jeudi 23 février 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE02201 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | LEXGLOBE SELARL CHRISTELLE MONCONDUIT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C D a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 14 avril 2021 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Par un jugement n° 2106153 du 29 juin 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et des pièces, enregistrées respectivement les 27 juillet 2021 et 18 novembre 2021, M. D, représenté par Me Monconduit, avocate, demande à la cour :
1°)d'annuler ce jugement ;
2°)d'annuler cet arrêté ;
3°)d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;
4°)d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la décision à intervenir ;
5°)de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le tribunal administratif, à l'instar du préfet du Val-d'Oise, a insuffisamment motivé sa décision et a commis des erreurs de fait caractérisant un défaut d'examen constitutif d'une erreur de droit ; il justifie de l'existence d'une vie commune avec sa concubine et sa fille ; il contribue à l'entretien et à l'éducation de cette dernière ; il a demandé l'asile pour sa fille ; il a fourni des preuves de son insertion professionnelle depuis plus de quatre ans en qualité de coiffeur ; il justifie également de liens familiaux en France ;
- le préfet n'a pas procédé à l'examen de sa situation au regard de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de ses liens privés et familiaux intenses en France ;
- il méconnaît également les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; sa fille risque d'être excisée en cas de retour au Mali ;
- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu du risque d'excision auquel sa fille serait exposée en cas de retour au Mali.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant malien né le 11 décembre 1975, relève appel du jugement du 29 juin 2021 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 14 avril 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. En premier lieu, il résulte de l'examen du jugement attaqué que le tribunal administratif a suffisamment indiqué, aux points 7 et 9 de ce jugement, les motifs pour lesquels il a estimé que l'arrêté contesté n'avait pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le jugement attaqué serait insuffisamment motivé sur ces points ou que le juge de première instance n'aurait pas procédé à un examen suffisant de sa demande.
3. En second lieu, si M. D soutient que le jugement attaqué est entaché d'erreur de fait ou de droit, ces moyens, qui se rapportent au bien-fondé de ce jugement, sont sans incidence sur sa régularité. Ils doivent, par suite, être écartés.
Sur la légalité de l'arrêté contesté :
4. En premier lieu, M. D reprend en appel, sans apporter de précision supplémentaire et pertinente par rapport à celles qu'il a déjà fait valoir devant le tribunal administratif, les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé et que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise aux points 2 et 3 du jugement attaqué.
5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté ne remet pas en cause l'existence d'une communauté de vie entre M. D, sa compagne et leur fille. Il ne remet pas davantage en cause la circonstance que M. D contribue à l'entretien et l'éducation de cette dernière. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait entaché d'erreurs de fait sur sa situation personnelle ou familiale doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette inge´rence est pre´vue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une socie´te´ de´mocratique, est ne´cessaire a` la se´curite´ nationale, a` la su^rete´ publique, au bien-e^tre e´conomique du pays, a` la de´fense de l'ordre et a` la pre´vention des infractions pe´nales, a` la protection de la sante´ ou de la morale, ou a` la protection des droits et liberte´s d'autrui ".
7. A l'appui de sa requête, M. D, qui indique être entré en France en 2015, fait valoir qu'il bénéficie depuis le 8 juillet 2020 avec sa compagne et leur fille d'hébergements d'urgence, qu'il justifie ainsi d'une vie commune avec elles, qu'il subvient à leurs besoins en travaillant depuis 2017 en qualité de coiffeur, que son frère et sa sœur résident régulièrement en France, qu'une autre de ses sœurs est ressortissante française et que son père est décédé. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet de deux mesures d'éloignement du territoire français le 6 janvier 2016 et le 5 septembre 2018. Il est constant que sa compagne ne réside pas régulièrement en France. Eu égard notamment au jeune âge de l'enfant né le 4 juillet 2020, il n'existe pas d'obstacle à la reconstitution de la cellule familiale hors de France. Les pièces du dossier, en particulier l'attestation établie par son frère, ne suffisent pas à établir que M. D a noué en France des liens familiaux, amicaux ou sociaux intenses, autres que ceux qu'il entretient avec sa compagne et leur fille. Par suite, eu égard notamment à la durée et à ses conditions de séjour en France, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. M. D fait valoir, d'une part, qu'il entretient une communauté de vie avec sa compagne et sa fille née le 4 juillet 2020, qu'il assure l'entretien et l'éducation de cette dernière et qu'il a sollicité l'asile en sa faveur, et, d'autre part, que l'obligation de quitter le territoire français a nécessairement pour effet de séparer cette enfant de son père et de porter atteinte à son intérêt supérieur, dès lors qu'elle risque d'être excisée en cas de retour au Mali. Toutefois, l'exécution de l'arrêté contesté n'implique pas nécessairement la séparation de M. D et de sa fille, en l'absence d'obstacle à la reconstitution de la cellule familiale hors de France. En outre, si M. D fait valoir qu'il appartient, ainsi que sa compagne, à l'ethnie soninké et que cette dernière est elle-même excisée, d'une part, ces allégations ne sont pas corroborées par les pièces du dossier et, d'autre part, il n'apporte ainsi pas suffisamment d'éléments de nature à établir que sa fille serait effectivement et personnellement exposée à ce risque et qu'il serait dans l'impossibilité de l'y soustraire. D'ailleurs, la demande d'asile de M. D fondée sur ce motif a été rejetée pour irrecevabilité par une décision de l'Office français des réfugiés et apatrides du 21 décembre 2020. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté porte atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille et méconnaît les stipulations précitées de la convention internationale des droits de l'enfant.
10. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté contesté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. D, telle que précédemment décrite.
11. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. M. D soutient que son éloignement exposerait sa fille à un risque d'excision. Toutefois, d'une part, ce risque n'est pas personnel. D'autre part et en en tout état de cause, il n'est pas suffisamment établi par les pièces du dossier ainsi qu'il a été dit au point 9.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que par le jugement attaqué, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Signerin-Icre, présidente de chambre,
M. Camenen, président assesseur,
Mme Janicot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.
Le rapporteur,
G. B La présidente,
C. Signerin-Icre
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026