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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE00560

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE00560

mardi 4 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE00560
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantKOLIMEDJE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A C a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 21 juin 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2108159 du 29 juillet 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2022, M. A C, représenté par Me Kolimedje, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement est insuffisamment motivé ;

- le premier juge a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur le bien-fondé du jugement :

- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle se fonde sur la décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale dès lors qu'elle se fonde sur la décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ainsi que sur l'obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle n'est pas motivée s'agissant de sa situation personnelle.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A C est un ressortissant marocain né le 27 mars 1990 à Berkane, qui a déclaré être entré en France en décembre 2020. Par un arrêté du 21 juin 2021, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A C relève appel du jugement du 29 juillet 2021 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a pris en considération l'ensemble des éléments soumis à son appréciation et a répondu par un jugement qui est suffisamment motivé à l'ensemble des moyens soulevés dans la demande. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement serait insuffisamment motivé doit être écarté.

4. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. A C ne peut donc utilement se prévaloir de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le premier juge pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, M. A C, qui n'a pas sollicité son admission au séjour, ne peut se prévaloir de l'illégalité d'une décision inexistante de refus de délivrance d'un titre de séjour pour soutenir que l'obligation de quitter le territoire contestée doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ce refus de titre de séjour.

6. En deuxième lieu, si M. A C soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ressort tant des visas de l'arrêté en litige que de ses motifs que l'obligation de quitter le territoire français n'a pas été prise sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 mais sur le fondement du 1° de ce même article qui prévoit que l'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français l'étranger ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qui s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Au demeurant et en tout état de cause, il est constant que M. A C est entré en France irrégulièrement et il n'est pas contesté qu'il n'était pas titulaire d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En troisième lieu, M. A C, célibataire et sans enfant, résidait en France depuis seulement six mois à la date de la décision contestée. S'il soutient entretenir une relation amoureuse, il ne produit aucune pièce pour justifier de la réalité de cette relation. M. A C soutient également que presque tous les membres de sa famille résident en France. Toutefois, il ne l'établit pas par les pièces qu'il produit. Enfin, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a lui-même vécu au moins jusqu'à l'âge de trente ans. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit de M. A C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but qu'elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. A C en l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Et aux termes de l'article L 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () ".

10. Si M. A C soutient qu'en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ressort de l'arrêté en litige que le refus de départ volontaire n'est pas fondé sur le 1° de l'article L. 612-2 mais sur le 3° de ce même article, c'est-à-dire sur le risque de fuite et non sur la menace à l'ordre public. Au surplus, il est constant que M. A C est entré irrégulièrement en France et il ressort du procès-verbal de son audition devant les services de police judiciaire qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Le préfet a donc pu, à bon droit, considérer que M. A C risquait de soustraire à l'obligation de quitter le territoire français et, par conséquent, ne pas assortir cette obligation de quitter le territoire français d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7. de la présente ordonnance, la décision de refus de délai de départ volontaire ne porte pas au droit de M. A C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel elle a été prise.

12. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :

13. En premier lieu, d'une part, M. A C ne peut, en tout état de cause, se prévaloir de l'illégalité d'un refus de titre de séjour inexistant pour soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire contestée doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ce refus de titre de séjour. D'autre part, il ressort de ce qui vient d'être dit que M. A C n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "

15. Il ressort des termes de la décision contestée que le préfet, a constaté la situation irrégulière en France de l'intéressé, relevé la durée de son séjour dans ce pays, ainsi que ses liens sur place et a vérifié que la décision litigieuse ne portait pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Au regard de ces éléments, il a considéré que M. A C ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français et que la durée de cette interdiction devait être fixée à un an. La motivation de la décision en litige atteste donc que, pour la prendre, le préfet a tenu compte de l'ensemble des critères prévus par la loi. Par suite, le préfet a suffisamment motivé sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

16. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7. de la présente ordonnance, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne porte pas au droit de M. A C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel elle a été prise.

17. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A C.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 4 juillet 2023.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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