jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-22VE00105 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL HENRI ABECASSIS |
Vu la procédure suivante :
Procédures contentieuses antérieures :
Par une demande enregistrée sous le n° 1906828, la société Schindler a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler la décision du 21 décembre 2017 et les quatre décisions du 27 novembre 2018 par lesquelles l'office public de l'habitat (OPH) Courbevoie Habitat lui a infligé des pénalités de retard pour un montant total de 97 864,96 euros, ainsi que la décision du 29 mars 2019 de rejet de sa réclamation du 1er février 2019, et de mettre à la charge de l'OPH Courbevoie Habitat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par une demande enregistrée sous le n° 1909932, la société Schindler a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler le titre exécutoire émis à son encontre le 24 mai 2019 par l'OPH Courbevoie Habitat pour un montant total de 71 407,16 euros et de mettre à la charge de l'OPH Courbevoie Habitat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n° 1909932 et 1906828 du 16 novembre 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a, après avoir joint ces deux affaires, rejeté la demande enregistrée sous le n° 1906828, annulé le titre exécutoire émis le 24 mai 2019 par l'OPH Courbevoie Habitat à l'encontre de la société Schindler pour un montant de 71 407,16 euros, mis à la charge de l'OPH Courbevoie Habitat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et rejeté les conclusions de l'OPH Courbevoie Habitat présentées sur ce même fondement.
Procédure devant la cour :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 janvier 2022, le 19 décembre 2022 et le 17 mars 2023, l'office public de l'habitat (OPH) Courbevoie Habitat, représenté par Me Abecassis, avocat, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a annulé le titre exécutoire émis à l'encontre de la société Schindler le 24 mai 2019 pour un montant de 71 407,16 euros et a mis à sa charge la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) de rejeter la demande présentée par la société Schindler devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
3°) de condamner la société Schindler à lui verser la somme de 71 407,16 euros au titre des pénalités de retard ;
4°) de mettre à la charge de la société Schindler la somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement attaqué a été pris au terme d'une procédure violant les droits de la défense garantis par l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que le tribunal administratif a refusé la constitution de son avocat ; la formation de jugement n'a pas fait preuve d'une impartialité objective et a méconnu le principe d'une instruction loyale ; le refus de prendre en compte sa note en délibéré méconnaît l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le principe du contradictoire ;
- le jugement attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des termes du contrat liant les deux parties dès lors qu'il n'était pas tenu de joindre à sa demande de paiement le récapitulatif des données de télésurveillance sur la base desquelles il a calculé les pénalités ;
- la société Schindler est tenue à une obligation de résultat prévue par les stipulations de l'article 8 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché ;
- il ne saurait se voir reprocher une méconnaissance des stipulations de l'article 11.1 du CCAP dès lors que la liste des retards d'intervention a été jointe aux décisions de pénalités ;
- l'article 11.2.1 du CCAP n'impose pas d'obligation de signalement des manquements préalablement à l'édiction des pénalités pour non-respect des délais, conformément à l'article 14.1.1 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services ;
- en tout état de cause, l'absence de signalement, à la supposer avérée, n'entache pas le bien-fondé du titre exécutoire dès lors qu'il disposait d'une liberté de choix dans la mise en œuvre des pénalités de retard ;
- le mode de calcul et la procédure de liquidation des pénalités prévus par l'article 11 du CCAP ont été respectés ;
- seul le bordereau de titre de recettes doit être signé ;
- à supposer que le titre exécutoire soit entaché d'une irrégularité en la forme, une telle irrégularité n'emporte pas nécessairement l'extinction de la créance dès lors que cette irrégularité peut être régularisée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 mars 2022 et le 27 février 2023, la société Schindler, représentée par Me Sabattier, avocat, demande à la cour :
1°) de rejeter la requête ;
2°) de mettre à la charge de l'OPH Courbevoie Habitat la somme de 4 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le second alinéa du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et la circulaire n° 11-008-M0 prévoient que les titres exécutoires doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de la personne qui les émet à peine d'irrégularité ; en l'espèce, le titre exécutoire du 24 mai 2019 méconnaît ces dispositions ;
- ce titre exécutoire ne mentionne pas les bases de liquidation du montant mis à sa charge et est, par suite, irrégulier ;
- les documents de télésurveillance produits pour la première fois en appel sont dépourvus de force probante ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la cour était susceptible de relever d'office un moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions de l'OPH de Courbevoie Habitat tendant à la condamnation de la société Schindler à lui verser la somme de 71 407,16 euros au titre des pénalités de retard sont nouvelles en appel et, par suite, irrecevables.
