jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE01418 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BOUDRIOT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Par une ordonnance en date du 2 août 2018, le président du tribunal administratif de Melun a, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Versailles la requête, enregistrée le 31 juillet 2018, de la SA Bois Joli.
Par cette requête, la société a demandé au tribunal administratif de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013 et 2014, ainsi que des pénalités correspondantes.
Par un jugement n° 1805636 du 26 mars 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 20 mai 2021, la SA Bois Joli, représentée par Me Boudriot, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2013 et 2014, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros hors taxes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le tribunal administratif de Versailles a commis une erreur de droit en estimant que le sursis à statuer de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires valait absence d'avis de cette dernière ;
- la procédure d'imposition était irrégulière et les conditions du débat contradictoire n'ont pas été respectées car en dépit de documents nouveaux apportés en commission, et du sursis à statuer que celle-ci a prononcé le 15 mai 2017, l'administration a ordonné la mise en recouvrement sans que la commission départementale n'ait réexaminé l'affaire après un supplément d'instruction des services vérificateurs prenant en compte ces nouveaux éléments ;
- la provision pour risque de 150 000 euros constatée en 2014 et correspondant à la diminution de la dotation globale de soins de l'agence régionale de santé doit être déduite de son résultat fiscal car il s'agit, non pas de la perte d'un produit, mais de l'absence de prise en charge d'une dépense par l'agence régionale de santé ;
- les pertes pour créances irrécouvrables déduites de son résultat fiscal à hauteur de 764 708 euros sont justifiées par des travaux d'extension de la résidence qui auraient dû être pris en charge par la société Les Dahlias et par des refacturations à cette dernière de travaux qu'elle a effectués ; cette créance commerciale était, en tout état de cause, prescrite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Liogier,
- et les conclusions de Mme Deroc, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SA Bois Joli, qui exploite un établissement médicalisé pour personnes âgées dépendantes, a fait l'objet d'une vérification de sa comptabilité, à l'issue de laquelle l'administration lui a notifié des rectifications en matière d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2013 et 2014. La société relève appel du jugement en date du 26 mars 2021 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande de décharge de ces impositions.
Sur la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis soit de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts, soit de la Commission nationale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 H du même code, soit du comité consultatif prévu à l'article 1653 F du même code, soit de la commission départementale de conciliation prévue à l'article 667 du même code ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 57, L. 59, R. 57-1 et R. 59-1 du livre des procédures fiscales qu'en cas de maintien du désaccord entre l'administration et le contribuable après la production par ce dernier d'observations dans le délai d'un mois suivant la proposition de rectification, le contribuable dispose d'un nouveau délai de trente jours pour demander que le litige soit soumis à la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Par ailleurs, lorsque la commission départementale, après avoir été saisie, ordonne un supplément d'instruction à partir de nouveaux éléments et que la société mise en cause ne transmet pas les pièces demandées, il faut considérer que la commission n'a pas émis d'avis sur les impositions litigieuses et que cet absence d'avis ne fait pas obstacle à leur mise en recouvrement.
3. Il résulte de l'instruction que la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires s'est réunie le 15 mai 2017. Compte tenu du nombre important de documents originaux présentés, pour la première fois, en séance, concernant les provisions pour grosses réparations et pour dépréciation de créances douteuses, la société a mis la commission dans l'impossibilité de statuer, ainsi que celle-ci l'a relevé dans son avis, au regard du temps qui lui était imparti. Malgré une tentative, le 24 août 2017, de l'administration pour fixer un
rendez-vous, ainsi qu'un courrier du 18 octobre 2017 dans lequel l'administration invitait la société à produire ces pièces et lui précisait, qu'à défaut, les impositions seraient mises en recouvrement, la société s'est abstenue de fournir ces documents à l'administration qui a finalement mis en recouvrement ces impositions le 30 novembre 2017, soit plus de six mois après la séance de la commission précitée. Dans ces conditions, la société, qui a elle-même mis la commission dans l'impossibilité de statuer, puis a refusé de donner suite aux contacts de l'administration, n'est donc pas fondée à soutenir que l'administration aurait dû saisir à nouveau la commission et, qu'en l'absence d'avis de cette commission, elle aurait été privée d'une garantie. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure du fait de l'absence d'avis de la commission sur ces rectifications, ainsi que l'ont relevé à bon droit les premiers juges, ne peut qu'être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
4. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être admises en déduction du bénéfice imposable, les charges doivent avoir été exposées dans l'intérêt direct de l'entreprise ou se rattacher à sa gestion normale, correspondre à une charge effective et être appuyées de justificatifs. Il résulte également de ces dispositions qu'une entreprise peut valablement porter en provisions et déduire des bénéfices imposables d'un exercice des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'elles se rattachent aux opérations de toute nature déjà effectuées, à cette date, par l'entreprise.
5. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
En ce qui concerne la provision pour risque :
6. Il résulte de l'instruction que la SA Bois Joli a comptabilisé une provision dans un compte n° 151800 intitulé " provision pour risque pour reversement de dotation pour soins " pour un montant de 150 000 euros en 2013. La société invoque une probable diminution de la subvention versée par l'agence régionale de santé en 2014, du fait de la fermeture de lits en raison de travaux de mise aux normes dans une aile de l'établissement. Or, la dotation globale de soins constitue un produit pour la société et sa diminution ne saurait ainsi s'analyser comme une charge pour la société ou la dépréciation d'un élément de son actif. En outre, si le courrier du 23 mars 2016 de l'agence régionale de santé confirme la fermeture des lits en 2014, il ne constitue que le compte-rendu du contrôle budgétaire et comptable effectué par cet organisme, en sa qualité d'autorité de tutelle sur l'établissement, et ne permet pas d'établir, en tout état de cause, une quelconque intention de sa part, au 31 décembre 2013, de baisser la subvention à verser. C'est donc à bon droit que l'administration a remis en cause la déduction de cette provision.
En ce qui concerne les pertes pour créances irrécouvrables :
7. La société a comptabilisé, en 2014, des pertes pour créances irrécouvrables pour un montant de 764 408 euros, correspondant à des travaux d'extension de la résidence, qui auraient dû, selon elle, être pris en charge par l'ancien gestionnaire de l'établissement domicilié au Luxembourg, la société Les Dahlias, et à des refacturations à tort de travaux par cette dernière. Toutefois, pour justifier de l'existence de cette créance, la société se borne à produire une facture du 31 décembre 2009 de 269 130,12 euros émise par ses soins et adressée à la société Les Dahlias, et des extraits de grand-livre comptable de l'exercice clos en 2006, sans aucun justificatif permettant d'expliquer ces écritures, le total ne permettant, en tout état de cause, pas de justifier la totalité de la créance comptabilisée envers la société Les Dahlias. En outre, en se bornant à produire un seul courrier adressé à un avocat afin qu'il procède aux démarches nécessaires pour récupérer la somme de 495 277,90 euros auprès de la société Les Dahlias, dont le montant diffère à la fois de la créance comptabilisée et de celle figurant sur la facture précitée, la société ne justifie d'aucune diligence effectuée en vue du recouvrement de la somme qui lui serait due. Enfin, la prescription prévue par les dispositions du I de l'article L. 110-4 du code de commerce, qui n'éteint que l'action en justice du créancier mais pas l'existence de la dette elle-même, ne peut être invoquée que par le débiteur et non, comme en l'espèce, par le créancier. Dès lors, dans ces conditions, la société ne démontrant ni l'existence de la créance, ni ses démarches pour en obtenir le recouvrement, c'est à bon droit que l'administration a rejeté la déduction de la perte constatée à raison de cette créance par la société en 2014.
8. Il résulte de ce qui précède que la SA Bois Joli n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Les conclusions qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées par voie de conséquence.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la SA Bois Joli est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la SA Bois Joli et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,
Mme Danielian, présidente assesseure,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.
La rapporteure,
C. LiogierLa présidente,
L. Besson-Ledey La greffière,
C. Fourteau
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026