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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE00824

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE00824

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE00824
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantAUCHER-FAGBEMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2021 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé de ce qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Par un jugement n° 2109716 du 8 mars 2022, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2022, M. B, représenté par Me Aucher, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de cette notification et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement omet de répondre au moyen tiré de l'irrégularité de la notification de l'arrêté du préfet des Yvelines du 8 novembre 2011 et à ceux tirés de la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 7 de la directive européenne 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 7 de la directive européenne 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le risque de fuite n'est pas établi ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 7 de la directive européenne 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le risque de fuite n'est pas établi ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des liberté fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la directive européenne 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B est un ressortissant congolais né le 5 mars 1974 à Mushie, qui a déclaré être entré en France au cours de l'année 2011. Par un arrêté du 8 novembre 2021, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B relève appel du jugement du 8 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés. ".

4. Si M. B soutient que le tribunal administratif aurait omis de répondre au moyen tiré de l'irrégularité de la notification de l'arrêté du préfet des Yvelines du 8 novembre 2011, en tout état de cause, ce moyen était inopérant, dès lors que l'irrégularité alléguée aurait été sans incidence sur la légalité de cet arrêté. Par suite, le tribunal administratif a pu, sans entacher son jugement d'irrégularité, s'abstenir d'y répondre.

5. M. B soutient que le tribunal aurait omis de répondre aux moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 7 de la directive européenne 2008/115/CE du 16 décembre 2008 soulevés à l'encontre du refus d'accorder un délai de départ volontaire. Le tribunal administratif a toutefois répondu à ces moyens aux points 4, 5 et 7 du jugement attaqué. Il n'a donc pas omis d'y répondre, et le moyen tiré de cette prétendue omission doit être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent. Ainsi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le préfet n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. B, notamment la durée alléguée de sa présence en France, elle est suffisamment motivée.

7. En deuxième lieu, si M. B entend invoquer la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 7 de la directive susvisée, de tels moyens sont en tout état de cause inopérants à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français qui ne refuse pas de délai de départ volontaire. Par suite, ils doivent être écartés.

8. En troisième lieu, si M. B entend invoquer la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales susvisée, un tel moyen est en tout état de cause inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français qui ne fixe pas le pays de destination. Par suite, il doit être écarté.

9. En dernier lieu, le requérant entend se prévaloir de l'ancienneté de sa présence sur le territoire national, d'une adresse stable et de l'absence de menace à l'ordre public qu'il représenterait. Il affirme qu'il remplirait les conditions pour obtenir un titre de séjour. Il ne justifie pas, cependant, résider habituellement en France depuis 2011 alors qu'il ne conteste pas, en outre, avoir fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées, s'étant maintenu sur le territoire français en situation irrégulière. Il ne justifie ni même n'allègue d'aucune intégration affective, sociale ou professionnelle particulière en France et ne conteste pas que son enfant se trouverait dans son pays d'origine. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, que le préfet a au demeurant sérieusement examinée, ainsi que le révèlent les termes de sa décision.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, la décision contestée vise les articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne notamment que le requérant s'est soustrait à plusieurs mesures d'éloignement. Elle est dès lors suffisamment motivé en tant qu'elle lui refuse l'octroi d'un délai de départ volontaire.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code: " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (). ".

12. M. B ne conteste pas s'être déjà soustrait à de précédentes décisions d'éloignement, en 2013 et en 2016. Dès lors, en estimant que M. B risquait de se soustraire à la décision d'éloignement qu'il prononçait à son encontre, et en refusant pour ce motif suffisant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet n'a pas méconnu les dispositions citées au point précédent.

13. En troisième lieu, le requérant reprend appel le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 7 de la directive susvisée. Toutefois, comme l'ont d'ailleurs relevé les premiers juges, cette directive ayant été transposée en droit interne, il ne peut utilement s'en prévaloir.

14. En quatrième lieu, si M. B entend invoquer la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales susvisée, un tel moyen est en tout état de cause inopérant à l'encontre du refus d'accorder un délai de départ volontaire, qui ne fixe pas le pays de destination. Par suite, il doit être écarté.

15. En cinquième lieu, compte tenu des éléments exposés au point 9 de la présente ordonnance, et notamment de ce que le requérant ne justifie d'aucune forme d'intégration sur le territoire national, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

17. Il ressort des termes de la décision contestée, prise sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que pour en fixer la durée, le préfet a constaté la situation irrégulière en France de l'intéressé, la durée de son séjour dans ce pays, ses liens personnels sur place et ceux qu'il conservait dans son pays d'origine, a évalué la qualité de l'intégration sociale et professionnelle en France de l'intéressé et a estimé que la décision litigieuse ne portait pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale, telle qu'elle ressortait de l'examen approfondi qui a été mené ainsi que, notamment, de ses déclarations, une atteinte disproportionnée.

18. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui n'établit pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans comme il le soutient, ne justifie d'aucune forme d'intégration en France alors qu'il ne conteste pas conserver des attaches dans son pays d'origine où se trouve son fils. Le préfet, au vu de ces éléments, a estimé à juste titre que le requérant ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Il était, dès lors, tenu de prendre cette interdiction en vertu de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au vu de ces éléments, il en a suffisamment motivé la durée en application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispositions dont il a fait une application légale et exacte. Les moyens tirés des erreurs de droit et de l'erreur d'appréciation qu'aurait commises le préfet doivent ainsi être écartés.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Yvelines.

Fait à Versailles, le 28 septembre 2023.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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