Par un courrier du 7 mai 2024, l'OPH de Courbevoie a produit des observations en réponse à ce moyen et déclaré se désister de ses conclusions tendant à la condamnation de la société Schindler à lui verser la somme de 71 407,16 euros au titre des pénalités de retard.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Houllier,
- les conclusions de Mme Janicot, rapporteure publique,
- et les observations de Me Freitas pour l'OPH de Courbevoie.
Considérant ce qui suit :
1. L'OPH de Courbevoie Habitat fait appel du jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 16 novembre 2021 en tant que le tribunal a annulé le titre exécutoire émis le 24 mai 2019 à l'encontre de la société Schindler, titulaire d'un marché de prestations d'entretien, de maintenance, de dépannage et de travaux de mise en conformité et de modernisation des ascenseurs de son parc immobilier, et a mis à sa charge la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il demande à la cour de rejeter la demande de la société Schindler tendant à l'annulation de ce titre exécutoire et de condamner cette société à lui verser la somme de 71 407,16 euros au titre des pénalités de retard.
Sur le désistement de l'OPH de Courbevoie Habitat de ses conclusions tendant à la condamnation de la société Schindler à lui verser la somme de 71 407,16 euros :
3.Dans son mémoire susvisé du 19 décembre 2022, l'OPH de Courbevoie Habitat a demandé la condamnation de la société Schindler à lui verser la somme de 71 407,16 euros au titre des pénalités de retard. Toutefois, en réponse au courrier de la cour l'informant qu'elle était susceptible de se fonder sur l'irrecevabilité de ces conclusions nouvelles en appel, l'OPH de Courbevoie a indiqué " retirer les conclusions critiquées et se contenter de demander l'infirmation du jugement ". Il doit, par suite, être regardé comme s'étant désisté de ces conclusions. Ce désistement est pur et simple. Il y a lieu, dès lors, d'en donner acte.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En ce qui concerne la régularité du jugement attaqué :
4. En premier lieu, selon l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. () ". En outre, selon l'article R. 732-1 du code de justice administrative : " Après le rapport qui est fait sur chaque affaire par un membre de la formation de jugement ou par le magistrat mentionné à l'article R. 222-13, le rapporteur public prononce ses conclusions lorsque le présent code l'impose. Les parties peuvent ensuite présenter, soit en personne, soit par un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, soit par un avocat, des observations orales à l'appui de leurs conclusions écrites. () ".
