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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE01144

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE01144

mardi 14 novembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE01144
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantHAROUNA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 23 février 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2200686 du 4 mai 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2022, M. A, représenté par Me Harouna, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté contesté.

Il soutient que :

- le jugement est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ; les services de police n'ont pas vérifié sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant algérien né le 13 février 1997, entré en France en décembre 2019 selon ses déclarations, a fait l'objet d'une retenue pour vérification du droit au séjour dans le cadre d'une enquête relative à son projet de mariage avec une ressortissante française. Par un arrêté du 23 février 2022, la préfète d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français durant un an. M. A relève appel du jugement du 4 mai 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. En premier lieu, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a pris en considération l'ensemble des éléments soumis à son appréciation et a répondu par un jugement qui est suffisamment motivé à l'ensemble des moyens soulevés dans la demande. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement serait insuffisamment motivé doit être écarté. Si M. A conteste le bien-fondé de ces motifs, ce moyen relève de l'appréciation de la légalité de l'arrêté contesté et est sans incidence sur la régularité du jugement attaqué.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

4. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et mentionne que M. A a déclaré être entré irrégulièrement en France par l'Espagne en décembre 2019, qu'il n'a pas demandé de titre de séjour, qu'il a déclaré sans le justifier vivre avec une ressortissante française enceinte de quatre mois dont il a reconnu l'enfant à naître, qu'il est sans ressource et n'est pas dépourvu d'attache familiale en Algérie. Il comporte les éléments de droit et de fait qui le fondent et est, ainsi, suffisamment motivé. Si le requérant fait valoir que les services de police n'ont pas cherché à vérifier ses déclarations, ce moyen relève de l'appréciation du bien-fondé des éléments de fait pris en compte par l'administration et sont sans incidence sur la régularité formelle de l'arrêté contesté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A soutient que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie personnelle et familiale, dès lors qu'il entretient une relation avec une ressortissante française, qu'ils vivent en concubinage depuis le 1er janvier 2021 et que sa compagne est enceinte d'un enfant qu'il a reconnu par anticipation le 12 janvier 2022. Toutefois, M. A, qui est entré en France et s'y est maintenu irrégulièrement, ne justifie d'aucune insertion professionnelle et sa relation avec une ressortissante française était récente à la date de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, alors que M. A ne justifie pas être dépourvu d'attache en Algérie, où il a vécu la majeure partie de sa vie, la mesure d'éloignement contestée ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la préfète d'Indre-et-Loire.

Fait à Versailles, le 14 novembre 2023.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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