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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE01142

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE01142

mardi 14 novembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE01142
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantSIDI-AÏSSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 17 août 2021 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours.

Par un jugement n° 2108050 du 1er avril 2022, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 9 mai 2022, M. A, représenté par Me Sidi-Aïssa, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, ou à défaut de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- c'est à tort que le tribunal a écarté son moyen tiré de ce que le préfet n'avait pas saisi pour avis la commission du titre de séjour ;

- s'il ne remplissait pas les conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour, les stipulations de l'accord franco-marocain n'interdisaient pas au préfet d'apprécier sa demande d'admission exceptionnelle au séjour dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle ; l'administration n'a pas fait usage de son pouvoir de régularisation ; elle n'a pas pris en compte l'ancienneté de sa présence en France depuis dix ans et son insertion professionnelle ;

- l'arrêté contesté porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du royaume du Maroc du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant marocain né le 1er mai 1978, qui déclare être entré en France le 17 août 2011, a sollicité le 25 février 2019 son admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié ". Par un arrêté du 17 août 2021, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. A relève appel du jugement du 1er avril 2022 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces deux décisions.

3. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

4. En premier lieu, l'accord franco-marocain n'a pas entendu écarter l'application des dispositions de procédure du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. " Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du même code : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ". Il résulte de ces dispositions que la commission du titre de séjour doit être saisie par l'autorité administrative pour avis dès lors que cette dernière envisage de refuser l'octroi d'un titre de séjour à un ressortissant étranger qui justifie avoir résidé habituellement en France pendant plus de dix ans.

5. Si M. A soutient être entré en France le 17 août 2011, il ressort des pièces du dossier, notamment des tampons apposés sur son passeport, à cette date qu'il est entré en Espagne, à Algésiras. Le requérant n'établit pas en revanche la date de son entrée en France. L'unique preuve de présence en France qu'il fournit au titre de l'année 2011 est une ordonnance de prescription de médicaments datée du 24 novembre 2011. Par suite, l'arrêté contesté du 17 août 2021 étant intervenu moins de dix après l'entrée en France de l'intéressé, la commission du titre de séjour n'avait pas à être préalablement consultée.

6. En deuxième lieu, l'arrêté contesté précise que M. A a fait l'objet de deux précédents refus de titre de séjour assortis d'obligations de quitter le territoire qui n'ont pas été exécutés, que les recours formés contre ces décisions ont été rejetés, qu'il ne justifie pas d'un contrat visé, qu'il est célibataire sans enfant et que, si ses parents et une partie de sa fratrie résident en France, il a vécu éloigné de sa famille et n'est pas dépourvu d'attache familiale au Maroc où il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans. Au vu de ces éléments, le préfet a considéré que le refus de séjour et la mesure d'éloignement ne portaient pas une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et à la vie familiale de M. A. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet des Yvelines n'aurait pas examiné l'opportunité d'une mesure de régularisation manque en fait.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. M. A soutient que son droit au respect de sa vie privée et familiale a été méconnu en faisant valoir qu'il réside en France depuis plus de dix ans, que ses parents ainsi que ses frères et sœurs se trouvent sur le territoire français en situation régulière, qu'il a la volonté de s'intégrer à la société française notamment du fait qu'il a trouvé un emploi et qu'il a suivi des cours de français, et qu'il n'a commis aucune infraction. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, célibataire et sans charge de famille, a déjà fait l'objet de deux refus de titre de séjour assortis de mesures d'éloignement pris à son encontre le 24 mars 2014 et le 2 juin 2017, auxquelles il s'est soustrait. Le tribunal administratif de Versailles a rejeté les recours formés contre ces deux arrêtés. Au soutien de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée le 11 février 2019, M. A a produit une demande d'autorisation de travail et des bulletins de paie qui lui ont été fournis par une société Proxi, impliquée dans des faits d'aide au séjour irrégulier, pour avoir fourni à des étrangers en situation irrégulière de fausses promesses d'embauche et de faux bulletins de paie, ainsi qu'il ressort du jugement correctionnel du 12 novembre 2020 du tribunal judiciaire de Pontoise qui condamne sa gérante. Enfin, si M. A se prévaut de la présence en France de ses parents et de quatre sœurs en séjour régulier, il n'établit ni la nécessité de sa présence auprès d'eux, ni être dépourvu d'attache familiale dans son pays d'origine où réside un autre membre de sa fratrie et où lui-même a vécu jusqu'au moins l'âge de 33 ans. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, la requête doit être rejetée, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris, par voie de conséquence, de ses conclusions présentées à titre accessoire et de ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Yvelines.

Fait à Versailles, le 14 novembre 2023.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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