5. L'OPH Courbevoie Habitat soutient qu'en refusant la constitution d'un avocat au soutien de ses intérêts, réalisée au cours de l'audience du 2 novembre 2021, le tribunal administratif a violé son droit à un avocat en méconnaissance des droits de la défense et du principe du contradictoire et que la formation de jugement a ainsi fait preuve de partialité et n'a pas mené une instruction loyale. Si, dans l'affaire enregistrée sous le n° 19006828, l'OPH Courbevoie Habitat était représenté par un avocat qui a produit plusieurs mémoires en défense, aucun avocat ne s'est constitué en défense de ses intérêts dans l'instance n° 1909932. Toutefois, il ressort des pièces du dossier de première instance que la demande de la société Schindler présentée sous le n° 1909932 a été introduite le 2 août 2019 et communiquée à l'OPH Courbevoie Habitat le 26 août 2019, ce dernier en ayant accusé réception le 2 septembre 2019, soit plus de deux ans avant la date de l'audience, et que, si aucune mise en demeure de conclure ne lui a été adressée, plusieurs clôtures d'instruction lui ont été régulièrement notifiées, l'OPH Courbevoie Habitat ne contestant d'ailleurs pas les avoir reçues dès lors qu'il indique qu'il considérait " la seconde procédure () comme systématiquement jointe à la première " ce qui est " la raison pour laquelle [il] n'avait pas jugé utile d'en informer son Conseil ". Dans ces conditions, l'OPH Courbevoie Habitat, qui n'ignorait pas l'existence de cette seconde procédure et a néanmoins choisi de ne pas en informer son conseil, ne saurait soutenir qu'il a été privé de son droit à un avocat. En outre, si le requérant soutient que la formation de jugement a fait preuve de partialité et n'a pas mené une instruction loyale, il n'apporte aucun élément de nature à établir que le tribunal aurait méconnu les principes susmentionnés alors que l'affaire était en état d'être jugée, que rien ne faisait obstacle à ce que l'OPH Courbevoie Habitat présente des observations en temps utile avant la tenue de l'audience et que les dispositions précitées de l'article R. 732-1 du code de justice administrative n'imposent pas au président de la formation de jugement de donner la parole aux parties n'ayant pas présenté d'observations écrites. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement attaqué de ces chefs doit être écarté.
6. En second lieu, hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Le requérant ne peut donc utilement se prévaloir de l'erreur manifeste d'appréciation commise par les premiers juges pour demander l'annulation du jugement attaqué.
En ce qui concerne la légalité du titre exécutoire :
7. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. En l'espèce, le tribunal administratif a annulé le titre exécutoire litigieux aux motifs, d'une part, qu'il était irrégulier en la forme faute de comporter le nom, le prénom et la qualité de son signataire ainsi que l'exigent les articles L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et, d'autre part, qu'il était infondé dès lors que l'OPH Courbevoie Habitat n'avait produit aucun élément de nature à justifier l'existence des retards qu'il imputait à la société Schindler.
8. Aux termes, d'une part, de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " En application de l'article 4 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ". Aux termes, d'autre part, du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par l'une des autorités administratives mentionnées à l'article 1er comporte, outre la signature de son auteur, la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".
9. Il résulte des dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales citées au point précédent que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point précédent de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
10. Si l'OPH de Courbevoie Habitat soutient que seul le bordereau de titre de recettes doit être signé, il ressort du dossier de première instance que la société Schindler se prévalait uniquement de l'absence de mention des nom, prénoms et qualité de la personne qui a émis le titre. Il ressort du titre exécutoire en litige que ce dernier ne mentionne que l'OPH de Courbevoie Habitat, sans qu'aucune autre pièce ne permette, au surplus, de compenser cette insuffisance. En outre, si l'OPH de Courbevoie Habitat doit être regardé comme soutenant que l'irrégularité du titre exécutoire en ce qu'il ne contiendrait pas les nom, prénoms et qualité de son signataire est susceptible de régularisation et n'emporte donc pas, pour cette raison, l'extinction de la créance, cette circonstance est sans incidence sur l'irrégularité du titre en litige. Par suite, l'OPH de Courbevoie Habitat n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif a retenu ce moyen et annulé le titre exécutoire litigieux.
