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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE02465

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE02465

mardi 3 janvier 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE02465
TypeOrdonnance
Avocat requérantFAVAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 10 juin 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite.

Par un jugement n° 2107947 du 23 juillet 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 19 août 2021, Mme B, représentée par Me Favain, avocate, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler le jugement attaqué ;

3°) d'annuler l'arrêté contesté ;

4°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé quant aux risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine et quant à sa situation personnelle et familiale ;

- il porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il ne prend pas en compte les risques encourus en cas de retour de son pays d'origine, en méconnaissances des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 1er septembre 2022, le président de la cour administrative d'appel de Versailles, a désigné Mme Dorion, présidente-assesseure de la 1ère chambre, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme B, ressortissante russe née le 16 juin 1975, qui déclare être entrée en France le 24 mai 2018 avec ses deux enfants, a présenté le 26 septembre 2018 une demande d'asile rejetée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 26 mars 2020, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 6 novembre 2020. Le préfet de l'Aube lui a fait obligation de quitter le territoire français par une décision du 13 avril 2021 toujours exécutoire à la date du 10 juin 2021, à laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a de nouveau obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite. Mme B relève appel du jugement du 23 juillet 2021 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 10 juin 2021 du préfet des Hauts-de-Seine.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. "

4. Mme B ne justifie pas avoir présenté une demande d'aide juridictionnelle. Par suite, sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ne peut qu'être rejetée.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

5. Aux termes l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

6. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. "

7. L'arrêté contesté mentionne l'ensemble des éléments de fait propres à la situation personnelle et familiale de Mme B, notamment les circonstances que celle-ci a été déboutée de sa demande d'asile, ainsi que ses deux enfants, qu'elle a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire exécutoire, et qu'elle n'établit pas être exposée à un risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

8. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France en 2018, avec ses deux enfants alors mineurs, soit trois ans de présence en France à la date de l'arrêté contesté, et qu'à la suite du rejet de sa demande d'asile par le directeur général de l'OFPRA le 26 mars 2020, et du rejet par la CNDA le 6 novembre 2020 du recours formé contre cette décision, elle a fait l'objet, ainsi que sa fille majeure, d'une précédente décision lui faisant obligation de quitter le territoire prise à son encontre par le préfet de l'Aube le 13 avril 2021, qui n'a pas été exécutée. Si Mme B se prévaut de la présence en France de ses enfants scolarisés, ceux-ci ont également été déboutés de leurs demandes d'asile et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils se trouveraient en situation régulière sur le territoire français. Dans ces conditions, en dépit des efforts d'insertion de l'intéressée, la mesure d'éloignement contestée n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

10. En dernier lieu, l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " En vertu du dernier alinéa de l'article L. 721-4 de ce code, un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.

11. Au soutien de son moyen tiré des risques qu'elle encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, Mme B fait valoir qu'elle a fui la Fédération de Russie en 2010, avec ses deux enfants, pour échapper à son mari violent, d'origine tchétchène, et que déboutée de sa demande d'asile en Belgique, la famille s'est installée en Allemagne, avant de revenir en Belgique où leur mari et père les a retrouvés et de fuir de nouveau en France. Elle précise qu'en cas de retour en Tchétchénie, elle serait exposée à des violences domestiques. Toutefois, l'arrêté contesté fixe la Russie et non la Tchétchénie comme pays de destination de la reconduite de l'intéressée à défaut de départ volontaire. En outre, Mme B, dont la demande d'asile a été rejetée, ne justifie pas des mauvais traitements auxquels elle serait exposée, alors que la séparation du couple remonte à plus de dix ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme B est manifestement dépourvue de fondement et doit par suite être rejetée par application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 3 janvier 2023.

La présidente-assesseure de la 1ère chambre,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°21VE0246500

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