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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE02738

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE02738

mardi 14 février 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE02738
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantLEFORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A D a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 12 mai 2020 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2003191 du 6 novembre 2020, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 23 septembre 2021, Mme D, représentée par

Me Lefort, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- les premiers juges ont inexactement apprécié les faits de l'espèce et ont inexactement apprécié sa situation personnelle ;

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée du vice d'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des risques qu'elle encourrait à son retour dans son pays d'origine ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- elle est entachée du vice d'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 30 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme D, ressortissante géorgienne née le 1er avril 1977, à Gori, qui a déclaré être entrée en France le 2 mai 2019, a sollicité le 13 mai 2019 son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 31 octobre 2019. Par un arrêté du 12 mai 2020, le préfet de l'Essonne l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme D relève appel du jugement du 6 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Mme D soutient que le premier juge aurait inexactement apprécié les faits de l'espèce et n'aurait pas suffisamment pris en compte sa situation personnelle. Toutefois, ces moyens se rattachent au bien-fondé du jugement. Ils sont donc sans incidence sur sa régularité et doivent être écartés.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, M. C B, directeur de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de l'Essonne, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 2020-REF-DCPPAT-BCA-038 du 21 février 2020 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 24 février 2020 à effet de signer, enter autres, les décisions d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français en litige aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent. Ainsi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le préfet n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments caractérisant la situation de la requérante, elle est suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision contestée qu'avant de la prendre, le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la demande de l'intéressée.

7. En quatrième lieu, la requérante se prévaut de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Elle soutient que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des risques qu'elle-même et ses quatre enfants encourraient à son retour dans son pays d'origine, du fait qu'ils sont russophones et que son dernier enfant est issu d'un viol commis sur elle par son employeur. A cet égard, la requérante déclare craindre des menaces de son violeur et des représailles de son mari s'il venait à découvrir ce viol. Elle précise ne pas pouvoir bénéficier en Géorgie d'une quelconque protection en raison de la corruption généralisée qui y régnerait. Toutefois, la requérante, qui a d'ailleurs été déboutée de sa demande d'asile, est entrée en France en 2019 seulement où elle n'allègue pas être intégrée personnellement, familialement, socialement ou professionnellement. Elle n'appuie ses propos d'aucun commencement de preuve et ne justifie d'aucun obstacle à ce que sa vie familiale se poursuive en Géorgie où il est constant que réside son mari. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations mentionnées et, en tout état de cause, de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet dans l'appréciation des risques qu'elle encourrait à son retour en Géorgie, doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, il ressort de ce qui vient d'être dit que Mme D n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision contestée qu'elle vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et mentionne que l'intéressée n'établit pas qu'elle serait exposée à des peines ou traitements contraires à ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée.

10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 de la présente ordonnance, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

11. En dernier lieu, la requérante reprend en appel le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois la requérante, dont la demande d'asile a été rejetée en procédure accélérée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 octobre 2019, n'établit pas qu'elle serait exposée à des risques actuels, personnels et réels de peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Géorgie. Le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme D est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 14 février 2023.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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