11. En revanche, selon l'article 3 de l'acte d'engagement du marché conclu entre la société Schindler et l'OPH de Courbevoie Habitat : " En cas de défaillance du titulaire, le pouvoir adjudicateur pourra appliquer les pénalités prévues au CCAP ". Selon l'article 8 du cahier des clauses administratives particulière (CCAP) de ce marché : " Au-delà des obligations réglementaires, le Prestataire reconnaît et accepte que les obligations suivantes, auxquelles il s'engage au titre du Contrat, revêtent le caractère d'obligation de résultat : () / la fourniture d'une qualité de service répondant aux exigences décrites dans le Contrat, notamment en terme de () / - respect du délai de désincarcération (45 minutes maximum), / - respect des délais de dépannage avec ou sans remplacement de pièces (article 3 du CCTP), / - respect du délai de remise en service des ascenseur (72 heures maximum), hors cas particulier détaillé au bordereau de temps de l'annexe III à l'acte d'engagement () ". En outre, selon l'article 3.2.4 du cahier des clauses techniques particulière (CCTP) de ce marché : " Intervention sur site / Le délai d'intervention est le délai d'arrivée sur site du Prestataire à compter de sa réception du dysfonctionnement. Les délais d'intervention sont définis comme suit : / - Anomalie de fonctionnement n'affectant pas la sécurité / -- Pour un appel reçu de 8 heures à 22 heures, quel que soit le jour, le Prestataire intervient, dans un délai maximum de 2 heures, à partir de la réception de l'appel téléphonique, de la télécopie ou du message par télésurveillance. / -- Pour un appel reçu entre 22 heures et 8 heures, le Prestataire intervient au plus tard à 10 heures du matin. / - Anomalie de fonctionnement affectant la sécurité () / Le prestataire intervient dans un délai maximum de 45 minutes suite à l'appel téléphonique, télécopie, déclenchement de la téléalarme ou de la télésurveillance. Son intervention est effective 7 jours /7, 24 heures / 24 ". L'article 3.2.6 du CCTP prévoit également : " Intervention pour débloquer des usagers en cabine / Le prestataire intervient dans un délai maximum de 45 minutes suite à appel téléphonique, télécopie, déclenchement de téléalarme ou de la télésurveillance. Son intervention est effective 7 jours/7 et 24 heures/24, quel que soit le jour de l'année et l'heure ".
12. L'OPH de Courbevoie Habitat produit, pour la première fois en appel, les états d'intervention issus des données de télésurveillance mentionnant les divers incidents nécessitant une intervention ainsi que les dates et heures de chaque incident et de l'arrivée du technicien permettant de calculer les délais rappelés ci-dessus résultant des articles 3.2.4 et 3.2.6 du CCTP. Si la société Schindler en conteste le caractère probant, ces listes font précisément apparaître, outre les données susmentionnées, le lieu de l'intervention et le numéro Getraline, prestataire de télésurveillance, et permettent de vérifier les modalités de calcul des pénalités infligées par le titre exécutoire contesté sans que leur authenticité ne puisse être réellement mise en doute. Par suite, l'OPH de Courbevoie Habitat est fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif a estimé que les pénalités infligées à la société Schindler étaient mal fondées.
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu pour la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par la société Schindler devant le tribunal administratif.
14. En premier lieu, si, en vertu du principe selon lequel un état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la dette, l'OPH de Courbevoie Habitat ne pouvait mettre en recouvrement les sommes en cause sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde pour mettre ces sommes à la charge de la société Schindler, il ressort du titre litigieux que ce dernier indique, sous l'intitulé " objet et décompte de la recette ", " décision no 6 - no 7 - no 8 / mise en pénalité / 2016-2017 " faisant ainsi référence aux décisions de mise en pénalité, reçues par la société Schindler le 7 décembre 2018, qui précisent, à chaque fois, les motifs de ces pénalités. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation du titre exécutoire doit être écarté.
