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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE01516

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE01516

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE01516
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 20 août 2020 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2102387 du 2 juin 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 18 juin 2022, Mme A, représentée par Me Msika, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 600 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- les motifs du jugement attaqué sont entachés de contradiction ;

- le tribunal a violé les droits de la défense en ne sollicitant pas la production par le préfet du rapport médical sur le fondement duquel le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration se sont prononcés ;

- le tribunal a inversé la charge de la preuve à plusieurs reprises ;

- il a méconnu les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché d'une erreur d'appréciation de son état de santé et de la possibilité pour elle de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- il n'a pas sérieusement examiné sa situation personnelle, faute notamment de tenir compte de l'ensemble des pièces qu'elle avait versées au soutien de sa requête ;

- il a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

Sur le bien-fondé du jugement :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de l'arrêté litigieux ;

- faute d'apporter cette justification, le préfet doit être regardé comme ayant commis un détournement de pouvoir ;

- l'arrêté litigieux n'est pas motivé ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que son droit à être entendue n'a pas été respecté ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement saisi la commission du titre de séjour en dépit de l'ancienneté de sa résidence habituelle en France ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet de produire l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- puisqu'il ne prévoit pas de délai de départ volontaire, cet arrêté méconnaît les dispositions de la directive de l'Union européenne 2008/115/CE, lesquelles n'ont pas été transposées en droit interne dans les délais impartis aux institutions françaises pour ce faire ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en se croyant lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il a méconnu l'étendue de sa compétence en n'examinant pas spontanément sa demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur d'appréciation de la possibilité pour elle de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- pour les mêmes motifs, il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle de Versailles près le tribunal judiciaire de Versailles en date du 27 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A, ressortissante haïtienne née le 9 septembre 1966 à Aquin, qui a déclaré être entrée en France le 8 janvier 2006 munie d'un visa, a sollicité le 22 octobre 2019 le renouvellement de son admission au séjour au titre des dispositions du 11 ° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 août 2020, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A relève appel du jugement du 2 juin 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. En considérant au point 14 du jugement attaqué que la requérante " sout[enait] () être isolée en Haïti " mais qu'elle ne " justifi[ait] nullement être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine ", le tribunal ne s'est pas contredit.

4. Les premiers juges ne se sont pas fondés sur le rapport médical sur la base duquel a été élaboré l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 3 mars 2020. Ils n'étaient pas tenus, pour statuer sur la requête de Mme A, d'ordonner la communication de ce rapport, que la requérante était par ailleurs libre de solliciter auprès de cet office. Les droits de la défense n'ont pas été violés.

5. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Mme A ne peut donc utilement se prévaloir du défaut d'examen sérieux de sa situation, ni d'erreurs de droit ou d'appréciation qu'auraient commises les premiers juges pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur le bien-fondé du jugement :

6. Il ressort des pièces du dossier de première instance que l'arrêté contesté a été

signé par Mme C D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration à la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficie d'une délégation permanente de signature en vertu d'un arrêté du préfet du Val-d'Oise n° 19-078 du 2 septembre 2019, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, aux fins de signer notamment " toute obligation de quitter le territoire français (OQTF) avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire, toute décision fixant le pays de destination () ". Compte tenu de son caractère réglementaire, cette délégation n'avait ni à être visée dans l'arrêté contesté ni à accompagner celui-ci. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été pris par une autorité incompétente doit être écarté ainsi que, en tout état de cause, le moyen tiré du détournement de pouvoir.

7. L'arrêté contesté comporte les éléments de droit et de fait qui le fondent. Ainsi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le préfet n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments caractérisant la situation de la requérante, il est suffisamment motivé.

8. A l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, la requérante a été conduite à préciser à l'administration les motifs pour lesquels elle demandait que lui soit renouvelé son titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. En l'espèce, il n'est pas établi que Mme A aurait sollicité en vain, au cours de l'instruction de sa demande, un entretien avec les services préfectoraux ni qu'elle aurait été empêchée de présenter ses observations avant que soit prise la décision litigieuse afin de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Son droit à être entendue est ainsi réputé avoir été satisfait avant que ne soit intervenu le refus de titre de séjour. Il n'imposait pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressée à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui a été prise concomitamment et en conséquence de ce refus. Par suite, le moyen tiré de ce que son droit à être entendue garanti par le droit européen n'a pas été respecté, doit être écarté.

9. L'arrêté contesté accorde à la requérante un délai de départ volontaire pour exécuter la décision d'éloignement dont elle fait l'objet. Mme A ne peut donc utilement soutenir, en tout état de cause, que la décision lui refusant un tel délai méconnaîtrait les dispositions de la directive susvisée pour la transposition de laquelle l'Etat n'a pas pris, dans les délais impartis par cette directive, les mesures de transposition nécessaires.

10. Lorsqu'il est saisi d'une demande de titre de séjour sur le fondement d'une disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si un ressortissant étranger peut prétendre à une autorisation de séjour sur un autre fondement que celui invoqué dans la demande dont il est saisi, même s'il lui est toujours loisible de le faire, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait dû examiner si un titre de séjour pouvait lui être délivré sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Compte-tenu de ce qui a été exposé au point précédent de la précédente ordonnance, la requérante n'est pas fondée à soutenir que, du fait de sa présence habituelle en France depuis plus de dix années, le préfet aurait dû, en application de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisir la commission du titre de séjour avant de prendre l'arrêté litigieux.

12. Le préfet a produit, en première instance, l'avis déjà mentionné du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, par lequel les termes de l'arrêté ne révèlent pas qu'il se serait cru lié. La requérante soutient à nouveau que cet arrêté méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle argue que le défaut de prise en charge médicale de son état de santé supposerait des soins dont elle ne pourrait effectivement bénéficier en Haïti vers lequel elle ne pourrait pas voyager. Cependant, les éléments médicaux produits en première instance ne permettent pas d'infirmer l'appréciation de ce collège. Le moyen doit ainsi être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation commise par le préfet et la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent l'être également.

13. La requérante reprend le moyen tiré la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les éléments nouveaux produits en appel, notamment des fiches de paie postérieures à la date de l'arrêté litigieux, ne sont pas susceptibles de remettre en cause l'appréciation des premiers juges. Par adoption de leurs motifs, retenus à bon droit et exposés au point 14 du jugement attaqué, ce moyen doit être écarté.

14. Pour les mêmes motifs que ceux adoptés au point précédent de la présente ordonnance, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de la requérante, laquelle situation a été sérieusement examinée au préalable, ainsi que le révèlent les termes de cet arrêté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Versailles, le 21 décembre 2023.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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