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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE03106

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE03106

jeudi 30 mars 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE03106
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLEXGLOBE SELARL CHRISTELLE MONCONDUIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A D C a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté en date du 16 avril 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2106450 du 19 octobre 2021, le tribunal administratif de

Cergy-Pontoise, après l'avoir admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 novembre 2021 et 23 décembre 2021, M. C, représenté par Me Monconduit, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté attaqué ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement est entaché d'une insuffisance de motivation et d'une omission à statuer sur le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle par le préfet au regard de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de sa demande de titre de séjour étudiant ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, ainsi que de sa demande d'admission au séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir de régularisation exceptionnelle ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord

franco-algérien ;

- compte tenu de la réalité et du sérieux de ses études, de ses perspectives réelles d'emploi à l'issue de sa formation, et de ses liens privés et familiaux forts en France, l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à justifier sa régularisation exceptionnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leur famille, ainsi que le protocole qui y est annexé ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Lepage, substituant Me Monconduit, pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 4 février 2000, est entré en France le 6 novembre 2015 sous couvert d'un visa court séjour. Le 7 septembre 2020, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 16 avril 2021, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C fait appel du jugement du 19 octobre 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

2. D'une part, si M. C fait valoir dans sa requête sommaire que le jugement est insuffisamment motivé, il n'apporte aucune précision à l'appui de ses allégations et n'indique pas, en particulier, quels seraient les moyens soulevés ou les éléments de son argumentation auxquels le tribunal aurait insuffisamment répondu. Dès lors, ce moyen, qui n'est pas assorti des précisions indispensables afin de mettre la cour à même d'en apprécier le bien-fondé, ne peut qu'être écarté.

3. D'autre part, le tribunal s'est expressément prononcé, au point 4 de son jugement, sur le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle par le préfet au regard de l'article

6-5 de l'accord franco-algérien et de sa demande de titre de séjour étudiant. Par suite, le moyen tiré de l'omission à statuer sur ce point ne peut qu'être écarté.

4. Enfin, et à supposer que M. C ait entendu s'en prévaloir pour contester la régularité du jugement, les moyens tirés de ce que les premiers juges ont écarté, à tort, les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation personnelle, du défaut d'examen particulier de sa demande de régularisation exceptionnelle, de l'erreur manifeste d'appréciation du préfet dans la mise en œuvre de son pouvoir de régularisation exceptionnelle, du défaut d'examen particulier de sa demande de titre de séjour au regard des stipulations de l'article 6-5 et du titre III du protocole additionnel de l'accord franco-algérien, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5 de l'accord précité, dont certains n'étaient pas même soulevés en première instance, constituent une critique du bien-fondé du jugement attaqué, et sont, par suite, sans incidence sur sa régularité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet du

Val-d'Oise a examiné la demande de M. C, sur le fondement du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien mais également, à titre subsidiaire, au regard des stipulations de l'article 6-5 du même accord, conformément à la demande de l'intéressé. Il ressort en outre des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet a, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, apprécié l'opportunité d'une mesure régularisation à titre exceptionnel du requérant, au regard de l'ensemble des éléments caractérisant sa situation tant personnelle que familiale. Dans ces conditions, et alors que le préfet n'est pas tenu de faire mention de tous les éléments relatifs à la situation personnelle du demandeur, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait omis de procéder à un examen particulier de sa situation personnelle avant de rejeter sa demande.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : [] / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; ".

7. M. C fait valoir qu'il est entré en France en novembre 2015 à l'âge de quinze ans et a suivi avec sérieux et assiduité sa scolarité de la 3ème à la terminale puis une formation de brevet de technicien supérieur (BTS) Management commercial opérationnel en alternance, dans le cadre de laquelle il a travaillé du 10 septembre 2019 au 31 août 2021 au sein de la société Auto Plus auprès de son oncle, société qui souhaite l'embaucher. Toutefois, sa scolarisation en lycée professionnel et l'exercice d'un emploi d'apprenti à temps partiel dans le cadre de sa formation de BTS, dont il admet ne pas avoir validé in fine le diplôme, ne suffisent pas à démontrer une insertion sociale et professionnelle suffisante sur le territoire français, la promesse d'embauche au poste de vendeur-magasinier dont il se prévaut étant au demeurant postérieure à l'arrêté attaqué. S'il fait état, en outre, de la présence, sur le territoire français, de son oncle et de sa tante qui l'ont recueilli dans le cadre d'une kafala judiciaire, et depuis mars 2019, de sa mère, de son frère né en 2003 et de sa sœur née en 2014, lesquels sont scolarisés en France depuis lors, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C est majeur, célibataire sans enfant et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où réside son père et où il a habituellement vécu jusqu'à l'âge de quinze ans. En outre, sa mère, arrivée récemment sur le territoire, se trouve en situation irrégulière, et rien ne fait donc obstacle à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer en Algérie. Enfin, la circonstance que son frère et sa sœur, qui n'ont pas vocation à rester sur le territoire, soient scolarisés en France à la date de l'arrêté attaqué n'est pas de nature à lui conférer un droit particulier au séjour. Ainsi, et eu égard à la durée et aux conditions du séjour de M. C en France, l'arrêté en litige ne peut être regardé comme ayant porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris, et n'a, par suite, méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle.

8. En dernier lieu, aux termes des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " ". Cependant aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ". Il résulte de la combinaison de ces stipulations, qui régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, que la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant " est subordonnée à l'obtention d'un visa de long séjour. L'autorité administrative compétente peut, toutefois, délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il appartient ainsi au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. Il est constant que M. C ne disposait pas d'un visa de long séjour et que le préfet pouvait dès lors lui refuser, pour ce seul motif, la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant " sur le fondement du premier alinéa du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. En outre, s'il est toujours loisible au préfet de délivrer à titre discrétionnaire un titre de séjour à un étranger qui ne remplit pas les conditions fixées par l'accord franco-algérien, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, que le préfet du Val-d'Oise aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant à l'intéressé une mesure de régularisation à titre exceptionnel.

10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,

Mme Danielian, présidente assesseure,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

I. BLa présidente,

L. Besson-LedeyLa greffière,

C. Fourteau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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