15. En second lieu, selon l'article 11.1 du CCAP : " Les pénalités sont applicables en cas de non respect des niveaux de qualité par le Prestataire et sont incitatives à un meilleur respect des niveaux de qualité par le Prestataire. En cas de manquement aux stipulations du marché, le client se réserve le droit d'appliquer les pénalités qui y sont définies. La mise en œuvre des pénalités, s'il y a lieu, est librement et exclusivement décidée par le seul client. () / Le calcul des pénalités est effectué mensuellement et automatiquement à l'initiative du Client sur la base des données issues du système de télésurveillance. Les pénalités sont liquidées sur une base semestrielle. En conséquence, et à la discrétion du Client, soit le montant calculé sur la base des données issues du système de télésurveillance sera déduit une fois par semestre de la facturation à venir du Prestataire, soit ce montant fera l'objet d'une facturation distincte par le Client et d'un paiement par le Prestataire () ". Aux termes de l'article 11.2 de ce CCAP : " Mode de calcul des pénalités / 11.2.1 Pénalités / Des pénalités pourront être appliquées dans certains cas. Elles seront alors calculées selon les principes suivants et appliquées (sauf précision) sur les prix TTC. Elles sont imputables sur le montant du semestre suivant l'anomalie constatée. / Les manquements du Prestataire à ses obligations lui sont signalés par le Client dès leur constatation et par écrit. / En cas de dépassement des délais, les pénalités résultent de la simple constatation des dépassements des temps prévus sans qu'il soit besoin d'une mise en demeure préalable. / L'ensemble des pénalités prévues ci-dessous, calculées sur les 12 derniers mois, ne dépassera pas 20% du montant annuel du contrat sur la même période. () / 11.2.4 Retard d'intervention / - En cas de retard lié à l'intervention, en vue de débloquer et sortir des usagers cabine (désincarcération), telle que définie à l'article 3.2.6 du CCTP, une pénalité de 150 € TTC pourra être appliquée. / - En cas de non respect des délais de dépannage ou d'intervention prévues à l'article 3.2. du CCTP, il sera appliqué une pénalité égale à 30 € TTC par quart d'heure de retard. / () ".
16. La société Schindler soutient que le titre exécutoire litigieux méconnaît ces stipulations dès lors que l'OPH de Courbevoie Habitat ne lui a pas signalé, dès leur constatation et par écrit, chacun des manquements ou retards constatés dans l'exécution de ses prestations conformément à l'article 11.2 du CCAP et en violation de l'objectif incitatif des pénalités visé à l'article 11.1 du même CCAP. Toutefois, il résulte des stipulations précitées de l'article 11.2 que, si les manquements du prestataire à ses obligations sont signalés dès leur constatation et par écrit, cependant les manquements résultant d'un dépassement des délais prévus " résultent de la simple constatation des dépassements des temps prévus ". Par suite, l'OPH de Courbevoie Habitat n'était pas tenu de procéder à un signalement préalable, par écrit, des manquements ayant ensuite donné lieu aux pénalités litigieuses.
17. Si la société Schindler soutient également que le calcul des pénalités devait être réalisé mensuellement sur la base des données issues du système de télésurveillance et liquidées sur une base semestrielle conformément à l'article 11.1 précité du CCAP, il résulte de l'instruction que les pénalités 6 à 8 ont bien été liquidées sur une base semestrielle sur la base de données suffisamment détaillées pour être mensualisées. Par suite, ce moyen doit également être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que l'OPH de Courbevoie Habitat n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé le titre exécutoire du 24 mai 2019 pour irrégularité en la forme.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société Schindler, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que l'OPH de Courbevoie Habitat demande à ce titre. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OPH de Courbevoie Habitat la somme que la société Schindler demande sur le fondement des mêmes dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : Il est donné acte du désistement de l'OPH de Courbevoie Habitat de ses conclusions tendant à la condamnation de la société Schindler à lui verser la somme de 71 407,16 euros au titre des pénalités de retard.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de l'OPH de Courbevoie Habitat est rejeté.
Article 3 : Les conclusions de la société Schindler présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à l'OPH de Courbevoie Habitat et à la société Schindler. Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Signerin-Icre, présidente,
M. Camenen, président-assesseur,
Mme Houllier, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La rapporteure,
S. HoullierLa présidente,
C. Signerin-Icre
La greffière,
T. René-Louis-Arthur
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026