permettre de formuler ses observations dans un délai de trente jours. Sur demande du contribuable, ce délai peut être prorogé de trente jours. Le rejet des observations du contribuable doit être motivé par l'administration.
4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 54 A du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 54, chacun des époux a qualité pour suivre les procédures relatives à l'impôt dû à raison de l'ensemble des revenus du foyer. Les déclarations, les réponses, les actes de procédure faits par l'un des conjoints ou notifiés à l'un d'eux sont opposables de plein droit à l'autre. ". Ces dispositions instituent une présomption irréfragable de représentation mutuelle entre les personnes soumises à imposition commune pour la procédure de contrôle de l'impôt dû au titre des revenus perçus au cours de la période d'imposition commune.
5. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 4 décembre 2012 a été adressée à M. et Mme A et que Mme A a pu suivre l'intégralité de la procédure, assistée d'un conseil. Elle a, par ailleurs, été reçue par le supérieur hiérarchique en date du 14 février 2013 et les requérants ont bénéficié de délais supplémentaires pour présenter des observations et justificatifs, au-delà de ce qui est légalement exigé dans le cadre d'une procédure de rectification contradictoire. La circonstance que M. A était dans l'incapacité d'avoir un débat oral et contradictoire avec l'administration, en raison de graves problèmes de santé ayant conduit à une hospitalisation en février 2013 et de son placement sous curatelle le 23 juin 2013, postérieurement à l'envoi de la réponse aux observations du contribuable, est sans incidence dès lors que les rectifications ne concernent pas un revenu qui lui est propre et que Mme A a pu effectivement suivre la procédure de rectification. Si Mme A soutient qu'elle n'avait pas accès aux comptes bancaires de son époux pour apporter des explications, elle n'établit toutefois pas avoir tenté d'y avoir accès. Dans ces conditions, l'administration ayant respecté l'ensemble des garanties attachées à la procédure de rectification contradictoire, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la procédure serait irrégulière en l'absence d'un débat contradictoire avec M. A. Par voie de conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
6. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : [] c. Les rémunérations et avantages occultes ".
7. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de comptabilité et du fait de l'opposition à contrôle de la SARL Kendeco, celle-ci a fait l'objet d'une évaluation d'office de ses bénéfices par l'administration au titre des exercices clos en 2009 et 2010. En examinant les relevés bancaires du compte ouvert au nom de la société dans les livres de la BNP Paribas, l'administration a constaté huit opérations par virements ou par chèques au profit de M. A en 2009 pour un montant total de 175 000 euros et, en l'absence de toute justification pour ces versements, a considéré ces sommes comme des revenus réputés distribués au sens du c) de l'article 111 du code général des impôts. Les requérants reconnaissent avoir perçu ces sommes mais soutiennent qu'à hauteur de 157 914,75 euros, il s'agit seulement d'avances de la SARL Kendeco, détenue et gérée par les parents de Mme A, à M. A, chargé de régler ses fournisseurs, en son nom, dans le cadre d'un chantier dont elle avait la maîtrise d'œuvre. Pour justifier leurs dires, les requérants produisent, tout d'abord, une lettre de mission du 25 février 2009 dans laquelle la SARL Kendeco s'engage auprès de M. A " à lui faire des avances de fonds, par virements effectués directement sur son compte bancaire n°0406000050472209 47 () à hauteur de la somme de 200 000€ ". Toutefois, ce document n'a fait l'objet d'aucun enregistrement et aucun document contemporain ne permet d'en attester l'existence. Il n'a, ainsi, aucune date certaine. En outre, les sommes litigieuses, versées dès le 24 février 2009, principalement par chèques, concernent un compte bancaire de la société ouvert dans un autre établissement bancaire. Par ailleurs, alors que la SARL Kendeco n'a présenté aucune comptabilité, les requérants ont produit, en première instance, des extraits des écritures portées en comptes de tiers dans le grand-livre de la société, dans une version éditée en octobre 2015, plus de deux ans après la mise en recouvrement, ne permettant pas d'établir, ainsi que l'ont relevé les premiers juges, que les versements en cause auraient été explicitement inscrits dans la comptabilité de la SARL Kendeco. Au surplus, s'ils font valoir que les versements à M. A seraient constatés comme " acomptes " dans les comptes de tiers des fournisseurs Darius Construction, Hôtel Mercure, Point vert et Staff décor, ces écritures ne concordent ni en date, ni en montant avec les huit opérations constatées sur le compte bancaire de la société des versements effectifs au profit de M. A. Et, s'agissant des écritures alléguées pour Darius Construction en 2010, qui, selon l'administration, a été dissoute le 18 décembre 2010, les écritures comptables ont été constatées au 1er janvier ou au 31 décembre, ce qui ne correspond ni aux dates des versements à M. A ni à celles des versements allégués au fournisseur, et certaines écritures font état de versements en espèces, sans rapport avec les modalités des versements définies dans la lettre de mission produite par les requérants ou constatées sur le compte bancaire de la société. Enfin, si les requérants produisent des relevés bancaires d'un compte ouvert au nom de M. A, qui font effectivement mention de débits par chèques,
ceux-ci ne sont corroborés par aucune pièce, la seule annotation manuscrite à côté de ces débits ne saurait ainsi suffire à justifier qu'ils correspondraient à des paiements aux fournisseurs précités pour le paiement de factures adressées à la SARL Kendeco. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a considéré que les sommes versées à M. A par la SARL Kendeco constituaient des distributions occultes au sens du c) de l'article 111 du code général des impôts.
8. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté leur demande.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. et Mme B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,
Mme Danielian, présidente assesseure,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.
La rapporteure,
C. LiogierLa présidente,
L. Besson-Ledey
La greffière,
C. Fourteau
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026